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[Revue de presse] Allemagne : vers la chute d'Angela Merkel ?

Revue de presse 27.09.2018

Est-ce le début de la fin pour Angela Merkel, chancelière fédérale d'Allemagne depuis bientôt 13 ans ? C'est la question que se posent beaucoup de commentateurs de la politique allemande après l'éviction de son homme de confiance Volker Kauder de la tête du groupe parlementaire CDU/CSU. Ce nouveau coup dur vient s'ajouter aux multiples crises politiques qui secouent la coalition au pouvoir depuis mars 2018.

Merkel-Raute, "le losange de Merkel"

Merkel-Raute, "le losange de Merkel" - Crédits : Armin Linnartz / CC BY-SA 3.0

Perte d'autorité sur le groupe CDU/CSU

"Angela Merkel ne peut plus faire comme si rien ne s'était passé", titre la presse allemande cette semaine, reprise par BFMTV. "Alors que les députés conservateurs de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) et de son allié bavarois (CSU) viennent d'élire Ralph Brinkhaus à la tête du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag", rien ne va plus pour la chancelière, estime le média. Après ce vote inattendu, "les députés de l'opposition ont évoqué une 'rébellion' contre Angela Merkel". En effet, c'est un "inconnu du grand public, député CDU", qui va remplacer Volker Kauder,"en poste depuis 13 ans, et très proche de la chancelière Merkel".

Pour Les Echos, "c'est un nouveau coup dur pour Angela Merkel". Depuis le début de son quatrième mandat en mars 2018, elle se retrouve "fragilisée par sa coalition gouvernementale qui ne cesse de menacer d'imploser". Avec l'éviction de son homme de confiance, "la chancelière allemande ne peut désormais plus compter non plus sur l'appui inconditionnel de son propre groupe politique au Bundestag". Son remplaçant, "expert fiscaliste, était jusqu'ici numéro deux du bloc conservateur à la chambre basse du Parlement".

"Il n'y a rien à enjoliver", a concédé Mme Merkel, [La Libre] considérant qu'il s'agissait d'un "moment de démocratie dont font partie les défaites". Pour le journal belge, "ce camouflet intervient juste après une deuxième crise gouvernementale en seulement quelques mois, déjà symptomatique de l'affaiblissement de la chancelière". "Au début de l'été", rappelle le quotidien, "elle avait dû affronter les foudres de son ministre de l'Intérieur, le très conservateur Horst Seehofer, grand contempteur de sa politique de relative ouverture aux migrants".

Au-delà de la chute de Volker Kauder, le choix de M. Brinkhaus est tout sauf anodin. Au printemps dernier, celui-ci "avait notamment pris position contre les propositions sur la relance de l'Europe du chef de l'État Emmanuel Macron, contre l'avis de la chancelière", rappelle Le Figaro. "Il avait tenté d'emmener les parlementaires CDU/CSU avec lui pour forcer la main" d'Angela Merkel. Si à l'époque celle-ci "avait réussi à éteindre l'incendie avant qu'il ne se déclare", de nouvelles frondes sont à prévoir dans un avenir proche, maintenant que Ralph Brinkhaus est à la tête du groupe parlementaire.

Ambiance de fin de règne

Pour justifier sa candidature, M. Brinkhaus avait usé "des termes qui ne laissaient aucun doute sur sa volonté d’incarner une forme d’autonomie" vis-à-vis de la chancelière, relate Le Monde. "Ce dont nous avons besoin, c’est d’action, il faut une forme de sursaut vis-à-vis de l’extérieur ainsi qu’à la base du parti", avait-il expliqué à ses collègues. Pour le quotidien, cette "profession de foi sonnait comme une critique en règle de Mme Merkel et de M. Kauder". En effet, ces derniers sont régulièrement "accusés de gérer le groupe et le parti avec la volonté d’y étouffer les débats et les contradictions".

"Pour ma part, je crois que le temps est venu pour elle d'annoncer à quel moment elle compte mettre un terme à son mandat de chancelière. Elle doit faire cette annonce au cours du mois qui arrive" : explique Nils Diederich, professeur de Sciences politiques à l'université libre de Berlin. Selon son analyse publiée par Euronews, Angela Merkel "ne se présentera pas aux prochaines élections". Or son départ prématuré permettrait "au parti au pouvoir de ne pas attendre les prochaines élections pour annoncer un successeur, mais de le faire avant".

La version francophone du média allemand Deutsche Welle propose un tour d'horizon de la presse allemande : pour la Frankfurter Rundschau, "si Ralph Brinkhaus a bien battu l’homme de confiance de Merkel", c'est "aussi parce que son programme, critique, peut être décrit en une phrase : 'cela ne peut pas continuer comme ça'". Et selon le quotidien conservateur Die Welt, "cette défaite est un échec personnel de la chancelière" : M. Kauder "est probablement la dernière victime avant le grand sacrifice politique de la chancelière. […] Angela Merkel est à sa fin".