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[Revue de presse] Brexit : l'impasse se confirme au Parlement britannique

Revue de presse 30.01.2019

"Pas de no deal, mais pas de backstop non plus". C'est en substance ce qu'ont affirmé mardi 29 janvier les députés britanniques, en votant deux amendements relatifs au "plan B" pour le Brexit de la Première ministre Theresa May. Pourtant les Européens n'ont de cesse de répéter que l'accord de sortie actuel, dont le backstop fait partie intégrante, n'est pas renégociable. Un no deal reste donc très envisageable…

Crédits : avdeev007 / iStock

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Mis à part la presse britannique conservatrice, pour qui Theresa May a remporté une victoire en mettant la balle dans le camp des Européens, les autres médias d'outre-Manche et ceux de l'Hexagone mettent en évidence les demandes contradictoires des députés et l'impasse qu'ils confirment.

Appelés à voter mardi 29 janvier sur sept amendements relatifs au "plan B" de Theresa May, les députés britanniques en ont adopté deux, avec une majorité composée des députés conservateurs et des unionistes nord-irlandais. Le premier, déposé par la conservatrice Caroline Spelman, non contraignant, exclut une sortie du Royaume-Uni de l'UE sans accord (le scénario du no deal). Le second, également proposé par un Tory, Graham Brady, rejette le backstop, qui vise à empêcher le rétablissement d'une frontière physique entre les deux Irlande après le Brexit. Cette option de derniers recours prévoit en effet de maintenir le Royaume-Uni dans une union douanière avec l'UE tant qu'Européens et Britanniques n'auront pas réussi à s'entendre sur une solution alternative.

Or l'amendement propose de remplacer ce backstop par un "dispositif alternatif" non précisé... Et les Européens refusent de revenir sur ce filet de sécurité, présent dans l'accord de sortie conclu en novembre 2018 entre le gouvernement britannique et Bruxelles. En clair, contrairement à ce que veulent les députés de la Chambre des communes, les Européens affirment que pour qu'un no deal soit écarté, le backstop doit être accepté…

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"Rien n'a changé"

Plusieurs quotidiens conservateurs britanniques s'enthousiasment tout de même du résultat des votes du 29 janvier. "Le triomphe de Theresa", titre le journal conservateur Daily Mail. "Elle l'a fait !... Maintenant, ça dépend de l'UE", s'exclame en couverture le pro-Brexit Daily Express. Les deux quotidiens saluent l'union des députés autour de la Première ministre, qui avait affiché son soutien à un rejet du backstop, afin de retourner prochainement à Bruxelles avec une position forte et claire. Pour le Daily Express, une issue positive aux négociations de la relation post-Brexit dépendrait donc maintenant des Européens.

Mais cet optimisme est loin d'être partagé par l'ensemble de la presse britannique. Si le Times et le Daily Telegraph soulignent l'unité parlementaire que Theresa May a réussi à obtenir, ils rappellent que l'Europe n'a jamais cessé d'affirmer que le backstop était non négociable.

Le Guardian se montre encore plus  catégorique et pessimiste, puisqu'il titre "May retourne à Bruxelles mais l'UE dit que rien n'a changé". Le journal revient sur les déclarations des Européens, tout à fait hostiles à une réouverture des négociations : "Le backstop fait partie de l'accord de sortie, et l'accord de sortie n'est pas ouvert à la renégociation", a ainsi déclaré un porte-parole du président du Conseil européen Donald Tusk quelques minutes après le vote, rapporte le Guardian.

Les Irlandais montent au créneau

La presse française met également en avant l'impasse que confirment les votes du Parlement britannique hier soir. Mais plusieurs articles s'interrogent sur la solidité de l'unité européenne sur la question du backstop. Emmanuel Macron a affirmé, avant même que les parlementaires se prononcent sur les amendements, que l'accord de retrait n'était "pas renégociable", étant le "meilleur possible", cite Le Monde. Cependant, cette clause ne revêt pas la même importance pour tous les Européens, rappelle Le Point.

Le quotidien explique que c'est la République d'Irlande qui y est la plus attachée, effrayée quant à la perspective de voir réapparaître une frontière physique avec l'Irlande du Nord. Une issue délétère pour son économie et qui mettrait en péril les accords de paix du Vendredi Saint de 1998, qui ont mis fin à un sanglant conflit de trente ans. Mais pour Le Point, "les signes de division commencent à poindre" sur le "front européen" concernant le backstop. "Les Polonais l'ont dit à voix haute : ils sont prêts à lâcher l'Irlande. Angela Merkel hésite, car, une fois de plus, l'industrie allemande sera durement impactée en cas de non-accord...", fait savoir l'hebdomadaire.

Côté irlandais, la crainte d'une sortie sans accord et du rétablissement d'une frontière "dure" pousse le gouvernement à multiplier les déclarations pour défendre à tout prix le backstop. Le ministre des Affaires étrangères Simon Coveney a ainsi martelé son refus absolu de renégocier l'accord de sortie dimanche 27 janvier : "le 'backstop' fait partie d'un package équilibré qui ne va pas changer (…), il s'agit déjà d'un compromis", a-t-il clamé [Les Echos].

"Dans tous les cas, la pression sur l’Irlande risque de s’accentuer considérablement dans les semaines à venir", estime Le Monde. Cependant, les Européens pourraient-ils vraiment tous se mettre d'accord d'ici le 29 mars (date du Brexit) pour revenir sur le backstop, en dépit du discours affiché par plusieurs Etats membres, comme celui de la France et de l'Irlande notamment ? Et quelle serait l'alternative convenable quant à la frontière irlandaise ? Le vote d'hier soir aux Communes n'apporte "aucune réponse plus satisfaisante que le 'backstop' qu'il rejette", fait remarquer Le Point.

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