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[Revue de presse] Brexit : Boris Johnson promet des fonds pour le système de santé… et se prépare à des élections anticipées ?

Revue de presse 05.08.2019

Près de deux milliards d'euros supplémentaires seront débloqués pour le système public de santé britannique, a promis le Premier ministre du Royaume-Uni. Une mesure jugée trompeuse par l'opposition, qui pourrait tenter de faire tomber le gouvernement à la rentrée.

Boris Johnson, Premier ministre britannique

Boris Johnson, Premier ministre britannique - Crédits : Annika Haas / Wikimédia commons

1,8 milliard de livres pour le système de santé

Dans une tribune publiée dans le Sunday Times le 4 août, le Premier ministre britannique Boris Johnson promet d'allouer 1,8 milliard de livres (1,96 milliard d'euros) au système public de santé (NHS). De nouveaux fonds débloqués grâce "aux solides performances économiques du pays", relate Sky News.

Sur cette somme, 1 milliard de livres doit, dès maintenant et pendant 5 ans, financer l'acquisition de nouveaux équipements ainsi que des rénovations dans 20 hôpitaux, rapporte la BBC. Elle s'ajoute aux 20 milliards de livres (21,7 milliards d'euros) par an promis par Theresa May en 2018, pointe le média.

Cette déclaration de Boris Johnson fait par ailleurs écho à l'une des promesses de campagne les plus emblématiques du camp du "Leave". En effet, les défenseurs du Brexit avaient en amont du référendum de 2016 "promis d'attribuer 350 millions de livres (381 millions d'euros), envoyés chaque semaine à Bruxelles, au NHS après la sortie du pays de l'UE", rappelle Challenges. Mais cette affirmation "était trompeuse", explique le média, et l'annonce récente du Premier ministre n'a ainsi pas échappé aux critiques.

La somme promise par le nouveau chef du gouvernement ne représente en effet que 1 % du budget annuel total du service de santé, qui a accumulé 6 milliards de livres d'arriérés, nécessaires au fonctionnement du système et à de nombreuses rénovations, souligne le think tank Nuffield Trust cité par la BBC.

"Le Labour, principal parti d'opposition, s'est demandé si cet argent serait vraiment affecté [au système de santé] et a ajouté que, même si c'était le cas, cela ne remédierait pas à une décennie de coupes budgétaires", détaille Challenges. Du côté des libéraux-démocrates, on ne croit pas à la faisabilité de cette annonce, surtout en cas de Brexit sans accord [BBC].

La crainte d'élections anticipées

Dans le fond, ce geste "a renforcé les spéculations sur le fait qu[e le Premier ministre] se prépare à des élections législatives anticipées", croit savoir Challenges. Pour Frédéric Charillon, professeur de sciences politiques contacté par le Huffington Post, "le Parti conservateur vit [pourtant] dans l’obsession d’éviter [ce scénario], qui risquerait de porter au pouvoir le leader travailliste Jeremy Corbyn, ou d’aboutir à une situation ingouvernable".

Car l'opposition se préparerait à faire tomber le gouvernement à la rentrée. Le leader du Labour, Jeremy Corbyn, a dans un premier temps été "poussé [par les Travaillistes] à faire voter une motion de défiance sitôt Boris Johnson entré au 10, Downing Street". S'il ne s'y est pas risqué, il a toutefois promis un vote à la reprise du travail parlementaire, à l’automne. Dans le cas où la motion remporterait deux tiers des voix, elle déclencherait alors très rapidement l'organisation d'élections. "Pour qu’elles se déroulent avant la date fatidique du Brexit fixée au 31 octobre, il faudrait que la motion soit votée dans la première semaine de septembre", décrypte le Huffington Post

Evoquée moins de deux semaines après l'arrivée au pouvoir de Boris Johnson, cette perspective viendrait confirmer le manque de confiance des Britanniques à l'égard du nouveau gouvernement. "Pas moins de 17 députés de la majorité ont d’ailleurs voté un amendement qui empêche le gouvernement d’acter le Brexit sans l’accord des Communes", la chambre basse du Parlement britannique, rapporte le Huffington Post.

Renégocier l'accord

Pour le moment, le gouvernement pro-Brexit de Boris Johnson entend renégocier l'accord de retrait et quitter l'UE au plus tard le 31 octobre 2019 "quelles que soient les circonstances", rappelle le secrétaire d'Etat au Brexit Stephen Barclay dans une tribune du Daily Mail publiée dimanche.

Pour ce dernier, le négociateur en chef de l'UE pour le Brexit, Michel Barnier doit exhorter les dirigeants des Vingt-Sept à renégocier l'accord. Car les "réalités politiques ont changé" depuis  novembre dernier, date à laquelle le projet de traité avait été dévoilé : le Parlement européen compte 61 % de nouveaux élus.

M. Barclay rappelle par ailleurs l'opposition des conservateurs britanniques au "backstop", ce filet de sécurité qui empêcherait le retour d'une frontière physique entre les deux Irlande : "il n'y a tout simplement aucune chance qu'un accord incluant l'antidémocratique backstop soit passé", déclare-t-il ainsi dans les pages du Daily Mail.

Il n'est toutefois pas certain que les "Vingt-Sept abandonnent leur revendication", explique Christian Lequesne, professeur à Sciences Po Paris [Ouest France]. L'UE a en effet "toujours clamé qu'elle refuserait de renégocier un texte obtenu au bout de 17 mois de discussions ardues", rappelle La Libre.

"Le no deal n'est [aujourd'hui] pas certain. Mais il est devenu assez crédible pour que les Européens doivent s’y préparer", analyse alors l'économiste Jean Pisani-Ferry dans un article du Monde. Ce dernier préconise ainsi d'"envisager toutes les options pour une négociation de dernière minute et être au clair sur le type de partenariat qui pourra être offert à la Grande-Bretagne pour l’après-Brexit".

Une impasse, ironise Christian Lequesne, cité par Ouest France, qui a permis de faire évoluer les programmes des partis eurosceptiques : "aujourd’hui, la position du Rassemblement national est clairement qu’il faut rester dans l’Union européenne pour la changer de l’intérieur. Il en va de même pour le parti Alternative für Deutschland en Allemagne et pour les extrêmes droites italienne et néerlandaise. Tous ces partis se sont rendu compte avec le Brexit qu’il était non seulement difficile, mais aussi aucunement souhaitable pour les intérêts de leurs électeurs, de quitter l’Union européenne".

 

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