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[Revue de presse] Après 18 jours de négociations, 9 pays européens acceptent d'accueillir 298 migrants bloqués en Méditerranée

Revue de presse 10.01.2019

Neuf pays européens se sont entendus, mercredi 9 janvier, pour l'accueil de 49 migrants retenus sur deux navires d'ONG en Méditerranée ainsi que de 249 autres auparavant débarqués à Malte. Dix-huit jours de négociations marathon – un record – auront été nécessaires pour parvenir à cet accord, illustrant une nouvelle fois l'incapacité des Etats membres de l'UE à mettre en œuvre une politique migratoire globale et durable.

Navire humanitaire Sea Watch 3

Navire humanitaire Sea Watch 3 - Crédits : Lisa Hoffmann, Sea Watch

"Après 18 jours, l'Union européenne est parvenue [mercredi 9 janvier] à un accord entre Malte et huit autres Etats membres pour répartir les 49 personnes bloquées sur les bateaux des ONG allemandes Sea Watch et Sea Eye", annonce Libération. "S’y ajoutent les 249 demandeurs d’asile secourus dans les eaux territoriales maltaises fin décembre par la marine nationale".

Négociations interminables

S'agissant des migrants retenus en mer, ils "attendaient depuis près de trois semaines", rappelle Ouest-France. Ces derniers avaient en effet été sauvés par les navires humanitaires allemands les 22 et 29 décembre. "Depuis, ils étaient bloqués au large de Malte, qui les a autorisés à pénétrer dans son espace maritime mais pas à accoster sur l’île". Comme l'indique Le Monde, "jamais une négociation européenne pour se répartir un groupe de migrants sauvés par des ONG en Méditerranée n’aura été aussi longue".

Or trouver un accord était particulièrement urgent car la situation en mer se dégradait de jour en jour. "Les migrants étaient très affaiblis et certains d’entre eux ont même entamé une grève de la faim, avant de recommencer à s’alimenter. Un migrant secouru a même tenté de se jeter à l’eau", relate Ouest-France. Et parmi les personnes retenues à bord figuraient plusieurs mineurs, dont des enfants de moins de 6 ans.

C'est Joseph Muscat, Premier ministre maltais, qui a annoncé l'accord et présenté les premiers détails. Au total, en plus de Malte, huit pays européens vont se répartir l'accueil des 298 migrants : l'Allemagne, la France, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal et la Roumanie [Le Figaro]. "Malte, le plus petit pays membre de l'Union européenne, est de nouveau appelé à prendre ses responsabilités au-delà de ses limites", a déclaré M. Muscat, cité par Libération.

La peur du précédent

"Malte a eu peur de créer un précédent", explique la RTBF (Belgique). Depuis que l'Italie a "décidé de fermer ses ports aux migrants sauvés en mer l'été dernier", le gouvernement maltais craint en effet "de voir se multiplier les arrivées de navires humanitaires dans ses eaux". "Malte est un très petit pays et il est dans notre nature d'aider les personnes en détresse, mais en tant que Premier ministre, je ne peux pas me soustraire à la responsabilité de préserver notre sécurité et nos intérêts nationaux", a ainsi fait valoir Joseph Muscat [Le Point].

La présence de l'Italie parmi les pays européens ayant accepté de participer à l'accueil de migrants n'est, à cet égard, pas passée inaperçue. Pour Le Monde, il faut y voir le signe que "Rome maintient discrètement une politique d'accueil, malgré les provocations du ministre de l'Intérieur d'extrême droite Matteo Salvini". S'opposant à son Premier ministre Giuseppe Conte, M. Salvini a, sur Twitter, tenu son discours habituel : "céder aux pressions et aux menaces de l'Europe et des ONG est un signe de faiblesse que les Italiens ne méritent pas", a-t-il écrit [Le Point]. Ainsi, d'après Politis, "la question migratoire semble provoquer une dissension au sein du gouvernement italien". Le Mouvement 5 étoiles (M5S) semble en effet se démarquer de la Ligue de Matteo Salvini en raison du "mécontentement croissant de l'aile la plus progressiste du M5S".

Quoi qu'il en soit, la Commission européenne n'a pas caché sa frustration vis-à-vis des atermoiements européens dans la gestion des flux migratoires. "Les semaines passées n'ont pas été les plus belles heures de l'Europe", a ainsi déclaré Dimitris Avramopoulos, commissaire en charge des migrations. "L'UE ne peut pas continuer à compter sur des solutions désordonnées", a-t-il également insisté, rappelant la nécessité de mettre en place un "mécanisme prévisible et durable" pour organiser les débarquements et la répartition solidaire de l'accueil [Le Figaro].

La réforme du droit d'asile au point mort

Toutefois, une telle issue n'est pas jugée atteignable à court terme par les observateurs. "Pour y parvenir, il faudrait réformer les règles de l'asile au sein de l'Union, ce qui signifierait une refonte du règlement de Dublin, la législation qui confie le traitement d'une demande d'asile au pays de première entrée", explique la RTBF. Une réforme "au point mort depuis plus de deux ans", et qui ne devrait pas avancer avant les élections européennes de mai prochain.

Dans ce contexte, les pays européens se couvrent "de honte", juge Aloys Vimard, coordinateur de projet de Médecins Sans Frontières à bord de l'Aquarius, l'un des autres navires humanitaires bloqués en mer l'été dernier. Interrogé par Franceinfo, M. Vimard fait part de son incrédulité : "La route migratoire en Méditerranée est la plus meurtrière, mais ce qui tue ce ne sont pas les vagues, les tempêtes, mais ces politiques européennes de dissuasion qui par tous les moyens essaient d'empêcher ces personnes d'atteindre les côtes européennes. C'est indigne".

"Chaque bateau de sauvetage ou presque doit désormais attendre que l’Europe parvienne à s’entendre pour être autorisé à accoster", confirme Le Monde. "Alors même que les flux migratoires ont plongé en 2018 du fait notamment d’accords contestés avec la Libye, chaque sauvetage se transforme en mini-crise diplomatique européenne". De fait, explique le quotidien, aucun Etat membre de l'UE ne s'est porté candidat pour accueillir des plateformes de débarquement ou des centres coordonnés pour l'hébergement des personnes recueillies en mer. Des mesures sur lesquelles les Vingt-Huit s'étaient pourtant entendus en juin dernier.

 

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