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[Revue de presse] Brexit : Boris Johnson demande un report à contrecœur, et maintenant ?

Revue de presse 21.10.2019

Exceptionnellement convoqué un samedi ce 19 octobre, le Parlement britannique devait se prononcer pour ou contre l'accord de sortie adopté jeudi 17 octobre par le Conseil européen. Mais un amendement forçant un report du vote a contraint le Premier ministre Boris Johnson à réclamer un report aux Vingt-Sept, plongeant à nouveau les acteurs du Brexit dans l'incertitude.

Boris Johnson, lors de l'ouverture du Parlement britannique, le 14 octobre 2019 - Crédits : Jessica Taylor / Flickr UK Parliament CC BY-NC 2.0

Boris Johnson, lors de l'ouverture du Parlement britannique, le 14 octobre 2019 - Crédits : Jessica Taylor / Flickr UK Parliament CC BY-NC 2.0

"Reporter ou ne pas reporter, telle est la question". Posée par Les Echos, cette question refait surface après la journée du samedi 19 octobre. Si à Londres comme à Bruxelles, on attendait de cette séance exceptionnelle du Parlement un "'D-Day' britannique" [L'Express], et "une clarification après plus de trois ans de saga sur le Brexit" [L'Obs avec AFP], les cris de victoire suscités par l'adoption d'un accord au Conseil européen le jeudi 17 octobre ont tourné court.

Après des discours successifs du Premier ministre Boris Johnson, du leader de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn, et de plusieurs pontes de la Chambre des communes, "une majorité de 322 députés [s'est prononcée] pour un report de ce vote crucial", rapporte Le Monde. Ce qui a imposé au Premier ministre de réclamer un nouveau report de la date butoir, conformément au Benn Act voté en septembre par les parlementaires britanniques. Une requête à laquelle "le chef du gouvernement [s']est plié de mauvaise grâce", explique La Croix, et à laquelle il espère bien pouvoir échapper.

Boris Johnson mis en échec à Westminster

A Westminster, les députés se sont prononcés pour l'amendement Letwin, qui "indique que tant que le texte juridique national [du Brexit] n'est pas examiné et voté par les députés, ces derniers refusent de se prononcer sur l'accord de sortie en lui-même", détaille L'Express. "Ils redoutent en effet que le court laps de temps d’ici à la date du Brexit, le 31 octobre, ne leur permette pas de voter toute la législation requise et provoque donc accidentellement une rupture brutale avec l’UE", poursuit La Croix.

Brexit : que se passera-t-il après le vote des députés britanniques ?

Mais "ce processus risque d'être long et complexifié par toute une série d'amendements que les députés pourront déposer" [L'Express]. "Pour aller vite, il faudrait que le gouvernement dispose de la majorité", ce qui n'est pas le cas, rappelle Simon Usherwood, professeur de sciences politiques à l’université de Surrey dans La Croix. Et la journée de samedi  a participé à galvaniser l'opposition : "des députés (...) réfléchiront en effet à déposer un amendement afin de demander que l'accord soit approuvé par référendum", selon L'Express. Une option défendue par "par les centaines de milliers de manifestants qui marchaient, selon les estimations des médias britanniques, dans les rues de Londres", ce samedi 19 octobre [L'Obs].

Devant cet échec, Boris Johnson "espère encore un Brexit au 31 octobre et va soumettre un nouveau vote de principe sur l’accord décroché à Bruxelles dès lundi 21 octobre" [Le Monde]. En cas de refus d'un telle motion par John Bercow, le speaker de la Chambre des communes, le vote portera "sur le texte législatif implantant l’accord dans le droit britannique, dès mardi 22 octobre", explique Le Monde. En attendant, son échec au Parlement l'a forcé à "réclamer un report du Brexit au 31 janvier 2020" [L'Obs].

Un report à contrecœur

Or, Boris Johnson a bien fait entendre que ce report n'était pas de sa volonté. Le Premier ministre n'a en effet pas signé sa demande de report au président du Conseil européen Donald Tusk et a envoyé une seconde lettre dans laquelle il explique ne pas vouloir de délai supplémentaire. Une troisième lettre envoyée par l'ambassadeur du Royaume-Uni auprès de l'UE indique que la demande de report n'a été effectuée que pour respecter la loi britannique.

"Une nouvelle prolongation serait dommageable pour les intérêts du Royaume-Uni et de nos partenaires européens, comme pour nos relations", affirme Boris Johnson dans sa lettre signée à Donald Tusk, rapporte L'Obs.

Une position relayée par son gouvernement. Son bras droit Michael Gove a notamment assuré que le pays avait "les moyens et la capacité" de "sortir le 31 octobre", rapporte Ouest-France avec l'AFP, tandis que le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab se disait "confiant".

Toutefois, cette "filouterie de Boris Johnson (…) pourrait être considérée comme une preuve de mauvaise foi et qualifiée juridiquement d''outrage à la cour'", explique à L'Express Aurélien Antoine, professeur de droit public et président de l'Observatoire du Brexit. "La plus haute juridiction civile écossaise, la 'Court of Session', doit en effet décider [lundi 21 octobre] si Boris Johnson s'est bien conformé à la loi Benn", qui lui impose de réclamer un report.

Cependant, cette posture du Premier ministre pourrait servir à "montrer que, jusqu’au bout, il aura tout tenté, dans la perspective d’élections générales où il ferait campagne contre tous ceux qui ont contrarié (…) la volonté populaire issue du référendum de 2016", analyse Le Monde.

Les Européens maintiennent le cap

A Bruxelles, on voit ces derniers rebondissements d'un œil prudent. "Le Parlement britannique n'a pas rejeté l'accord, donc il n'y a pas lieu de changer de cap. Les procédures sont engagées côté européen pour que l'UE ratifie le traité", détaille une source diplomatique aux Echos. "L'UE attendra de voir ce que disent les députés britanniques lors des débats sur la loi d'application du Brexit, mardi [22 octobre], avant de prendre une décision", poursuit L'Express.

Ainsi, "impossible de savoir avec certitude ce que les dirigeants européens décideront", poursuit l'hebdomadaire. La "consultation" des chefs d'Etat lancée par Donald Tusk [Les Echos] n'assure en aucun cas l'acceptation d'un report : "au sommet européen, Emmanuel Macron et Jean-Claude Juncker se montraient bien plus fermes sur la date butoir du 31 octobre que Donald Tusk et Angela Merkel". "La présidence française a fait savoir qu’un 'délai supplémentaire (n’était) dans l’intérêt de personne'", rapporte L'Obs.

Par ailleurs, faire planer le doute conduit à "mettre une pression supplémentaire sur les Britanniques et donner plus de poids à la stratégie de Boris Johnson", analyse Le Figaro. Ce dernier avertissait d'ailleurs les députés samedi : "il est tout à fait possible que nos amis dans l'Union européenne rejettent la requête du Parlement d'un nouveau délai" [L'Express].

"Trois ans et quatre mois après le référendum du 23 juin 2016 par lequel ils ont voté à 52 % pour le Brexit, les Britanniques ignorent toujours quand – et si – ils quitteront l'Union européenne", conclut Franceinfo.

 

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