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[Revue de presse] Brexit : Theresa May optimiste, la France se prépare au "no deal"

Revue de presse 04.10.2018

Le congrès des tories s'est conclu mercredi 3 octobre par un discours de la Première ministre britannique Theresa May, qui a tenté de paraître confiante malgré le morcellement de son parti sur la question du Brexit. Dans le même temps, la France et les autres gouvernements européens commencent à anticiper une sortie du Royaume-Uni sans accord.

Discours de Theresa May au congrès du Parti conservateur, le 3 octobre 2018

Discours de Theresa May au congrès du Parti conservateur, le 3 octobre 2018 - Crédits : @theresa_may / Twitter

Sauver la face dans la tourmente, et appeler à l'unité

La Première ministre britannique Theresa May a donné mercredi 3 octobre son discours de clôture du congrès du Parti conservateur, à Birmingham. Avec "une mise en scène impeccable, une pointe d’humour, une confiance en soi nouvelle", commente Le Monde, Mme May a prononcé des "mots choisis pour faire vibrer les militants conservateurs", et formulé "une invitation au pragmatisme qui annonce un compromis possible sur le Brexit". L'idée centrale de son allocution : "l’unité autour du 'gouvernement raisonnable et patriote dont ce pays a besoin'", observe le quotidien.

Alors que l'ambiance au sein des tories, fracturés sur la question du Brexit, est particulièrement tendue, la pensionnaire du 10 Downing Street "a tenté de rassurer" dans "un discours d'un peu plus d'une heure, ponctué d'applaudissements", relate La Tribune. "Elle a appelé le parti à se rassembler derrière le plan de Chequers [sur les futures relations avec l'UE], fortement contesté dans son camp par les partisans d'un Brexit dur". Mme May a indiqué que "cette feuille de route sera profitable au Royaume-Uni" [La Tribune], faisant fi de son rejet total par l'Union européenne à Salzbourg le 20 septembre.

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Au risque d'éluder le fond du sujet, son entrée en scène dansant sur un morceau du groupe suédois Abba, fait les choux gras de la presse internationale. Pour Franceinfo, elle cherche à "rompre avec son image de leader rigide". "Elle a manié l'humour et lancé plusieurs piques contre son ancien ministre Boris Johnson, qui n'avait pas ménagé ses attaques la veille contre son plan de sortie de l'UE", poursuit le média du service public.

Theresa May a donc essayé de faire bonne figure face aux critiques qui pleuvent de toutes parts. Au-delà de Boris Johnson, qui a "qualifié de tromperie" le plan de Chequers, "le député conservateur britannique, James Duddridge, a annoncé mercredi qu'il avait saisi le groupe parlementaire tory pour obtenir la démission de Theresa May", indique la RTBF (Belgique). "J'ai demandé à Mme May de partir, nous avons besoin d'un leader fort capable de concrétiser le Brexit", a-t-il lancé sur la chaîne d'information britannique Sky News, citée par la radio belge.

En définitive, l'optimisme de façade de Theresa May peut sembler factice face aux menaces internes qui la fragilisent et à la résignation des acteurs internationaux, comme la France qui se prépare ouvertement à une absence d'accord.

La France veut anticiper le pire

Car "la possibilité que les négociations entre Londres et Bruxelles sur le Brexit échouent semble de plus en plus réelle", indique Le Point. Face à ce risque, "la ministre en charge des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a présenté en conseil des ministres, mercredi [3 octobre], un projet de loi qui doit permettre de préparer l'hypothèse d'un échec des négociations", poursuit l'hebdomadaire. Devant être présenté au Parlement début novembre, ce projet de loi "habilitera l'exécutif à légiférer par ordonnances pour régler le casse-tête qu'entraînerait le Brexit", et ainsi "parer de nombreux vides juridiques", a-t-elle indiqué lors d'une conférence de presse.

Interviewée par Le Figaro, Mme Loiseau rappelle que "tous les autres États membres et le Royaume-Uni se préparent au Brexit". Pragmatiquement, elle fait remarquer qu'il "ne reste que 176 jours avant le retrait du Royaume-Uni", et que selon elle, "les risques de 'no deal' sont là et on ne peut pas les écarter". Une prudence partagée par les institutions européennes : "la Commission va nous transmettre la cartographie précise des domaines sur lesquels elle travaille, de manière que les États membres puissent s'ajuster", a également indiqué la ministre des Affaires européennes au quotidien.

Evidemment, Nathalie Loiseau refuse pour autant d'enterrer les négociations : "un bon accord sur la sortie du Royaume-Uni est encore possible" [Libération]. "Nous devons nous préparer à tous les scénarios, y compris celui d’une absence d’accord", a-t-elle ajouté. Le gouvernement veut tâcher d'éviter, par exemple, que "les Britanniques résidant en France ne se retrouvent brutalement en situation irrégulière" [Libération].

Mais "la liste des cas problématiques est très longue" indique le Journal du Dimanche. "C'est un Himalaya", commente même une source gouvernementale. Dans l'optique où rien ne serait organisé, "un Français ayant cotisé pour sa retraite au Royaume-Uni ne pourrait plus rapatrier ses droits en France", et "les diplômes britanniques ne seraient plus reconnus". De manière plus anecdotique, mais particulièrement symbolique, "les conducteurs d'Eurostar utilisent eux une licence professionnelle européenne pour rouler des deux côtés de la Manche, qui deviendrait caduque", indique l'hebdomadaire.