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[Revue de presse] Brexit : accords et désaccords à deux jours du sommet

Revue de presse 23.11.2018

Un sommet européen extraordinaire est convoqué ce dimanche à Bruxelles. Le projet d'accord de retrait du Royaume-Uni de l'UE, dégagé le 13 novembre par les négociateurs du Brexit, devrait être entériné par les Vingt-Huit. Ces derniers devraient aussi endosser la "déclaration politique" révélée jeudi, qui guidera la suite des négociations. Mais des désaccords persistent entre les parties, tandis que les récentes "avancées" sur le Brexit sont toujours très décriées à Londres.

Michel Barnier et Donald Tusk, le 15 novembre - Crédits : Donald Tusk / Twitter

Michel Barnier et Donald Tusk, le 15 novembre - Crédits : Donald Tusk / Twitter

"Les préoccupations autour du sommet extraordinaire de dimanche sur le Brexit sont en train d’être résolues les unes après les autres"... Au-delà du rebond boursier, l'optimisme gagnerait-il RFI en cette fin de semaine ?

Jeudi 22 novembre, à trois jours du sommet au cours duquel les Vingt-Huit sont censés entériner le projet d'accord de sortie du Royaume-Uni de l'UE, "les négociateurs sont parvenus à s’entendre sur deux points majeurs, à la fois l’extension de la période de transition et la déclaration politique qui doit cadrer les négociations à venir sur l’avenir des relations euro-britanniques", explique la radio internationale.

La période de transition, pendant laquelle ces négociations auront lieu, pourra ainsi être prolongée "jusqu'à deux ans après fin 2020, la date initialement prévue dans le traité de retrait", notent Les Echos.

De son côté, la "Déclaration politique fixant le cadre des relations futures entre l'Union européenne et le Royaume-Uni" a été immédiatement adressée aux Etats membres qui devront l'endosser dimanche, en parallèle du projet d'accord de retrait de 585 pages dégagé le 13 novembre à Bruxelles. Ce dernier fixe, lui, les relations provisoires du Royaume-Uni et de l'UE à compter du 30 mars prochain, date d'ouverture de la période de transition.

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Un futur partenariat "large et approfondi"

Commerce, défense, sécurité, politique étrangère… La déclaration politique, un document d'une trentaine de pages qui guidera donc la suite des négociations, "établit les paramètres d'un partenariat ambitieux, large, approfondi et flexible", selon ses propres termes. "Ce partenariat englobera une zone de libre-échange et une coopération sectorielle plus large". "Il prévoit l'absence de tarif douanier dans tous les secteurs, mais mettra fin à la liberté de circuler des personnes, ce qui était une exigence des brexiters", précise BFMBusiness.

Cette déclaration mentionne également la "détermination" des parties à "remplacer" le filet de sécurité sur l’Irlande, en faisant explicitement référence à une future "politique commerciale indépendante" du Royaume-Uni. Cela "peut signifier que l’accord commercial final sera minimal, un pur accord de libre échange des biens, du type de celui conclu entre l’UE et le Canada, qui sert souvent de référence aux brexiters durs", observe Le Monde. Mais pour l'heure, l'hypothèse du maintien d’un "territoire douanier unique" au terme de la période de transition semble tout aussi probable.

Autrement dit, "les perspectives sont larges et chacun pourrait trouver son compte", analyse le quotidien, en qualifiant ce texte de  "fudge (faux-fuyant) qui remet à plus tard les choix essentiels".

"Bien que n'ayant aucune valeur juridique formelle, [ce document] sera essentiel sur le plan politique", soulignent tout de même Les Echos. Mais malgré ces avancées des négociateurs, Theresa May n'a pas encore achevé la course de fond engagée il y a un an et demi. "Il reste à la Première ministre britannique quelques étapes à franchir. Et pas des moindres", souligne ainsi Euronews, qui parle d'un "sprint final" avant le sommet de ce dimanche.

Gibraltar, pêche et concurrence : les points qui fâchent

En effet, des différends persistent, notamment autour du statut de Gibraltar, des futures relations commerciales et de l'accès des bateaux de pêche européens aux eaux britanniques.

Tandis que Theresa May a répété jeudi devant les députés de la Chambre des communes que "la souveraineté britannique à Gibraltar sera protégée" après le Brexit [Europe1], le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a en effet "réitéré" sa ferme intention de ne pas soutenir l'accord de sortie ce dimanche, relate Ouest-France. Le dirigeant exige qu'une clause soit ajoutée afin que l'Espagne dispose d'un droit de veto sur les négociations futures concernant l'enclave britannique. De son côté, le "Rocher" de 7 km², situé au sud de la péninsule ibérique et revendiqué par Madrid depuis trois siècles, "ne cache plus son exaspération d'être devenu en quelques jours la principale menace pesant sur le Brexit" [La Tribune].

"Techniquement, un blocage espagnol ne pourrait pas empêcher les Européens de signer l'accord : il leur suffit d'une majorité qualifiée pour le faire. Mais le précieux affichage d'unité européenne qui a prévalu jusqu'à présent volerait alors en éclats", précisent Les Echos. Afin de clore le chapitre, "les Vingt-Sept pourraient donc signer, entre eux, un texte par lequel ils s'engageraient à ne rien décider de l'avenir de Gibraltar sans l'accord de l'Espagne", écrit le quotidien dans un second article.

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Mercredi, un autre point d'achoppement avait fait l'objet d'une rencontre à Bruxelles entre Theresa May et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. "Certains pays comme la France [et les Pays-Bas, le Danemark ou encore le Portugal par exemple] insistent pour que l'accès au marché européen du poisson pêché par les Britanniques soit lié à l'accès aux eaux territoriales britanniques pour les Européens", explique ainsi Le Figaro (avec l'AFP).

Le projet d'accord de retrait "stipule pour l’instant qu’un accord entre Londres et Bruxelles sur la pêche doit survenir avant le 1er juillet 2020, mais cette mention ne leur paraît pas suffisante. Les pays concernés plaident pour des engagements supplémentaires", précise Le Monde.

Aucune avancée n'a toutefois été enregistrée ces dernières heures sur ce sujet. Jeudi, devant la Chambre des communes, la Première ministre britannique a même garanti aux parlementaires qu'une fin de non-recevoir serait opposée par Londres à cette demande de réciprocité : "Nous négocierons l'accès [au marché européen] et les quotas sur une base annuelle, comme le font d'autres États côtiers indépendants", a-t-elle précisé, en citant la Norvège et l'Islande.

"Encore beaucoup de discussions nécessaires"

Enfin, "l’Allemagne et la France s’inquiètent du risque de concurrence déloyale dans le cadre de l’union douanière qui se dessine", ajoute TV5Monde. Car "dans le cadre de ce 'filet de sécurité' irlandais, ayant de bonnes chances [d’être pérennisé] à la fin de la période de transition, le Royaume-Uni participerait à une union douanière permettant à ses produits de circuler assez librement dans l’Union, mais ne serait tenu qu’à des 'clauses de non-régression' sur les sujets liés à l’environnement, à la fiscalité ou au droit du travail", détaille Le Monde.

Ainsi, "les Britanniques s’engageraient à respecter les règles européennes existantes à date du Brexit sur ces domaines, mais pas à adapter leur droit à celui de l’UE, quand il évoluera. C’est la porte ouverte, craint-on à Bruxelles, Paris ou Amsterdam, à des risques de dumping économique de la part des Britanniques que ce soit sur le plan environnemental, fiscal ou social".

"Nous avons déjà fait des progrès, mais il y aura certainement encore beaucoup de discussions nécessaires, surtout au Royaume-Uni", a donc affirmé Angela Merkel jeudi, citée par l'AFP.

La chancelière allemande a toutefois prévenu qu'il ne devrait pas y avoir de dernier round de négociation entre les Vingt-Huit lors du sommet de dimanche [Business Insider]. Theresa May se rendra donc à Bruxelles dans la journée de samedi afin de finaliser les textes avant qu'ils soient soumis aux 27.

Par ailleurs, pour éviter un "no-deal", la Première ministre devra encore franchir l'étape ultime -et sans doute la plus difficile : faire ratifier l'accord de retrait par le parlement britannique, au cours d'un vote prévu le 11 décembre. De nombreuses voix ont déjà prévenu qu'elles s'y opposeraient outre-Manche. "La livre britannique a bondi de plus de 1 % jeudi face au dollar après l’annonce d’un accord provisoire entre le Royaume-Uni et l’Union européenne sur la relation post-Brexit. La devise n’est néanmoins pas revenue à son niveau d’avant sa lourde chute de jeudi dernier, lorsqu’elle avait plongé suite à la démission de plusieurs membres du gouvernement britannique…", rappelle ainsi Ouest-France, relativisant l'optimisme ambiant.

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