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[Revue de presse] Après une nouvelle défaite en Hesse, Angela Merkel sur la sellette

Revue de presse 29.10.2018

La CDU d'Angela Merkel a connu un nouveau revers ce dimanche 28 octobre, lors des élections régionales en Hesse. Les conséquences qui se profilent sont importantes dans le pays, puisque la chancelière a d'ores et déjà annoncé son intention de ne plus se présenter à sa réélection à la tête du parti en décembre. Parviendra-t-elle à sauver sa coalition gouvernementale avec le SPD ?

Angela Merkel est en grande difficulté après plusieurs revers électoraux de son parti - Crédits : European People's Party (2013) / Flickr

Angela Merkel est en grande difficulté après plusieurs revers électoraux de son parti - Crédits : European People's Party (2013) / Flickr

C'est un "avertissement" selon La Croix. Un "désaveu" pour Le Monde. Une "sanction" aux yeux du Figaro. Une "humiliation" pour le plus sulfureux Daily Express, tabloïd britannique.

Largement commentées, les élections régionales en Hesse ce week-end marquent en tout cas un nouveau recul de l'Union chrétienne démocrate (CDU) en Allemagne, avec de lourdes conséquences sur l'avenir de la chancelière.

Selon les sondages de sortie d'urnes réalisés par les chaînes de télévision publique ARD et ZDF, les conservateurs sont certes arrivés en tête de scrutin, mais avec seulement 27% des voix, contre plus de 38% en 2013. "Il s'agit du pire résultat local du parti depuis 1966", observe Le Figaro. "Dimanche, les électeurs de ce petit Land de 4,4 millions d'habitants situé au cœur de l'Allemagne, appuyé sur le dynamisme économique de Francfort, ont tiré un coup de semonce contre la chancelière, deux semaines après un autre signal d'alerte tiré en Bavière contre la CSU", commente ainsi le quotidien.

"Mi-octobre, en Bavière, l’Union chrétienne sociale (CSU), alliée incontournable d’Angela Merkel, avait déjà subi son plus grave revers depuis 1950 aux élections régionales dans son propre fief", précise Le Monde. Le parti avait alors perdu la majorité absolue qu'il y détenait depuis des décennies.

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La Hesse ne représente "que 7% de l’électorat allemand, mais rarement un scrutin régional aura suscité autant d’intérêt au plan national", note donc Ouest-France, au regard des doutes importants qui pèsent désormais sur l'avenir de la chancelière à la tête de son parti et même du gouvernement allemand.

Angela Merkel quittera la tête de la CDU

En Hesse, "comme en Bavière, le grand gagnant semble être le parti écologiste, qui a doublé sa part d'électeurs, atteignant 19,5% des voix", commente The Guardian. Pourtant, les Verts codirigent le Land depuis cinq ans avec les conservateurs.

Leur score devrait donc permettre à la CDU de rester à la tête du Land qui abrite le siège de la Banque centrale européenne (BCE), même si la formation d'une coalition à trois avec les libéraux du FDP (7,5% des voix) risque d'être ardue pour conserver une majorité.

"Le pire aurait donc été évité", analyse Le Figaro. "Mais le résultat de la CDU alimente la colère qui couve au sein du parti", poursuit le quotidien en citant le député Matern von Marschall : "Les gens attendent du renouvellement."

"Angela Merkel s'était personnellement investie dans la campagne pour soutenir l'un de ses fidèles, le ministre-président Volker Bouffier", relate toujours Le Figaro. Après ce nouveau revers, "la chancelière va [donc] entrer dans une zone de turbulence qui pourrait avoir raison de son autorité, si elle ne rétablit pas la confiance dans son camp."

"Alors que la tension monte au sein de la CDU, certains membres ont laissé entendre que si M. Bouffier tombait [en Hesse], Mme Merkel pourrait avoir du mal à se faire réélire à la tête du parti lors de son congrès de décembre", précisait lundi matin The Guardian. Le suspense sur ce point aura finalement été de courte durée, Angela Merkel ayant précisé, lundi 29 octobre, à plusieurs agences de presse, sa décision de ne pas se porter candidate à sa propre réélection à la tête de la CDU. Un poste qu'elle occupe en continu depuis 2000.

"Après 18 ans [à la tête de l'Union chrétienne démocrate], Merkel veut rester chancelière, mais ne se présente plus en décembre à la présidence du parti CDU", écrit ainsi le quotidien allemand Die Welt. "La chancelière fédérale Angela Merkel a clairement indiqué, après la perte massive de voix de son parti lors des élections législatives de Hesse, son intention de démissionner de la présidence de la CDU, lors d'une réunion du comité exécutif du parti lundi".

La fin de la chancelière ?

La réaction en chaîne s'arrêtera-t-elle là ? "Le débat sur son avenir en tant que chancelière pourrait être relancé après cette nouvelle piètre performance de son parti dans la Hesse", estime désormais Ouest-France.

Au-delà des conservateurs, "Mme Merkel a d’autres raisons de s’inquiéter du résultat", souligne The Guardian. En effet, ses alliés gouvernementaux sociaux-démocrates (SPD), reculent eux aussi de 10 points par rapport à 2013, totalisant 20% des voix, "leur pire performance depuis 1946" dans ce Land, souligne La Croix. "Les politiques menées au niveau fédéral ont largement contribué aux pertes du SPD dans la Hesse", a reconnu dimanche Andrea Nahles, la présidente des sociaux-démocrates, citée par Le Monde.

"Quelque chose doit changer au sein du SPD", a donc prévenu la responsable, menaçant de faire voler en éclats la grande coalition. D'après la BBC, la cheffe de file du SPD attendrait désormais de la CDU une "feuille de route claire et contraignante" pour 2019. "Nous serons alors en mesure de vérifier si ce gouvernement est toujours le bon endroit pour nous".

Or "un départ du SPD de la coalition signerait la fin du gouvernement actuel et probablement celle de la carrière politique d’Angela Merkel, avec de nouvelles élections à la clé", précise Le Monde. D'après les sondages, "en cas de nouvelles élections législatives, la CDU/CSU ne recueillerait que 26% des suffrages tandis que le SPD se retrouverait derrière les Verts", relate de son côté La Croix. "L'histoire dira si l'avenir d'Angela Merkel s'est en partie joué en Hesse, lors d'un scrutin régional", conclut donc Le Figaro.

Montée de l'extrême droite

Pour l'heure, une chose est sûre, "Angela Merkel semble usée par 13 ans de pouvoir. Sa popularité n'a cessé de refluer depuis sa décision d'ouvrir les frontières du pays à plus d'un million de demandeurs d'asile en 2015 et 2016, tandis que l'extrême droite enchaîne les succès en profitant des craintes que suscitent les migrants dans l'opinion", souligne l'AFP relayée par Franceinfo.

Effectivement, l'extrême droite semble avoir le champ libre. L'Alternative für Deutschland (AfD) est ainsi l'autre gagnante de ces élections en Hesse : "le parti triple son score avec plus de 12% des voix et va entrer dans le dernier parlement régional allemand où il n'était pas encore représenté", constate une dépêche de l'AFP.