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[Revue de presse] Budget italien : accord entre Rome et Bruxelles

Revue de presse 20.12.2018

Après de longues semaines de tension, l'Italie et la Commission européenne se sont entendues, mercredi 19 décembre, sur le budget transalpin pour 2019. Mais si Rome et Bruxelles ont fait part de leur satisfaction, l'Italie reste sous surveillance et aura à appliquer rapidement l'accord trouvé.

Jean-Claude Juncker a reçu Giuseppe Conte à Bruxelles le 12 décembre

Jean-Claude Juncker a reçu Giuseppe Conte à Bruxelles le 12 décembre - Crédits : Étienne Ansotte / Commission européenne

Le mélodrame italo-européen touche, semble-t-il, à sa fin. Le gouvernement de Giuseppe Conte était engagé dans un bras de fer avec Bruxelles depuis le 27 septembre, date à laquelle il avait présenté un budget public jugé démesurément déficitaire pour l'année 2019. Après un peu plus de deux mois de passes d'armes, d'injonctions et de refus secs, Rome a accepté, le 4 décembre dernier, de revoir sa copie.

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La résolution d'une équation complexe

Ainsi, "Rome et Bruxelles ont enfin trouvé un terrain d'entente sur le projet de budget", annonce RFI. L'accord "était attendu depuis plusieurs jours" et "rendait les investisseurs nerveux". Pour éviter "l’ouverture d’une procédure pour déficit excessif" et obtenir "le feu vert de Bruxelles pour son projet de budget 2019", le gouvernement italien accepte donc de "baisser ses objectifs et d'augmenter la réduction de ses dépenses d'environ 4 milliards d'euros". "L'objectif de déficit public" est désormais de 2,04% du PIB, avec "une prévision de croissance à 1%". L'objectif final étant "d'éviter une aggravation de l'énorme dette italienne, qui s'élève à environ 130% de son PIB", ajoute Ouest-France.

En conséquence, informe Franceinfo, deux "mesures phares" du gouvernement de coalition réunissant la Ligue (extrême droite) et le Mouvement 5 étoiles (antisystème) ont dû être reportées sine die : "la réforme des retraites et le revenu de citoyenneté".

Loin de s'avouer défait par ces concessions faites à l'UE, "Giuseppe Conte est persuadé que l'accord trouvé sur son budget 2019 avec la Commission européenne est bon pour l'Italie", relève Le Point. Le compromis "n'a rien d'un recul par rapport aux ambitions initialement fixées par le gouvernement de Rome", a fait valoir le chef de l'exécutif italien. Affichant sa bonne volonté, ce dernier affirme que le gouvernement a "réalisé le mandat qui [lui] a été confié par les citoyens faisant preuve de détermination". Il s'agit, selon lui, d'une "solution bonne pour les Italiens et satisfaisante aussi pour l'Europe".

De son côté, estime Franceinfo, "la Commission fait finalement preuve de souplesse dans l'application des règles européennes […] en acceptant un budget révisé de l'Italie". Pour le média, Rome peut en quelque sorte remercier Paris : "la situation était devenue sensible au niveau politique quand la France a annoncé des mesures supplémentaires pour répondre à la crise des 'gilets jaunes'", le pays devant désormais dépasser "le seuil de 3% de déficit public en 2019". En réaction, "les Italiens avaient alors mis en garde Bruxelles contre une différence de traitement entre les Français et eux".

La Commission garde l'Italie à l'œil

Pourtant, "ce processus n'a pas été facile" a souligné le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici [Ouest-France]. "Au début, il semblait y avoir peu de chances de combler l'écart entre nos positions respectives", a-t-il rappelé.

Dans une revue de la presse italienne, Courrier international observe à cet égard que le pays ne crie pas encore victoire. "Pour l’heure, l’Europe nous épargne et ne prend pas de mesures de sanction", note par exemple le Corriere Della Sera (en italien). Le quotidien cite d'ailleurs le commissaire européen à la Stabilité financière Valdis Dombrovskis, selon qui la solution trouvée "n’est pas idéale, mais elle permet d’éviter à ce stade l’ouverture d’une procédure pour déficit excessif". Même constat dans La Stampa (en italien) : s'il s'agit d'un feu vert informel, "le gouvernement continuera de sentir le 'souffle chaud' de Bruxelles dans son cou", écrit le journal.

Et pour "preuve que la confiance entre Rome et Bruxelles n’est pas tout à fait revenue", poursuit Le Monde, "les deux commissaires ont prévenu : 'nous demeurerons vigilants'". De fait, même si cela semble dorénavant improbable, "la Commission a théoriquement jusqu’en février pour lancer la procédure de déficit excessif qu’elle avait enclenchée à la fin de novembre". Ainsi, si "à Rome, le budget révisé n’est pas adopté en janvier", elle peut sans problème "revenir sur sa décision".

Une position qui serait toutefois difficile à tenir pour un exécutif européen qui ne veut pas "donner des arguments 'anti-Bruxelles' à un gouvernement populiste excitant le sentiment antieuropéen de ses citoyens à quelques mois d’une élection européenne à haut risque", relate le quotidien.

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