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[Revue de presse] Au Parlement européen, les indépendantistes catalans cherchent des soutiens

Revue de presse 17.01.2020

A la demande de la justice espagnole, le Parlement européen a déclenché jeudi 16 janvier une procédure pouvant déboucher sur la levée de l'immunité parlementaire des deux anciens responsables catalans Carles Puigdemont et Toni Comín. Poursuivis pour sédition, ces eurodéputés élus en mai dernier ont siégé pour la première fois dans l'hémicycle strasbourgeois cette semaine. Mais les deux indépendantistes apparaissent plus isolés que jamais.

Les deux eurodéputés indépendantistes catalans en exil, Toni Comín (à gauche) et Carles Puigdemont (à droite), risquent de voir leur immunité parlementaire levée par le Parlement européen - Crédits : Pietro Naj-Oleari / Parlement européen CC BY 2.0

Les deux eurodéputés indépendantistes catalans en exil, Toni Comín (à gauche) et Carles Puigdemont (à droite), risquent de voir leur immunité parlementaire levée par le Parlement européen - Crédits : Pietro Naj-Oleari / Parlement européen CC BY 2.0

"La Catalogne est désormais une affaire intérieure européenne", a prévenu Carles Puigdemont lors d'une courte intervention au cours de la session plénière du Parlement européen mardi matin [Le Figaro]. L'ancien président de la communauté autonome de Catalogne avait fui l'Espagne en 2017. Il avait rejoint Bruxelles sous le coup d'un mandat d'arrêt émis par son pays, "pour son rôle dans le référendum d'indépendance de la Catalogne que Madrid juge illégal", rappelle Euronews avec l'AFP.

Elu député européen en mai 2019, son investiture a été retardée par les poursuites dont il fait toujours l'objet en Espagne. Mais fin décembre, la justice européenne a tranché, "confirmant que l'immunité des eurodéputés leur est garantie dès leur élection", indique Le Figaro. Carles Puigdemont, mais également son ancien ministre de la Santé Toni Comín ont ainsi été autorisés à siéger dans l'hémicycle dès la première session plénière de 2020, ouverte ce lundi 13 janvier. Un troisième indépendantiste catalan élu au Parlement européen, Oriol Junqueras, est quant à lui retenu en prison en Espagne. Son procès s'étant achevé la veille de la proclamation des résultats des élections européennes, la Cour suprême espagnole n'a pas reconnu son immunité.

Levée de l'immunité

Le répit est de courte durée pour les deux indépendantistes exilés. Jeudi 16 janvier, "le Parlement européen a commencé à étudier - à la demande des autorités espagnoles - la possible levée de leur immunité parlementaire", rapporte en effet Euronews. "La demande a été remise à la commission des Affaires juridiques", a indiqué la vice-présidente de l'institution Ewa Bozena Kopacz. "La commission désignera un rapporteur (…) qui ne pourra être espagnol", précise El País. La procédure, qui devrait prendre plusieurs mois, débouchera sur un vote à la majorité simple en séance plénière. Les eurodéputés ont "le dernier mot", poursuit donc le quotidien espagnol.

Un "feu vert" à la levée de l'immunité ne signifierait toutefois pas une condamnation, ni une extradition : "ce n'est pas un tribunal de justice, nous ne sommes pas des juges", rappelle Ibán García del Blanco, le vice-président de la commission des Affaires juridiques interrogé par El País. "Le statut même de député [européen] n'est pas perdu tant qu'il n'y a pas de condamnation prononcée", ajoute le journal.

Pour autant, cette procédure n'est pas prise à la légère par les deux parlementaires visés. Le Parlement européen "reçoit régulièrement des demandes de levée d’immunité", et les accepte "dans la grande majorité des cas" [Le Monde avec l'AFP]. Une telle issue permettrait "à l'Espagne de décider d'annuler ou non [leur] mandat de députés européens", poursuit Euronews. Et marquerait la reprise des travaux du juge belge en charge du mandat d'arrêt européen émis par l'Espagne, "en suspens" depuis la décision de la Cour européenne de justice en décembre, explique El País.

Défense offensive

Dans cette procédure, Carles Puigdemont "n'a pas l'intention de jouer les figurants", note Le Figaro. Lors de sa prise de parole dans l'hémicycle mardi matin, l'eurodéputé avait déjà appelé l'Union à "trouver un mécanisme démocratique d’autodétermination" pour les régions sécessionnistes, "par le dialogue et la négociation". Un ton qui lui a valu une salve d'attaques de la part de Luis Garicano, le chef de file des députés espagnols centristes de Ciudadanos au Parlement européen [Le Figaro] : "j'ai demandé une intervention pour discuter avec lui (…) 'M. Dialogue' a refusé d'accepter le débat", a-t-il ironisé.

Jeudi, lors de son troisième jour dans l'hémicycle, "Puigdemont a changé de tactique", remarque La Vanguardia. Face à l'eurodéputée conservatrice Dolors Montserrat, catalane mais fervente opposante à l'indépendance, l'ex-président de la région a cessé "d'éviter le face à face", optant pour "une brève querelle (…) toute en mesure", détaille le quotidien barcelonais. Accusé par sa compatriote d'être "un fugitif de la justice, qui a sapé l'Etat de droit et volé de l'argent public", Carles Puigdemont a invoqué la présomption d'innocence.

Tout comme les conservateurs du Parti populaire européen (PPE) et les centristes de Renew Europe, les socialistes et démocrates (S&D) ont d'ores et déjà "suggéré qu'ils donneraient leur feu vert à la demande" de levée d'immunité, rapporte El País. Un choix dénoncé par le principal intéressé : Carles Puigdemont "a demandé aux socialistes s'ils voteraient avec les fascistes de Vox", le parti d'extrême droite espagnol, farouche opposant aux indépendantistes de tout bord.

Isolés

Les deux Catalans peinent ainsi à trouver des soutiens parmi les groupes politiques du Parlement européen. Seule la vice-présidente du groupe de gauche radicale (GUE/NGL), l'insoumise française Manon Aubry, "s'est réjouie de leur retour", pointe Le Figaro. Les deux parlementaires siègent sur les bancs des "non-inscrits", "ce qui réduit considérablement leur force de parole dans l'assemblée", explique la RTBF avec Belga.

Même une alliance avec les autres partis régionalistes et autonomistes semble compromise. "Les nationalistes corses, gallois ou écossais" ainsi que l'autre parti indépendantiste catalan "Gauche Républicaine" sont en effet réunis au sein du groupe écologiste Verts/ALE, détaille El País. Mais ce dernier reste largement dominé par les partis écologistes. Et son président, le belge Philippe Lamberts, "ne voit pas d'un bon œil" l'adhésion de Carles Puigdemont et Toni Comín à son groupe [RTBF].

En cause, leur manque d'engagement écologiste, et les "accointances des indépendantistes catalans avec la N-VA", les nationalistes flamands, qui siègent au sein du groupe ECR (conservateurs eurosceptiques), explique la RTBF. Pour autant, pas question pour Carles Puigdemont et Toni Comín de rejoindre ce groupe souverainiste, où siègent aussi les Espagnols nationalistes de Vox. "Incompatible", selon la chaîne belge.

A deux semaines du Brexit et du départ des eurodéputés britanniques, la question du ralliement des indépendantistes catalans à tel ou tel groupe est néanmoins importante. "Certains groupes vont perdre des sièges, d'autres en regagner via la redistribution d'une partie des places. Les Verts/ALE devraient justement en perdre, et voir l'extrême droite d'Identité et démocratie les dépasser de justesse dans les rapports de force", indique la RTBF.

 

 

 

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