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[Revue de presse] Brexit : soutenue par le patronat, Theresa May maintient son cap

Revue de presse 20.11.2018

A quelques jours de sa rencontre avec les Vingt-Sept pour entériner le projet d'accord sur le Brexit, Theresa May a reçu le soutien du patronat britannique le 19 novembre, lors de la conférence annuelle de la Confédération de l'industrie britannique (CBI). Un appui qui ne lui sera pas de trop, alors que certains députés conservateurs tentent toujours de la renverser et que la fronde des députés nord-irlandais s'intensifie.

Theresa May devant le 10 Downing street, le 18 novembre 2018 - Crédits : Number 10 /Flickr

Theresa May devant le 10 Downing street, le 18 novembre 2018 - Crédits : Number 10 /Flickr

Lundi 19 novembre, lors la conférence annuelle de la Confederation of British Industry (CBI), principale organisation patronale du pays - l'équivalent britannique du Medef, Theresa May a tenté de rassurer le monde des affaires britannique : son projet d'accord sur le Brexit aura pour objectif "la prospérité et l’emploi" [Libération]. "Nous avons en vue un accord qui fonctionnera pour le Royaume-Uni. Et n’ayez aucun doute : je suis déterminée à le mener à bien", a-t-elle ainsi déclaré face à un parterre de plus d'un millier de patrons.

Theresa May convainc le patronat

La Première ministre est venue chercher le soutien de la "crème du patronat" [Euronews], car elle "compte sur les entreprises pour convaincre les députés de voter in fine en faveur de l'accord malgré leurs réticences", expliquent Les Échos. Et les patrons semblent avoir été convaincus, à l'instar de Michael Sippitt, président de la société de services juridiques Clarkslegal, cité par France Inter : "les hommes d’affaires sont rassurés parce qu’il y a un plan qui pourrait fonctionner". Cité par Le Parisien, John Barras, directeur général adjoint de PIMFAS, entreprise spécialisée dans le conseil financier, semble aussi soulagé : "la Première ministre a reconnu l’importance de l’Union européenne pour nos affaires".

À la tribune, Theresa May n'a pas hésité à "parler en termes techniques" : "nombre d’emplois, immigration limitée, nécessité de ne pas perturber les chaines d’approvisionnement, de développer l’interconnexion des circuits de marchandises", observe France Inter. Dans la salle, "les patrons applaudissent et rient aux plaisanteries de la Première ministre" [Le Parisien].

"Seule la question de l’immigration post-Brexit semble encore coincer" auprès du patronat, observe Le Parisien depuis Londres. Dans le cadre de la politique d'immigration post-Brexit, Theresa May promet ainsi "un système de sélection fondé uniquement sur les compétences", poursuit le quotidien, qui ne donnera plus la priorité aux migrants européens par rapport aux travailleurs extra-européens. "Un message difficile à entendre pour des entreprises britanniques qui ont profité depuis 2003 d’un flot ininterrompu et massif de main-d’œuvre peu coûteuse" en provenance notamment d'Europe de l'Est, conclut le quotidien La Croix.

"De toute façon, la plupart des chefs d’entreprise le disent : ils n’ont pas le choix", relève France Inter.  La plupart d'entre eux "appréhendent la suite des négociations", ajoute Le Parisien. Si l'accord présente des failles selon certains, le monde des affaires "ne cache pas son soulagement face à la perspective d’un accord qui éloigne l’incertitude et surtout la perspective d’un non-accord, épouvantail effrayant économiquement", écrit Libération. "Ce n'est pas un accord parfait, mais c'est un compromis qui nous garde du pire résultat possible", a ainsi lancé Carolyn Fairbairn, citée par Les Échos. "Le pire des scénarios pour Wayne Harvey du cabinet Deloitte, ce serait le départ de Theresa May et une sortie de l’Union européenne sans aucun accord commercial", ajoute France Inter

La menace d'un vote de défiance demeure

Avec une "épée de Damoclès" au-dessus de sa tête, Theresa May peut se réjouir de ce soutien, observent Les Échos. Car lundi, "les comploteurs complotaient toujours", commente Libération. Depuis jeudi dernier, "les idéologues du Brexit s’organisent pour destituer la cheffe de leur parti car à leurs yeux, son accord fait du Royaume-Uni 'un État vassal' de l’UE", rappelle La Croix.

"Le suspense de la motion de défiance contre elle fomentée par l'aile europhobe de son parti depuis jeudi s'est poursuivi lundi toute la journée", relate Le Figaro. Les hard-brexiters du camp conservateur à la Chambre des communes continuaient de pousser lundi "pour obtenir les 48 signatures de députés 'tory' nécessaires au déclenchement d'un vote de défiance", expliquent Les Échos. Mais seuls 26 d'entre eux (sur les plus de 300 députés conservateurs) "ont publiquement affirmé avoir écrit une lettre" [Le Figaro] à Graham Brady, "chargé de centraliser les demandes" [Les Échos].

"Des dizaines d'autres étaient censées suivre", commente Le Figaro. Mais "à mesure que les heures passaient […] les meneurs, les députés Jacob Rees-Mogg, Boris Johnson ou Steve Baker, semblaient soudain moins sûrs de pouvoir rassembler suffisamment de soutiens" pour déclencher le vote, observe également Libération.

Et les brexiters ont aussi un peu perdu de leur crédibilité. Nadine Dorries, hard-brexiter et proche de Boris Johnson, s'est lamentée au sujet d'un accord qui laisserait le Royaume-Uni "sans votes, sans députés ou commissaires" dans les institutions européennes, relate Le Figaro. Un argument justement utilisé par les remainers pour fustiger le texte, à l'instar de l'ancien Premier ministre Tony Blair, pour qui le compromis trouvé revient à "renoncer à avoir son mot à dire dans la définition des règles [de l'UE] tout en continuant à s’y soumettre". Quant à David Davis, ex-ministre du Brexit, il a soutenu qu'un no-deal permettrait "de négocier un traité de libre-échange pendant la période de transition". Ce que Le Figaro corrige en rappelant que "la transition en question, prévue dans l'accord de retrait, n'aurait pas lieu en cas de sortie sans accord".

Même les ministres frondeurs restés au sein du gouvernement comme Michael Gove (Environnement), Liam Fox (Commerce international) ou encore Chris Grayling (Transports) "semblaient rentrer dans le rang", selon Libération. "Comme s’ils réalisaient ne pas avoir suffisamment de soutiens au sein du Parti conservateur pour renverser Theresa May". "Pugnace, [celle-ci] garde le cap et fait face à ses adversaires, les uns après les autres", constate Le Figaro. "Un changement de leadership à ce stade ne va pas rendre les négociations plus faciles", leur a-t-elle lancé dimanche, lors d'une interview télévisée.

"Garante de l’intérêt national"

Si la menace provenant de son propre camp pourrait s'estomper, elle se profile en revanche du côté du Parti unioniste irlandais (DUP), allié des Conservateurs à la Chambre des communes. Lundi 19 novembre, celui-ci "n'a pas voté le projet de loi de finances du gouvernement", relate France Culture et s'est de fait "rallié aux Travaillistes" de l'opposition, explique Politico. "Comme un avertissement à la Première ministre britannique" [France Culture] : une défection des 10 députés du DUP coûterait en effet à Theresa May sa majorité au Parlement.

Sammy Wilson, porte-parole du DUP, a ainsi expliqué que "le gouvernement n'avait pas tenu sa promesse comme quoi l'Irlande du Nord ne serait pas traitée différemment du reste du Royaume-Uni dans l'accord de retrait Brexit", relate The Guardian. Le DUP s'oppose en particulier au filet de sécurité irlandais qui, selon lui, maintiendrait l'Irlande du Nord sur l'orbite réglementaire de l'UE - et dans un régime différent de celui du reste du Royaume-Uni. Et "comme le gouvernement n'a pas respecté sa part du marché, les conséquences sont inévitables", a-t-il ainsi déclaré au micro de la BBC : "nous devions faire quelque chose pour montrer notre mécontentement". Cette décision soulève "des doutes quant à l'avenir de l'accord de confiance et d'approvisionnement sur lequel repose la capacité de May à obtenir une majorité", prévient The Guardian. "Le DUP insiste sur le fait que le vote a été conçu comme un coup de semonce" - car aucun amendement voté n'a de conséquences financières - mais "le message adressé [à Theresa May] était clair comme de l'eau de roche", poursuit Politico.

"Face aux multiples divisions, au sein de son parti comme du Labour, incapable de s’accorder sur une même ligne", Theresa May "se pose en garante de l’intérêt national", conclut Libération. C'est moi ou le chaos, répète-t-elle en substance : elle joue "sur la menace que représente le risque d'un Brexit sans accord, mais aussi d'un second référendum si son 'deal' avec Bruxelles venait à être rejeté par les députés", résument ainsi Les Échos. La question est de savoir si cela sera suffisant pour convaincre les plus ardents brexiters et les remainers qui voteront le texte le 10 décembre. "Il lui faudrait rassembler au moins 318 voix pour que l’accord soit adopté. À l’heure actuelle, l’arithmétique joue contre elle", [Libération].

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