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[Revue de presse] Brexit : des négociations peu concluantes entre Boris Johnson et les Européens

Revue de presse 17.09.2019

Le Premier ministre britannique Boris Johnson s'est rendu lundi 16 septembre au Luxembourg pour tenter de débloquer les négociations sur le Brexit. Mais son absence de propositions concrètes n'a pas manqué de passablement agacer le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le chef du gouvernement luxembourgeois Xavier Bettel.

Boris Johnson et Jean-Claude Juncker lors de leur rencontre à Luxembourg le 16 septembre 2019 - Crédits : Etienne Ansotte / Commission européenne

Boris Johnson et Jean-Claude Juncker lors de leur rencontre à Luxembourg le 16 septembre 2019 - Crédits : Etienne Ansotte / Commission européenne

"Chaotique" : c'est ainsi que The Guardian résume la visite du Premier ministre britannique au Luxembourg ce lundi 16 septembre. Le quotidien londonien raconte un Boris Johnson "humilié", après que ses revendications de progrès dans les négociations sur le Brexit aient été mises "en lambeaux".

Boris Johnson s'est d’abord entretenu avec l'actuel président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker (par ailleurs ancien Premier ministre luxembourgeois), puis avec Xavier Bettel, l'actuel chef de l'exécutif luxembourgeois. La presse, quasi-unanime, évoque une rencontre qui n'a pas permis de faire avancer les négociations. A l'origine, "Boris Johnson espérait relancer les négociations pour obtenir un nouvel accord de sortie de l’UE en vue du Brexit, mais ses deux interlocuteurs luxembourgeois se sont plutôt montrés dubitatifs", explique RFI. En effet, selon les déclarations des deux interlocuteurs de Boris Johnson à l'issue des rencontres, "il ne semble pas que ce rendez-vous a permis de débloquer la situation" [Le Monde].

Challenges (avec l'AFP) rapporte ainsi le manque d'optimisme de Jean-Claude Juncker, et sa même attente de propositions concrètes. Tandis que RFI fait état d'un Xavier Bettel "qui n’a pu que regretter l’absence de propositions tangibles, légales et écrites".

A ce propos, côté britannique, une source gouvernementale a confirmé au Guardian que "le Royaume-Uni n'avancera aucun texte formel avant au moins une semaine".

Conférence de presse esquivée

De cette rencontre, une image a retenu l'attention de la presse : celle d'un pupitre vide. A la suite de la rencontre avec Xavier Bettel, Boris Johnson a tout simplement esquivé la conférence de presse prévue avec son homologue luxembourgeois. En cause, la présence "d'une foule d'environ 75 manifestants bruyants" [The Guardian], hostiles au Brexit. Si Boris Johnson a prétexté un "moment difficile" et que la conférence de presse aurait dû être annulée à cause du bruit [The Guardian], la fuite de son homologue "a visiblement exaspéré M. Bettel" [Libération avec l'AFP].

Le Premier ministre luxembourgeois s'est alors livré aux médias à côté d'un pupitre vide, critiquant largement l'attitude de Boris Johnson, l'exhortant "à 'agir' plutôt qu’à 'parler'" [Libération avec l'AFP ]. "Les gens doivent savoir ce qu'il se passera dans six semaines. […] Vous ne pouvez pas prendre leur futur en otage pour le bénéfice d'un parti politique", a-t-il continué, faisant allusion aux déclarations imprécises du chef de l'exécutif britannique [The Guardian].

L'image est en tout cas désastreuse pour le gouvernement du Royaume-Uni, faisant penser à "l'Incroyable Hulk intimidé par moins de 100 manifestants", selon Politico, en référence à une précédente déclaration de Boris Johnson qui avait comparé son pays au super-héros de Marvel.

Impatience des Européens

Les réactions européennes se font sévères après les déceptions engendrées par cette journée. "Si Boris Johnson ne vient pas avec quelque chose de nouveau pour sa rencontre avec Juncker, alors, honnêtement, il n'y a plus besoin pour nous de discuter et il y aura un Brexit dur", a averti le chef de la diplomatie autrichienne Alexander Schallenberg [Challenges]. "Nous espérons que M. Johnson viendra au prochain sommet européen et peut être apportera-t-il quelques idées", a complété son homologue belge Didier Reynders.

Une attitude du Premier ministre britannique qui agace mais qu'une source diplomatique des Echos explique comme constitutive de sa stratégie : "Boris Johnson fait probablement exprès de ne mettre sur la table que quelques éléments au compte-gouttes".

Toujours est-il qu'une telle démarche est loin d'être du goût des institutions européennes. "La Commission exige que Londres présente des solutions alternatives à l’accord qui a été négocié et que le Parlement britannique a rejeté à trois reprises", précise Le Monde. Du côté du Parlement européen, son président David Sassoli "a prévenu que l’assemblée ne donnerait pas son feu vert si les obligations prévues dans l’accord de retrait sur les engagements financiers, le droit des citoyens et l’Irlande n’étaient pas respectées" [Libération avec l'AFP].

Une stratégie britannique imprécise

Boris Johnson "souhaite-t-il vraiment renégocier l’accord de Theresa May avec Bruxelles ? Ou continue-t-il à bluffer, en espérant que ses futurs ex-partenaires renonceront à toute forme de 'backstop' à la veille d’un Brexit sans accord, de peur d’un 'no deal' dont les dégâts seraient ravageurs ?", s'interroge Le Monde. Les voix européennes sont de plus en plus nombreuses à penser que le gouvernement du Royaume-Uni souhaite "mettre la pression sur les Européens afin qu'ils acceptent un compromis imparfait plutôt qu'un  Brexit sans accord" [Les Echos]. Mais "la plupart des grands pays européens - France en tête - sont aujourd'hui très peu enthousiastes à l'idée de signer avec Londres un accord imparfait", expliquent Les Echos.

La situation pourrait toutefois s'améliorer du côté de la question irlandaise. Le gouvernement de Boris Johnson envisage en effet la possibilité d'un 'backstop', ce "filet de sécurité" qui placerait éventuellement le Royaume-Uni dans une union douanière avec l'UE, "limitée à l'Irlande du Nord", selon une source gouvernementale citée par le Monde. "Un schéma que Bruxelles avait initialement proposé à Theresa May et qu’elle avait exclu", sur pression du parti unioniste nord-irlandais DUP, "son petit partenaire de coalition", qui pourrait en effet revoir ses positions, selon Le Monde.

Une potentielle éclaircie qui n'empêche pas Les Echos de penser que "la négociation du Brexit tourne de plus en plus au jeu de dupes".

 

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