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[Revue de presse] Brexit : à moins de 100 jours du divorce, le "no deal" s'organise

Revue de presse 21.12.2018

A trois mois de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, la classe politique britannique continue de se déchirer sur l'accord négocié par Theresa May avec Bruxelles. Des deux côtés de la Manche, on se prépare au pire scénario pour 2019 : une sortie sans accord, brutale, avec des prédictions économiques funestes… Mais deux ans et demi après le référendum, quelle autre issue donner à cette crise inédite sans remettre en question le vote des citoyens britanniques ? A la veille des fêtes, retour sur une semaine confuse qui n'a fait qu'accroître l'incertitude.

La palais de Westminster où siège la Chambre des communes - Crédits : Stevebidmead / Pixabay

La palais de Westminster où siège la Chambre des communes - Crédits : Stevebidmead / Pixabay

"Le décompte touche à sa fin. Le 29 mars prochain, à minuit heure française, le Royaume-Uni quittera officiellement l’Union européenne, près de deux ans après s’être prononcé en faveur de ce divorce par référendum", rappelle le Journal du Dimanche. Mais alors que la Première ministre britannique a déjà repoussé le vote de la Chambre des communes sur l'accord qu'elle a négocié avec Bruxelles, faute de majorité, son adoption avant la date butoir du 21 janvier, scénario "rêvé pour Theresa May", semble désormais "improbable", remarque l'hebdomadaire.

Impossible de convaincre les travaillistes de l'opposition, les Brexiters de son propre camp et les unionistes nord-irlandais (DUP) que son accord est "le meilleur possible", selon ses propres termes, et qu'aucune alternative n'est envisageable.

Qu'est-ce que le Brexit ?

L'année s'achève sur des insultes

Theresa May affiche toujours sa détermination. "L'examen du texte [reprendra] le 9 janvier, avec trois jours de débats prévus". Mais rien ne permet donc, à ce stade, d'envisager une issue favorable, selon La Tribune. La Première ministre semble au pied du mur... d'autant plus que l'opposition travailliste l'accuse "de 'jouer la montre' pour forcer les députés à soutenir l'accord […] avec des risques pour l'économie britannique à la clé".

La tension était à son comble, mercredi 19 décembre, lors de la dernière séance de questions de l'année sur le Brexit à la Chambre des communes. "Chose rarissime : les insultes ont même fusé" [RFI] entre Theresa May et Jeremy Corbyn, leader de l'opposition travailliste, ce-dernier étant accusé d'avoir, en bougonnant, qualifié la Première ministre de "femme stupide", rapporte 20 minutes. Comment alors sortir de cette crise ?

Trois scénarios alternatifs pour éviter un "no deal"

"Le Royaume-Uni est en droit de retarder l’entrée en vigueur du Brexit et même d’abandonner [unilatéralement] le Brexit ", rappelle le Journal du Dimanche : c'est ce qu'a décidé la Cour de justice de l'UE le 10 décembre dernier. Theresa May "doit immédiatement informer l’UE de son intention de demander [un report de la date de sortie]", soutient ainsi la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, selon ses propos traduits par Courrier international.

Un report qui laisserait, par exemple, le temps d'organiser un second référendum. Si une partie des travaillistes, les centristes, et les indépendantistes écossais se sont déjà prononcé en faveur de cette possibilité, c'est à présent au sein même du gouvernement conservateur que l'idée fait son chemin. Mercredi 19 décembre, "la ministre du Travail Amber Rudd […] a évoqué en guise de solution pour débloquer l'absence de consensus sur les modalités du Brexit, l'éventualité de l'organisation d'un nouveau référendum", en contradiction avec la position de Theresa May, relate ainsi La Tribune. La Première ministre estime, pour sa part, que "cela serait trahir le choix exprimé par les Britanniques", précise le média économique.

Si cette option serait "une manière de sortir de l’impasse par le haut", puisqu'il s'agirait de laisser au peuple le soin de "trancher le dilemme que les députés ne parviennent pas à résoudre", Le Monde souligne qu'elle "créerait aussi d’autres interrogations". La formulation de la question posée "est une grande partie du problème". Selon l'institut de sondage YouGov, cela "aura une grande influence sur l’issue du scrutin". Ainsi, "le 'remain' gagnerait à 62% contre le seul deal de Mme May, mais moins largement si l’hypothèse du 'no deal' était introduite", au risque d'accroître les divisions.

En tout état de cause, si l'accord sur le Brexit est rejeté par Westminster, l'opposition qui menace Theresa May d'un vote de défiance - celle-ci est déjà sortie victorieuse de celui déposé par son propre camp la semaine dernière - pourrait "décider de mettre ses menaces à exécution, en renversant le cabinet" avec le soutien d'"autres formations d'opposition", selon le Journal du Dimanche. Sans nouvelle majorité dans les deux semaines, des élections auraient lieu. "Mais, dans le même temps, le Labour traîne des pieds : Jeremy Corbyn ne veut pas jouer avec le feu, tant qu’il n’est pas assuré d’une victoire".

Faute de perspectives, le "no deal" s'organise

Alors que la date fatidique approche, c'est finalement le "pire" scénario qui est actuellement préparé des deux côtés de la Manche. "Aussi bien le gouvernement que les Européens se préparent à une sortie sans accord", constate ainsi RFI dans un second article.

Le Conseil des ministres britannique a accéléré les préparatifs mardi 18 décembre : "le gouvernement a annoncé allouer deux milliards de livres […] à 26 ministères et départements" à cette fin, rapporte la radio. "Le ministre britannique de la Défense a précisé que 3 500 militaires se tiendraient 'prêts' à intervenir pour soutenir les services gouvernementaux" en cas de besoin [RFI]. Et parmi les mesures envisagées ou déjà en œuvre : "louer des navires pour assurer l'approvisionnement en provenance du continent" ou encore "constituer des stocks de médicaments importés", énumère L'Obs.

Plongées dans l'incertitude, les entreprises britanniques se préparent aussi à cette éventualité. "Depuis quelques mois, elles ont commencé à réserver de la place dans les entrepôts du pays", rapporte Le Monde dans un second article. Le e-commerce est déjà en pleine explosion et "la sortie de l’UE ajoute une pression supplémentaire". Au fond, "le danger est que tout le monde agisse en même temps, suivant l’état des discussions sur le Brexit", estime l'entreprise Stowga.

L'UE présente aussi son plan

Mercredi 19 décembre, c'était au tour de la Commission européenne de dévoiler "une série de mesures destinées à sauvegarder 'les intérêts vitaux' de l'Union" en cas de no deal, rapporte Le Figaro. Le plan contient 14 mesures qui concernent des secteurs pour lesquels cette rupture brutale serait une "source de perturbation majeure pour les citoyens et les entreprises", explique la Commission : "les services financiers, le transport aérien et de marchandises, les douanes, la politique climatique, et les citoyens". "Le Parlement européen et le Conseil de l'UE sont appelés à 'garantir' l'adoption des textes proposés afin qu'ils puissent entrer en vigueur le 29 mars", précise Boursorama.

Par exemple, selon les législations qui encadrent le Ciel unique européen, "les avions ne seront pas autorisés à voler vers le Royaume-Uni et à partir de celui-ci", explique Alessio Terzi, analyste pour le think tank Bruegel interrogé par Euronews. L'UE envisage donc de "reconnaître pendant une courte période qu'il existe une sorte d'équivalence dans les règles de sécurité et permettre aux avions de continuer à voler", poursuit-il.

Malgré tout, "la Commission insiste sur les avantages de cet accord de retrait […] soulignant que ces mesures seront loin de compenser, par exemple, la période de transition [prévue par l'accord jusqu'au 31 décembre 2020]", ajoute Boursorama.

Enfin, l'Irlande aussi se prépare au pire. "Le principal partenaire commercial [du Royaume-Uni] au sein de l’UE" serait "l'une des principales victimes d'une sortie sans accord" [Ouest-France] puisque cela impliquerait le retour d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande. Jeudi 20 décembre, Dublin a ainsi annoncé craindre "un impact macroéconomique, commercial et sectoriel grave", selon un rapport gouvernemental cité par La France Agricole. Le pays devrait "entrer en mode de 'gestion de crise' avec la nécessité d’adopter 45 textes législatifs en urgence", complète Ouest-France. Parmi les mesures envisagées figurent "l’achat de terrain près des ports de Dublin et Rosslare pour faire face aux embouteillages craints en raison des nouvelles formalités douanières" conséquentes au retour d'une frontière physique.

Vous l'avez compris, le feuilleton du Brexit devrait se poursuivre durant les Fêtes… mais la revue de presse de Toute l'Europe ne sera de retour que le 7 janvier. En attendant, vous pouvez toujours consulter notre dossier pour tout comprendre sur les enjeux du Brexit.