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[Revue de presse] Catalogne : douze leaders indépendantistes condamnés par la justice espagnole

Revue de presse 15.10.2019

La Cour suprême espagnole s'est prononcée lundi 14 octobre sur le sort des douze dirigeants catalans poursuivis pour avoir proclamé l'indépendance de la Catalogne après un référendum en 2017. D'importantes manifestations de soutien s'organisent dans la région, face à la sévérité des peines. Dans le même temps, les indépendantistes s'indignent du manque de réaction européenne.

Drapeaux catalans de soutien à l'indépendance de la région, dans les rues de Barcelone - Crédits : weiXx / iStock

Drapeaux catalans de soutien à l'indépendance de la région, dans les rues de Barcelone - Crédits : weiXx / iStock

"Le tribunal suprême espagnol a tranché", annonce La Croix. Lundi 14 octobre, les leaders indépendantistes catalans ont été condamnés à des peines de neuf à treize ans de prison et à des amendes par la Cour suprême espagnole. Une action en justice qui trouve son origine dans l'organisation d'un référendum d'autodétermination en Catalogne le 1er octobre 2017 "en dépit de l’interdiction de la justice", et "pour avoir proclamé, le 27 du même mois, une déclaration d’indépendance votée par le parlement catalan".

Pour José Luis Ábalos, ministre de l'Equipement et porte-parole du Parti socialiste ouvrier espagnol interrogé par La Croix, "la justice a agi avec beaucoup de sérénité". "Le procès a été transparent, tout le monde a pu le suivre avec clarté. Le tribunal a agi avec modération et rigueur, en ignorant les pressions diverses", poursuit-il. Un avis partagé par l'actuel Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, qui "a appelé à passer à une 'nouvelle étape' en Catalogne" [La Croix].

Contacté par Le Figaro, le ministre des Affaires étrangères de la Catalogne a préféré évoquer de "très lourdes sentences". Selon Alfred Bosch, cette décision "n’apporte aucune réponse". "Nous exigeons la liberté des prisonniers et la fin de la répression en général", répond-il face à la condamnation des dirigeants indépendantistes. Depuis sa cellule, Oriol Junqueras, le dirigeant catalan le plus lourdement condamné, estime qu'"il n’y a pas d’autre option que de construire un nouvel Etat pour fuir celui-ci qui pourchasse des démocrates" [Le Monde].

Mais les condamnations auraient pu être plus sévères. "A l’unanimité, les sept magistrats ont rejeté le très contesté chef d’accusation de 'rébellion', défendu par le parquet général de l’Etat, passible de vingt-cinq ans de prison", explique Le Monde. "Ils lui ont préféré celui de sédition". Cependant, les dispositions sur la rébellion ou la sédition "ont été surtout pensées pour lutter contre le retour des tentations autoritaires après la chute du franquisme", relève Libération.

Carles Puigdemont sous le coup d'un nouveau mandat d'arrêt

Le même jour, la justice espagnole a lancé un nouveau mandat d'arrêt international contre l'ancien président de la région catalane Carles Puigdemont, qui avait fui en Belgique, afin de le juger comme les autres dirigeants catalans [La Libre]. Le jugement du 14 octobre a ainsi modifié les termes du mandat d'arrêt. "La Cour suprême a annoncé que le juge Pablo Llarena, qui avait retiré 'un mandat d'arrêt européen et international' pour rébellion contre Carles Puigdemont devant l'impossibilité de le faire appliquer par des partenaires européens, en avait émis un nouveau 'pour les délits de sédition et détournements de fonds publics'", précise France 24. La Belgique avait en effet refusé d'exécuter le premier mandat d'arrêt, permettant à Puigdemont de trouver l'asile à Bruxelles.

En soutien aux condamnés, l'indépendantiste a "appelé à une mobilisation non violente" lors d'une conférence de presse, et a insisté "sur le fait que le 'statu quo régressif' ne saurait être accepté 'en tant que Catalans ou en tant qu'Européens'", rapporte La Libre. Carles Puigdemont attend une "réponse forte" à la décision qui sera prise lors des élections générales du 10 novembre prochain, précise le journal belge.

Forte mobilisation catalane

"Dès l'annonce de l'arrêt de la Cour, des militants ont bloqué des rues de la métropole catalane", rapporte Le Figaro. "Des manifestations express se sont imposées pour paralyser différentes infrastructures", complète La Vanguardia. Il faut dire que "la Généralité de Catalogne a multiplié ces derniers jours les appels enflammés à la désobéissance civile, tout en respectant les lois et les décisions de la justice espagnole", souligne Le Monde.

"La protestation, principalement l'œuvre de la jeunesse, a [d'abord] été spontanée et erratique dans Barcelone, avec une certaine permissivité politique", relève El País, "jusqu'à l'appel organisé pour prendre l'aéroport". La plateforme indépendantiste et anonyme baptisée "Tsunami démocratique" est à l'origine de cet appel [Le Figaro]. Malgré un "important dispositif policier" à l'origine de plusieurs dizaines de blessés [France 24], "plus d'une centaine de vols ont dû être annulés car les équipages étaient incapables d'atteindre les installations", rapporte El País. Un succès pour les militants indépendantistes, qui "regardent avec attention les manifestations qui se produisent à Hong Kong depuis l'été dernier", poursuit le quotidien.

Les institutions européennes muettes

"C’est par un silence assourdissant que l’Union européenne a accueilli l’arrêt de la Cour suprême espagnole", analyse pour sa part Jean Quatremer dans Libération. Les indépendantistes catalans, militants ou dirigeants, regrettent amèrement l'absence de prise de position européenne. "Nous sommes conscients que les gouvernements ont tendance à se solidariser les uns avec les autres et que la Commission européenne est aussi un club des gouvernements qui a une tendance 'naturellement' conservatrice, dans le sens strict, à ne rien changer", explique Alfred Bosch au Figaro. "Carles Puigdemont a également mis en cause l'attitude de l'Europe, qu'il a accusée de 'silence' face à la 'violence'", rapporte La Libre.

"Au sein du Parlement européen, c’est la même union sacrée. Les groupes PPE et socialiste sont totalement hostiles à la cause des indépendantistes catalans. Tout comme Renew Europe (RE) qui estime 'que la question catalane est la définition même de ce qu’est un problème intérieur'", rapporte Libération. Pourtant, plusieurs députés indépendantistes catalans ont été élus au Parlement européen aux dernières élections de mai 2019, mais sont empêchés de siéger par la justice espagnole. "Qui décide qui va au Parlement européen : le citoyen européen qui élit des représentants européens ou les États membres ? C’est une question très grave pour l’Europe par rapport à la souveraineté du Parlement européen", s'interroge Alfred Bosch [Le Figaro].

Seuls la gauche radicale et les écologistes au Parlement européen s'insurgent contre la décision de la Cour suprême espagnole. "'Ce jugement est disproportionné et va accroître la crise politique en Catalogne. La situation appelle une solution politique et ne peut être réglée par la justice', estime ainsi l’Allemande Ska Keller, la coprésidente du groupe Vert" [Libération].

 

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