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[Revue de presse] Alstom-Siemens : la Commission européenne interdit la fusion

Revue de presse 06.02.2019

Après plusieurs mois de tractations, la Commission européenne a mis, mercredi 6 février, son véto à la fusion entre le français Alstom et l'allemand Siemens. Une décision vivement critiquée par Paris et Berlin. Bruxelles invoque la protection des consommateurs face à un risque de monopole. Ses détracteurs plaidaient pour la création d'un géant européen du ferroviaire, afin de contrer les ambitions commerciales chinoises.

Un train Alstom - Crédits : Sergio D’Afflitto / Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Un train Alstom - Crédits : Sergio D’Afflitto / Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Véto de la Commission européenne

"Bruxelles fait dérailler le projet de fusion Alstom-Siemens", titre Libération pour évoquer le rejet prévisible par la Commission européenne de la fusion entre les groupes ferroviaires français et allemand. Officialisé fin 2017, le projet avait pour "but initial […] de créer un champion européen du ferroviaire capable de faire face aux mastodontes chinois" [Europe 1]. Mais pour la Commission européenne, "un tel rapprochement casserait la concurrence : il réduirait le nombre d'industriels rivaux dans l'Union, ce qui risquerait de faire monter les prix des trains pour les compagnies ferroviaires, et celui des billets pour les consommateurs", indique la chaîne de radio.

Les Echos rappellent que les deux groupes ferroviaires avaient pourtant fait "d'ultimes concessions il y a une dizaine de jours" pour rassurer la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager quant aux risques d'abus de position dominante ou de monopole. "Mais il s'agissait de gestes purement symboliques, histoire de marquer le coup", selon un expert du secteur interrogé par le quotidien. Avec une cession d'actifs à hauteur de 4% de l'ensemble Alstom-Siemens, ces concessions "ont à peine fait ciller les services européens de la concurrence, où on pointe qu'elles sont intervenues bien trop tard dans le processus et n'étaient de toute façon pas de nature à changer la donne", expliquent Les Echos.

"En l'absence de mesures correctives suffisantes, cette concentration aurait entraîné une hausse des prix pour les systèmes de signalisation qui assurent la sécurité des passagers et pour les futures générations de trains à très grande vitesse. La Commission a interdit la concentration parce que les parties n'étaient pas disposées à remédier aux importants problèmes de concurrence que nous avons relevés", a déclaré Mme Vestager dans un communiqué.

Une décision vertement critiquée

La décision de la Commission européenne est "une erreur" qui "va servir les intérêts" chinois, a au contraire jugé le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, qui s'exprimait dans l'émission Les 4 vérités de France 2.

Côté allemand, on déplore également l'abandon de la fusion. Le ministre allemand de l'Economie, Peter Altmaier, a ainsi expliqué, mardi 5 février, être en désaccord sur le fait de ne prendre en compte que le seul marché européen pour évaluer le respect des règles de concurrence. "N’y a-t-il pas des domaines tels que l’aviation, les chemins de fer, les banques où vous devez prendre le marché mondial comme référence plutôt que l’européen ?", a-t-il fait valoir [Le Monde avec Reuters].

Dans une interview au Figaro, le PDG d'Alstom Henri Poupart-Lafarge dénonce un refus basé sur "des préjugés idéologiques", qui n'est pas "le résultat d’une application, même stricte, des règles de concurrence".

Dans un style encore plus direct, Joe Kaeser, patron de Siemens, avait quant à lui qualifié les membres de la Commission européenne de "technocrates rétrogrades", lors de la présentation des résultats de son entreprise mercredi dernier [L'Obs avec l'AFP]. Une sortie qui avait profondément irrité Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. "En près de 30 ans, depuis l'entrée en vigueur des premières règles européennes en matière de fusions, nous en avons approuvé plus de 6 000 et nous en avons bloqué moins de 30. Ceci est un message pour ceux qui disent que la Commission est composée de technocrates aveugles, stupides et bornés", a-t-il répondu face à ces attaques [Euronews].

Une menace chinoise très limitée en Europe selon la Commission

Ainsi la Commission européenne n'a pas retenu la menace de la concurrence du géant chinois du ferroviaire, CRRC, sur la scène internationale. Même si l'entreprise chinoise "pèserait encore le double (30 millions d’euros), en termes de chiffre d’affaires" après un mariage des deux groupes, indique Le Parisien.

"Le constructeur chinois reste encore largement à l'écart du marché européen. Et à ce stade, fait-on valoir dans l'entourage de Margrethe Vestager, il n'a pas vendu le moindre TGV à l'étranger. Compte tenu des délais propres à cette industrie, il n'y aura donc pas de concurrence chinoise dans un avenir raisonnablement prévisible pour Alstom et Siemens, conclut Bruxelles" [Les Echos].

Le quotidien estime toutefois que cette décision relancera les débats sur les règles de concurrence en Europe. "Comment faire pour qu'elles n'entravent pas la création de géants européens à même de rivaliser sur des marchés de plus en plus mondiaux ?", s'interrogent ainsi Les Echos. La question mériterait en tout cas, pour le gouvernement français cité par Le Monde, d'être soulevée lors de la campagne pour les élections européennes.

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