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[Revue de presse] Assassinat de Jamal Khashoggi : une timide réponse européenne

Revue de presse 24.10.2018

C'est dans des circonstances troubles que le journaliste saoudien Jamal Khashoggi a été tué le 2 octobre, au consulat stambouliote d'Arabie saoudite. La haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères demande une enquête indépendante. Mais les États membres restent discrets quant à d'éventuelles sanctions contre la pétromonarchie, comme une suspension des ventes d'armes désormais réclamée par certains eurodéputés.

Federica Mogherini au Parlement européen, le 23 octobre

Federica Mogherini au Parlement européen, le 23 octobre - Crédits : Mathieu Cugnot / Parlement européen

L'Europe veut une enquête transparente

L'affaire embarrasse grandement les acteurs diplomatiques occidentaux. "Éditorialiste qui collaborait avec le Washington Post", le Saoudien Jamal Khashoggi a été "tué le 2 octobre dans le consulat de son pays à Istanbul, où il s’était rendu pour obtenir des documents administratifs en vue de son mariage", rappelle Le Monde. Mais trois semaines après la disparition du journaliste, les autorités saoudiennes peinent toujours à donner une explication probante : "après avoir nié la mort du journaliste, le gouvernement saoudien a avancé plusieurs versions contradictoires", continue le quotidien. Riyad a finalement admis que Jamal Khashoggi "avait été tué à l'intérieur du consulat du Royaume à Istanbul, sans toutefois révéler où se trouvait son corps", précise RTL (Belgique).

Ainsi, "l’Union européenne tente de faire entendre sa voix dans cette affaire, et a rappelé sa principale exigence : celle d’une enquête transparente", relate Euronews. La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a déclaré le 23 octobre devant le Parlement européen que "n’importe où dans le monde, porter atteinte à un journaliste est un crime contre la liberté d’expression". Elle a de plus "déploré les trop nombreuses 'zones d'ombre' qui entourent encore les circonstances de la mort du journaliste saoudien", rapporte Le Figaro. Selon la haute représentante de l'UE, "un certain nombre d'arrestations ont eu lieu mais nous en savons encore trop peu à propos de ce qui s'est passé".

"Il ne s'agit pas de trouver des boucs-émissaires, nous voulons la justice et continuer à travailler pour la liberté d'expression en Arabie saoudite, dans l'ensemble de la région du Golfe et partout dans le monde", a-t-elle ajouté (RTL).

Pourtant, si il y a bien une "position commune en Europe" consistant à vouloir "une enquête menée à son terme de manière crédible et indépendante", selon les propos du ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders, cité par La Libre (Belgique), cette réaction de l'exécutif européen reste, pour beaucoup, largement insuffisante.

Pas de consensus quant à une réaction politique

Mme Mogherini n'a ainsi "pas répondu aux demandes pressantes de nombre d'eurodéputés qui lui réclamaient, mardi à Strasbourg, une réaction européenne telle que la suspension de la vente d'armes à l'Arabie saoudite", soulève RTL (Belgique). C'est par exemple le cas du chef de file du groupe libéral (ADLE) au Parlement européen Guy Verhofstadt, qui "demande un changement de cap dans la politique étrangère européenne et un arrêt des exportations d’armes" vers le Royaume, indique Euronews.

"L’Allemagne, par la voix d'Angela Merkel, a pris position en ce sens", indique aussi Bruxelles 2, blog spécialisé sur la diplomatie européenne, tandis que "la Wallonie hésite à franchir le pas". "Les autres pays sont plus silencieux" : "la position européenne dans ce domaine très sensible est en effet d’un maniement très délicat, ni totalement désintéressée, ni totalement impérative".

Pour Didier Reynders dans La Libre (Belgique), "il n'est pas question de rompre purement et simplement les relations" avec l'Arabie saoudite, mais bien de "poursuivre un dialogue ouvert, même si nous ne sommes pas d'accord". Car si certains "évoquent un embargo européen" sur le vente d'arme, poursuit le ministre belge, "quand la question a été mise sur la table à propos de la guerre au Yémen, il y a eu un non généralisé" : "je crois toutefois que nous serons plus forts si nous discutons de cela au niveau européen". À ce propos, "Mme Mogherini dit vouloir attendre ce que feront dans les jours à venir les autorités saoudiennes avant d'envisager des mesures à prendre collectivement", conclut RTL (Belgique).