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[Revue de presse] BCE : de nouvelles mesures phares pour relancer l'économie de la zone euro

Revue de presse 13.09.2019

Faire tourner la planche à billets. Prêter aux banques à des taux très avantageux, et les inciter à en faire profiter les ménages... Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, a annoncé de nouvelles mesures phares, jeudi 12 septembre, pour relancer l'économie de la zone euro. Mais elles ne font pas l'unanimité. Et une partie de la presse s'interroge : sont-elles un cadeau empoisonné laissé à Christine Lagarde, qui prendra la tête de l'institution le 1er novembre ?

Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne - Crédits : Forum économique mondial (2012) / Flickr

Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne - Crédits : Forum économique mondial (2012) / Flickr CC BY-NC-SA 2.0

C'est "le dernier coup de 'Super Mario' à la BCE" [Libération]. Jeudi 12 septembre, Mario Draghi, le président italien de la Banque centrale européenne (BCE), a "à nouveau sorti l’artillerie lourde pour relancer une économie européenne atone", explique la RTBF.

"Nouvelle baisse des taux, pourtant déjà négatifs, rachats de dettes, prêts géants… Voici les principales actions annoncées", résume La Croix (avec l'AFP). Car le contexte n'est "pas folichon", écrit la RTBF. L’activité industrielle a "chuté de 0,4  % en juillet, après 1,4  % en juin, tirée à la baisse par un ' moteur ' allemand au bord de la récession" [Le Figaro]. Les prévisions d'inflation et de croissance, elles, ont été ramenées respectivement à 1 % et 1,2 % en 2020. Alors, pour "enrayer le ralentissement de l'économie", la Banque centrale européenne a fait jeudi "non pas une annonce, non pas deux, mais bien trois !", s'exclame le média belge.

Relancer la planche à billets

D'abord, "l’Italien, qui va laisser la place à [la Française] Christine Lagarde le 1er novembre, est une nouvelle fois passé sur le corps des banquiers centraux allemands et néerlandais [...] en décidant de réactiver le 'quantitative easing' européen (assouplissement quantitatif)", note Libération. La BCE va ainsi reprendre son programme de rachat des dettes publiques et obligations privées au rythme de "20 milliards d'euros par mois à compter du 1er novembre" [BFM Business]. "Ce sera financé par de la création de monnaie, en d’autres termes la BCE va faire tourner la planche à billets", explique la RTBF.

"Quel coup !", commente donc Libération, tandis que Le Figaro précise qu'un tel programme avait déjà permis d'injecter 2 600 milliards d'euros dans l'économie entre 2015 et 2018.

"Si les banques utilisent cet argent pour le prêter aux ménages et aux entreprises, cela devrait, en toute logique, relancer l’économie", indique la RTBF. "Mais encore faut-il que les banques soient enclines à prêter tout cet argent".

Inciter les banques à prêter

Pour les inciter à le faire, la Banque centrale européenne, qui "maintenait ses taux directeurs à leur plancher historique" depuis 2016 [La Croix], a décidé d'abaisser à nouveau son taux de dépôt. Il passera de -0,40  % aujourd’hui à -0,50 %, "un taux négatif qui signifie qu’en fait, les banques paient pour confier leurs liquidités excédentaires à l’institut monétaire", explique Courrier international.

Par ce biais, la BCE souhaite "encourager les banques à prêter leurs excès de trésorerie aux ménages et aux entreprises au lieu de les laisser au guichet de la banque centrale", ajoute BFM Business.

L'institution de Francfort maintient ses deux autres taux directeurs, le taux de refinancement à 0 % et le taux de prêt marginal à 0,25 %. Mais une troisième annonce a été faite : à compter du 19 septembre, elle lancera une "troisième série de prêts géants aux banques à des taux négatifs (et sur trois ans) afin de les encourager à prêter aux entreprises et aux ménages" [Libération].

Des critiques outre-Atlantique... et en Europe

"Mario Draghi a rassuré les marchés en inscrivant sa politique dans la durée", titre La Tribune, qui observe qu'aucune date n'a été annoncée pour le relèvement des taux directeurs et l'arrêt du rachat de dettes publiques. "A l’annonce de ces mesures, les bourses ont bondi, l’euro a faibli (1,10 dollar) et les taux des emprunts des Etats de la zone euro se sont encore détendus", constate aussi Libération.

Mais Donald Trump, lui, a "immédiatement réagi par un tweet rageur, en accusant les Européens de 'déprécier l’euro'", ce qui nuirait aux exportations américaines, ajoute le quotidien. Tandis que relancer la planche à billets est aussi une mesure controversée en Europe, note Le Figaro : "plusieurs représentants d’États, dont l’Allemagne, l’Autriche ou les Pays-Bas, s’y étaient opposés, mais aussi, plus surprenant, ceux de la France, selon Reuters".

Des analystes s'inquiètent aussi de taux directeurs très bas à long terme, susceptibles de pénaliser les épargnants [La Tribune] et de "toucher la rentabilité des banques" [Libération]. En effet, en parallèle de prêts peu rémunérateurs, les banques se sont déjà acquittées d'environ 7,5 milliards d'euros en 2018 pour déposer leurs liquidités à la BCE. Une facture "principalement supportée par les banques allemandes et françaises", rapporte BFM Business. Pour alléger l'addition, "une partie des liquidités excessives des banques sera exemptée du taux de dépôt négatif", a précisé jeudi la BCE.

Mais "ce cocktail de départ laissé par Mario Draghi laisse ainsi entrevoir les limites de l’action de la Banque centrale", estime Le Figaro.

Un cadeau empoisonné pour Christine Lagarde ?

"Déjà des questions se posent quant à la capacité des dernières mesures de la banque centrale à relancer l'économie de la zone euro face aux tensions commerciales internationales et aux risques liés au Brexit", souligne aussi Challenges (avec l'AFP).

Certes, "Super Mario va laisser à Christine Lagarde une BCE qui n’a plus rien à voir avec celle qui a présidé au lancement de l’euro en 1999", observe Libération. Mais "là où le bât blesse, c’est que Mario Draghi vient d’imposer ses vieilles recettes [déjà mises en œuvre au plus fort de la crise économique et financière] à Christine Lagarde, qui lui succédera dès le 1er novembre. [Ce qui] ne lui laisse aucune marge de manœuvre pour innover et tester de nouvelles approches", regrette un éditorialiste du quotidien suisse Le Temps.

Les "efforts" de la BCE seraient aussi "de plus en plus vains" pour Jean-Marc Vittori, un éditorialiste des Echos : "Il faudra en venir à la politique budgétaire", prévient-il. 

Jeudi, Mario Draghi a justement "sommé les gouvernements de prendre le relai" [Le Figaro]. Ceux qui ont " de la marge budgétaire devraient agir de manière efficace et rapide ", a enjoint la Banque centrale européenne, notamment en direction de l'Allemagne, réticente à "délier les cordons de la bourse et lancer des grands investissements publics malgré ses excédents de comptes publics depuis 2014" [RTBF].

"En bref, la solution ne passe pas par Francfort, mais par Berlin", souffle Jean Quatremer, le correspondant de Libération à Bruxelles.

 

 

 

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