Derniers articles publiés

[Revue de presse] Budget italien : un déficit à 2,4% pour 2019 qui inquiète les marchés

Revue de presse 28.09.2018

Le Conseil des ministres italien a présenté, dans la soirée du jeudi 27 septembre, les grandes lignes de son projet de budget pour l'année 2019. Après un long bras de fer entre les ministres "antisystème" de la coalition de gouvernement, qui souhaitaient y voir figurer leurs coûteuses promesses de campagne, et le ministre de l'Économie, partisan de limiter la hausse des dépenses publiques, le déficit public sera finalement fixé à 2,4% du PIB.

Luigi Di Maio, vice-président du Conseil des ministres italien - crédits : @luigidimaio / Twitter

Luigi Di Maio, vice-président du Conseil des ministres italien - crédits : @luigidimaio / Twitter

Dans la soirée du jeudi 27 septembre, le leader du Mouvement 5 étoiles (M5S) et vice-président du Conseil italien Luigi Di Maio a annoncé qu'un "accord avait été trouvé sur un objectif de déficit public de 2,4% du PIB", relate Le Figaro.

Le ministre de l'Économie et des Finances publiques italien Giovanni Tria a finalement cédé "aux revendications populistes", selon Les Échos. Lui qui soutient certaines idées de la Ligue mais reste favorable au maintien de l'Italie dans la zone euro, "se battait", insiste Le Figaro, pour que le niveau de déficit public "ne dépasse pas 1,6% du PIB afin de préserver la stabilité des comptes publics et celle des marchés". Mais après des discussions qui duraient depuis juin entre Giovanni Tria et les "deux leaders de la coalition populiste, Matteo Salvini (Ligue) et surtout Luigi Di Maio", ces derniers ont finalement réussi à faire figurer leurs promesses de campagne dans le budget moyennant une forte augmentation des dépenses publiques.

Pour Luigi Di Maio, cité par France Inter, le budget contient ainsi des "mesures historiques" : "nous commençons à enlever aux puissants pour donner à ceux qui se cassent le dos au travail."

Promesses de campagne

Pour sa part, la Ligue "s'enthousiasme de la baisse des impôts à venir" [France Inter], grâce à l'instauration d'une "flat tax" (taxe proportionnelle) à 15% qui sera "appliquée aux entreprises faisant moins de 100 000 euros de chiffre d'affaires annuel", explique Le Figaro. Le parti d'extrême droite se satisfait aussi de l'abaissement de l'âge légal de la retraite qui permettra un départ anticipé "pour 400 000 Italiens", selon France Inter.

De leur côté, les "antisystème" du Mouvement 5 étoiles "fêtent le lancement du revenu du citoyen : 800€ par mois versés à 6,5 millions d'Italiens modestes dès l'an prochain", poursuit la radio publique. "Selon la formule retenue, il pourrait coûter au Trésor public 15 à 30 milliards d'euros par an, ou 4 milliards s'il est restreint dans un premier temps à 3,5 millions de petites retraites", complètent Les Échos.

Finalement, "la facture totale devrait s'établir à 20 milliards d'euros", selon le quotidien, puisque le gouvernement cherche aussi à éviter une augmentation impopulaire de la TVA, ce qui le prive de 13 milliards d'euros de recettes : "de quoi affoler les marchés, craint l'opposition."

Panique sur les marchés ?

Cette décision pourrait "provoquer une journée agitée sur le marché de la dette", voire "une tempête qui augmenterait le taux auquel emprunte l'État italien", observe Le Figaro. L'écart "très surveillé" entre le taux d'emprunt italien sur les marchés financiers et le taux allemand, considéré comme un repère, "grimpait déjà [...] ce jeudi", relatent Les Échos.

Pour le ministre italien de l'Economie, "ce serait de la folie de s'octroyer une marge de manœuvre financière supplémentaire" en augmentant les dépenses publiques "pour immédiatement la perdre avec une flambée" des taux d'emprunt, explique le quotidien. Car cela impliquerait "une augmentation du coût du remboursement de la dette."

La nervosité des marchés est toutefois à relativiser, selon Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique de Saxo Bank, interrogé par La Croix. Il est vrai que l'écart entre les taux d'emprunt sur les marchés de l'Italie et de l'Allemagne a augmenté depuis fin 2017, mais à la fin du mois de septembre, "il s’est nettement réduit par rapport à août 2018 ou encore au mois de mai", après la formation de la coalition, explique le spécialiste. "Il existe certes une inquiétude palpable mais […] l’Italie bénéficie encore pleinement de la confiance des marchés", poursuit-il.

Le 15 octobre à Bruxelles

Au-delà de la réaction des marchés, "celle de la Commission européenne risque d'être sévère", ajoute France Inter. Car Bruxelles "attend des gages de réduction de la colossale dette publique italienne", qui s'élève à 131% du PIB, deuxième en Europe après celle de la Grèce", rappelle la radio publique. Un déficit à 2,4% en 2019 (contre 2,3% en 2017) demeure pourtant en dessous du seuil des 3% autorisé par les traités, mais il pourrait "alimenter les craintes de la Commission que le gouvernement italien […] inverse le processus de réduction de la dette", relate Politico.

Le projet de budget italien pour 2019 sera examiné à partir du 15 octobre à Bruxelles dans le cadre des procédures de coordination des politiques économiques. Mais malgré les incertitudes que l'annonce du gouvernement italien a suscitées, certains économistes "estiment que [cette] provocation ne suffira pas à enclencher un véritable conflit avec Bruxelles", rapporte encore Politico. Le "solde aurait été critique s'il avait été au-dessus de 2,5%", selon Riccardo Puglisi, professeur associé d'économie à l'université de Pavie, cité par le média européen.

La coordination économique des États européens