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[Revue de presse] Belgique : les nationalistes flamands quittent la coalition gouvernementale

Revue de presse 10.12.2018

Ignorant l'ultimatum du président de l'Alliance néo-flamande (N-VA), le Premier ministre belge Charles Michel s'est finalement résolu à approuver ce lundi 10 décembre le Pacte migratoire des Nations unies. Comme il l'avait annoncé, le parti nationaliste flamand a donc quitté la coalition au pouvoir. Le gouvernement devrait rester en place, sans majorité, jusqu'aux prochaines élections générales de mai 2019.

Jan Jambon et Bart De Wever lors de la conférence de presse de samedi 8 décembre

Jan Jambon et Bart De Wever lors de la conférence de presse de samedi 8 décembre - Crédits : @de_nva / Twitter

Charles Michel perd sa majorité

"C'est clair, c'est net". Pour Jan Jambon, de l'Alliance néo-flamande (N-VA), la rupture est consommée. Celui qui était jusque-là en charge de l'Intérieur au gouvernement belge a démissionné ce week-end de la coalition au pouvoir depuis quatre ans, avec les quatre autres ministres nationalistes flamands. Derrière ce choix de claquer la porte du gouvernement de Charles Michel, "une divergence profonde sur le pacte de l'ONU sur les migrations" [Franceinfo].

[Revue de presse] Pacte migratoire de l'ONU : intox et oppositions politiques divisent l'Europe

Samedi 8 décembre, "lors d'une conférence de presse" rapportée par RFI, le président de la N-VA Bart De Wever avait en effet prévenu le Premier ministre : "si on n'a plus de voix dans ce gouvernement (...) ça ne sert à rien de continuer". La menace de M. De Wever était explicite, continue le média international : "si le Premier ministre part dimanche au Maroc pour approuver ce pacte, il décollera comme Premier ministre de la suédoise (le nom donné à la coalition, Ndlr) et atterrira comme Premier ministre de la coalition Marrakech".

"Souvent moqué pour sa soumission au parti nationaliste," souligne Le Monde, "M. Michel a, lui, fini par trancher brutalement le conflit sur la migration". La "coalition de Marrakech" dont parle le chef de la N-VA est une "allusion au fait que, lors du débat parlementaire sur le pacte onusien, le premier ministre avait reçu, début décembre, le soutien des oppositions socialiste, écologiste, et chrétienne démocrate francophone".

Au final, la coalition avec les nationalistes flamands "aura duré quelque 1 500 jours, bien plus que ce que prédisaient les observateurs", et pour "atteindre le terme de la législature, le premier ministre espère à nouveau le soutien de l’opposition".

La situation risque toutefois d'être compliquée pour Charles Michel, avertit Médiapart : "il reste à voir si ce gouvernement minoritaire pourra tenir jusqu’aux élections générales prévues fin mai 2019, en même temps que les européennes". Pour rappel, "la N-VA, grand vainqueur des élections de 2014, compte 31 élus à la chambre basse, sur un total de 150". La "majorité alternative" du Pacte migratoire "va-t-elle soutenir [le gouvernement] dans les semaines à venir, en particulier pour faire adopter le budget 2019 ?", s'interroge le média en ligne.

Le Pacte de la discorde

Depuis quatre ans, "le gouvernement a souvent tangué en raison des prises de positions jugées radicales de la N-VA sur la question des migrations", relate France 24. "Non contraignant, le Pacte de l'ONU recense des principes – défense des droits de l'Homme, des enfants, reconnaissance de la souveraineté nationale – et une vingtaine de propositions pour aider les pays à faire face aux migrations". Mais il suscite de vives réactions dans plusieurs pays : "l'Italie, l'Autriche, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, l'Estonie, la Lettonie, la Suisse, l'Australie, Israël et la République dominicaine ont décidé de ne pas se rendre à Marrakech".

En France, "les partis anti-immigration – à commencer par le Rassemblement national – brandissent [l'accord] comme un épouvantail", commente L'Express. Samedi depuis Bruxelles, Marine Le Pen a ainsi lancé que "le pays qui signera ce pacte, évidemment, signera un pacte avec le diable". "La présidente du RN s'est d'ailleurs réjouie sur Twitter que le sujet ait fait vaciller le gouvernement belge". Pourtant, rapporte l'hebdomadaire, "le texte avait d'abord fait l'objet d'un consensus en Belgique cet été, mais la N-VA a changé d'avis fin octobre".

Remaniement du cabinet

Juste après la démission formelle des cinq ministres nationalistes flamands, "la répartition [du nouveau gouvernement] a été fixée par arrêté royal", relate Métro Belgique. Ainsi, "Pieter De Crem [CD&V, centre droit] hérite de l’Intérieur et de la Sécurité, qui étaient gérés par Jan Jambon. Philippe De Backer [Open Vld, centre droit] conserve la Lutte contre la fraude sociale et la Mer du Nord, et récupère l’Agenda numérique, les Télécoms et la Poste du vice-premier ministre libéral flamand Alexander De Croo, ainsi que la Simplification administrative, de Theo Francken (N-VA)".

Le divorce entre le Premier ministre et ses anciens alliés semble néanmoins se passer dans un calme relatif. "J’ai eu un entretien avec le Premier ministre Charles Michel. Nous nous apprécions mutuellement, mais en politique, il arrive parfois que les routes se séparent", a ainsi précisé Jan Jambon [Le Soir (Belgique)]. Avant d'ajouter que, malgré le départ du gouvernement, "la N-VA continuera à collaborer sur les dossiers socio-économiques".