Derniers articles publiés

[Revue de presse] Budget : l'Italie persiste mais donne des gages à Bruxelles

Revue de presse 15.11.2018

Rome a officiellement annoncé qu'elle refusait de revoir sa planification budgétaire, comme la Commission européenne le lui avait demandé. Elle a en revanche donné des garanties pour tenter de tranquilliser Bruxelles : un plan de privatisations et la promesse de revoir son budget d'ici quelques mois si les choses tournent mal.

Pierre Moscovici et Giovanni Tria lors d'une réunion de l'Eurogroupe à Bruxelles, le 5 novembre

Pierre Moscovici et Giovanni Tria lors d'une réunion de l'Eurogroupe à Bruxelles, le 5 novembre - Crédits : Union européenne

Privatisations et garanties pour le futur

Le gouvernement italien disposait d'un délai pour réviser son budget 2019, que la Commission européenne et l'Eurogroupe avaient rejeté. Dans une lettre adressée à la Commission deux heures avant la date limite, fixée au mardi 13 novembre à minuit, "le gouvernement transalpin a refusé de modifier son budget malgré 'les violations sans précédent du pacte de stabilité' relevées par Bruxelles", note Le Point. Pas d'amendement au budget donc, mais un engagement : celui de "vendre une partie du patrimoine immobilier public si ses prévisions de croissance ne se vérifiaient pas". Pourtant, estime l'hebdomadaire, cela reste "trop peu pour rassurer ses partenaires européens et empêcher une procédure pour excès de déficit".

[Revue de presse] Budget italien : comment éviter la confrontation ?

Qu'en est-il, concrètement, des propositions de Rome ? "Les recettes issues des privatisations offrent une marge de sécurité pour garantir que les objectifs de réduction de la dette seront atteints", explique le ministre italien des Finances, Giovanni Tria [Le Figaro]. Il assure ainsi qu'en "tenant compte de ces recettes et des moindres appels au marché qui en résulteraient, la baisse de la dette rapportée au PIB serait encore plus marquée". Ces privatisations concerneraient essentiellement des actifs immobiliers, car le pays "a déjà privatisé la plupart de ses grandes entreprises sous les gouvernements précédents".

Dans sa tentative de donner des gages d'apaisement à Bruxelles, l'exécutif italien ne s'arrête pas là. Outre le lancement de son plan de privatisations, de l'ordre de "18 milliards d’euros en vue de faire baisser la dette à 126% du PIB (contre 131% aujourd’hui) d’ici 2021", le gouvernement "a introduit des garanties contre un dérapage ultérieur des comptes publics", indique Libération. Rome semble plaider pour un laisser-faire à court terme, et prendre des "mesures correctives (…) si le déficit devait dévier de son objectif de 2,4% au cours des prochains mois".

En plus de ces engagements, "M. Tria répète que les 2,4% de déficit représentent 'une limite infranchissable'", rapporte La Libre (Belgique). Malgré tout, "en refusant de modifier son budget, le gouvernement italien s'expose à l'ouverture d'une 'procédure pour déficit excessif'". La procédure, hasardeuse d'un point de vue politique pour la Commission, "s'annonce longue et les sanctions restent donc assez hypothétiques".

Des sanctions sont-elles possibles ?

Soutenue "par l'ensemble de la zone euro", la Commission "reste sourde aux arguments italiens". Selon l'exécutif européen, "les mesures prévues dans le budget risquent de pousser le déficit à 2,9% l'an prochain et à 3,1% en 2020", soulève l'Obs. À cela s'ajoutent des prévisions de "croissance de 1,2%, alors que Rome table sur 1,5%". Pire encore : "le Fonds monétaire international (FMI) a réaffirmé une prévision de 1% de croissance en Italie en 2020 et s'est montré sceptique sur les réformes annoncées par le gouvernement".

Pour justifier ses dépenses et éviter les sanctions, le gouvernement "demande l'application de la flexibilité pour événements exceptionnels", selon L'Echo (Belgique). D'une part, "concernant les intempéries", Giovanni Tria évoque "un coût très lourd en termes de victimes et de dommages causés". D'autre part, "l'effondrement du viaduc autoroutier Morandi", en août dernier, "a fait 43 morts, et a conduit là aussi à lancer un 'plan extraordinaire d'entretien' et de mise en sécurité du réseau routier. La loi de finances y consacrera un milliard d'euros en 2019".

D'un point de vue plus politique, analysent Les Echos, "il faudrait en effet un miracle pour que le Mouvement 5 étoiles (M5S) et la Ligue renoncent à leurs promesses électorales coûteuses". Pour le journal économique, "revenu citoyen, remise en cause de la réforme des retraites et flat tax font exploser les déficits mais les font grimper dans les sondages". La meilleure défense étant souvent l'attaque, "les deux forces politiques au pouvoir préfèrent ainsi dénoncer 'l'arrogance des bureaucrates'". Car "personne à Bruxelles ou à Paris ne me convaincra que notre budget ne fera pas repartir la croissance", a assuré Matteo Salvini.

Le chroniqueur Jean-Marc Four enfonce le clou sur France Inter. "Il n’est pas dit que la Commission européenne se fâche vraiment avec l’Italie. Elle va faire les gros yeux c’est certain, mais de là à déclencher un processus de sanctions, il y a comme un doute". Car si l'Italie doit faire face à ses propres électeurs, c'est aussi le cas des institutions européennes : "les dirigeants européens ne veulent pas braquer les électeurs italiens : des mesures de rétorsion venues de Bruxelles viendraient à coup sûr alimenter un nationalisme anti Europe". À six mois du renouvellement du Parlement européen, "la Commission actuelle est affaiblie en fin de parcours". Elle n'est "pas en position de force pour déclencher les hostilités. Elle laissera plutôt la patate chaude à la Commission suivante, ce qui conduit à l’été prochain au plus tôt".