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[Revue de presse] Allemagne : la démission du président de Thuringe, élu grâce à l'extrême droite, n'éteint pas "l'incendie politique"

Revue de presse 07.02.2020

Choisi le 5 février pour diriger l'exécutif local, le libéral Thomas Kemmerich a finalement choisi hier de démissionner. Sans mettre fin à la polémique nationale déclenchée par son élection, soutenue par les conservateurs et l'extrême droite.

Au cours d'une manifestation à Berlin mercredi 5 février, les militants de gauche radicale ont détourné les slogans du parti libéral-démocrate, accusant le président de Thuringe de préférer "gouverner avec les fascistes que ne pas gouverner du tout" - Crédits : Martin Heinlein / Flickr Die Linke CC BY 2.0

Au cours d'une manifestation à Berlin mercredi 5 février, les militants de gauche radicale ont détourné les slogans du parti libéral-démocrate, accusant le président de Thuringe de préférer "gouverner avec les fascistes que ne pas gouverner du tout" - Crédits : Martin Heinlein / Flickr Die Linke CC BY 2.0

"L'Allemagne se prend une droite", titre Libération. Le jeu de mots est de circonstance : mercredi 5 février, "le libéral Thomas Kemmerich [FDP] a été élu à la tête du Land de Thuringe grâce à des voix issues de l’AfD [extrême droite] et de la CDU [chrétiens-démocrates]", causant un "séisme politique". Celui-ci a poussé le chef de gouvernement régional à annoncer sa démission dès le lendemain. "La démission est inévitable (...). Nous voulons de nouvelles élections afin de retirer le stigmate du soutien de l’AfD", a déclaré le dirigeant démissionnaire au cours d'une conférence de presse [Le Monde avec l'AFP].

L'élection du parlement régional, en octobre dernier, avait en effet vu l'AfD et les radicaux de gauche de Die Linke emporter à eux deux "plus de la moitié des sièges parlementaires", empêchant toute majorité "sans accord avec l'un ou l'autre parti", rappellent Les Echos.

[Revue de presse] Allemagne : nouvelle percée des extrêmes lors d'un scrutin régional

Le dirigeant sortant de gauche radicale Bodo Ramelow, arrivé en tête avec 31 % des suffrages, apparaissait ainsi favori avec le soutien des sociaux-démocrates et des écologistes. Mais à l'heure du vote, l'AfD "a tendu un piège électoral habile à ses adversaires" : abandonnant son propre candidat, ses élus "ont voté à bulletin secret pour le candidat le mieux placé, un libéral, qui a coiffé le sortant au poteau" à une voix près, explique Europe 1.

Un accident ?

Les libéraux du FDP et les conservateurs de la CDU, le parti d'Angela Merkel ont ainsi "brisé un tabou historique" en votant avec l'AfD, selon Peter Frey, chef du service politique de la chaîne publique allemande ZDF [France Culture]. Ils tentent désormais "d’éteindre l’incendie politique", explique Le Monde avec l'AFP.

La CDU insiste sur "l'absence d'accord préalable avec l'AfD", rapporte Patrick Moreau, chercheur au CNRS [Le Figaro]. Pour le parti de la chancelière, il s'agirait d'une "tactique de l'AfD pour les déstabiliser" [Les Echos]. "Un travail conjoint avec l’AfD n’a pas existé, n’existe pas et n’existera pas", a également assuré l'éphémère ministre-président de Thuringe [Le Monde].

Mais l'ambiguïté n'est pas levée pour autant : la gauche (SPD, Die Linke et les Verts) refuse la thèse de l'accident électoral, indique Le Figaro. "Les sociaux-démocrates [SPD] accusent le parti d'Angela Merkel d'avoir cédé aux sirènes populistes", lit-on ainsi dans Les Echos. Et pour le magazine Marianne, la crise politique provoquée par l'élection de Thomas Kemmerich est bien le fruit d'"arrangements électoraux entre la droite et l’extrême-droite pour faire tomber M. Ramelow".

Ce scandale met en lumière le "malaise grandissant au sein de la CDU", vis-à-vis de "son aile la plus à droite, tentée par un rapprochement avec l'AfD" [Les Echos]. Certains conservateurs feraient en effet "primer sur leurs valeurs antifascistes un antisocialisme viscéral", fait savoir Libération.

Conséquences nationales

Depuis ce vote, les sociaux-démocrates se posent de "très graves questions" au sujet de la coalition gouvernementale qu'ils forment actuellement avec la CDU, a d'ailleurs averti le vice-chancelier social-démocrate, Olaf Scholz [Les Echos]. "Les trois dirigeants des partis au pouvoir (CDU, CSU, SPD) doivent se rencontrer samedi à Berlin pour une réunion spéciale", rapporte Libération. Angela Merkel, en déplacement en Afrique du Sud, a ainsi souhaité clarifier la position de son parti, qualifiant le vote de mercredi d'"acte impardonnable".

La polémique est "devenue un problème national en moins d’une heure", commente Marianne. "Des manifestations spontanées ont éclos partout en Allemagne", relate Libération. Une alliance avec l'extrême droite est en effet considérée comme "une ligne rouge" outre-Rhin. En particulier en Thuringe, qui fut "le premier Land à faire entrer un nazi dans un gouvernement régional" en 1930, note le quotidien. "Le parallèle historique est dans tous les esprits", selon France Culture.

Mais plus qu'un rappel du passé, cette affaire pourrait être "un aperçu de ce qui attend, si l'on n'y prend pas garde, la politique allemande dans un avenir proche", écrit le journaliste Georg Fulberth dans l'hebdomadaire allemand Der Freitag [France Culture]. Car l'AfD, en "croissance très rapide" depuis son arrivée au Bundestag il y a deux ans, se réjouit que de nouvelles élections soient envisagées, "après avoir fragilisé toujours un peu plus les 'vieux partis' d’Allemagne", analyse Libération.

 

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