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[Revue de presse] Aléxis Tsípras et Viktor Orbán face au Parlement européen

Revue de presse 12.09.2018

Mardi 11 septembre, les chefs de gouvernements grec et hongrois Aléxis Tsípras et Viktor Orbán sont intervenus devant les députés européens. Le premier, symbole d'apaisement après une décennie de crise aigüe, a défendu le bilan de la Grèce. Le second, à l'inverse, est menacé de sanctions européennes en raison des violations à l'État de droit exercées par le gouvernement hongrois.

Aléxis Tsípras et Viktor Orbán au Parlement européen, le 11 septembre 2018

Aléxis Tsípras et Viktor Orbán au Parlement européen, le 11 septembre 2018 – Crédits : Daina LE LARDIC et Genevieve ENGEL / Parlement européen

Aléxis Tsípras, entre espoirs grecs et craintes européennes

"L’échec de l’Union européenne à trouver des solutions démocratiques à ce type de crise, c’est ce qui nourrit le chauvinisme et le nationalisme", a déclaré le Premier ministre grec Aléxis Tsípras devant "un hémicycle à Strasbourg très peu garni", mardi 11 septembre [Ouest France]. "L’Europe est devenue plus technocratique, avec des décisions prises à huis clos par des organes informels qui ne sont pas responsables devant les citoyens", a-t-il accusé, pointant du doigt la Troïka, après une décennie de tourmente budgétaire et d'austérité drastique.

Comme le rappelle Euronews, le chef du gouvernement grec "s'exprimait au Parlement européen pour la première fois depuis 2015", alors que le peuple grec venait de rejeter, par référendum, le troisième plan de sauvetage européen, au plus fort de la crise. Aujourd'hui, la situation s'est stabilisée, et le pays dispose "d'un matelas de sécurité de près de 30 milliards d'euros (équivalent à 15% du PIB 2017)" soit une réserve "suffisante pour assurer l'autonomie du pays pendant deux ans et demi ", précise La Tribune. En gage de bonne volonté, M. Tsípras a indiqué qu'"Athènes comptait dépasser les objectifs d'excédent budgétaire fixés dans le cadre d'une 'surveillance renforcée' post-plan de sauvetage", poursuit le média économique.

Crise de la dette grecque : quelle situation après 9 ans de bras de fer ?

Lors de son intervention, M. Tsípras a également lancé un appel pour ne "pas laisser l'idée européenne s'écraser entre le néo-libéralisme, qui s'est révélé catastrophique, et le cauchemar de l'extrême droite", selon Euronews. Face aux eurodéputés, le Premier ministre grec a en effet mis en garde contre le "monstre du populisme" : outre la fin de la tutelle de son pays, il s'agissait de l'autre grand thème de son allocution, explique le quotidien belge La Libre. "S'il y a quelqu'un qui menace vraiment l'Europe, ce n'est pas ceux qui luttent pour la changer mais ceux qui luttent pour l'abolir, ceux qui vont à l'encontre des idéaux humanitaires, de la solidarité et de la collaboration entre les peuples", a-t-il déclaré.

Viktor Orbán accuse l'UE de "chantage"

L'après-midi justement, c'est le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, qui est venu s'exprimer dans l'hémicycle. Son allocution avait des airs de plaidoirie. Mais ici, pas d'avocat : c'est l'accusé qui s'exprime directement. Ce mardi 11 septembre en effet, "Viktor Orbán avait fait le déplacement à Strasbourg, […] pour dissuader les députés européens de voter le déclenchement contre son pays d’une procédure visant le respect de l’État de droit", relate Le Monde.

En effet, cette procédure européenne contre un État membre pourrait être lancée alors qu'un nouveau rapport du Parlement européen décrit les violations de l'État de droit multipliées par le gouvernement hongrois. Dans un discours offensif, le Premier ministre hongrois a reproché à l'UE de "se livrer à un 'chantage' et a estimé que l’assemblée de Strasbourg avait décidé, avant même de l’entendre, 'de condamner un pays et un peuple' sur la base d’un rapport qui bafouerait leur honneur", poursuit Le Monde.

Viktor Orbán en campagne contre l'Europe de l'Ouest et le libéralisme

L'exercice était peu aisé, "le premier ministre hongrois n'avait que six minutes de temps de parole", indique Le Figaro. Une décision éminemment politique, "prise la semaine dernière par les présidents de groupe du Parlement européen, lassés de voir l'homme fort de Budapest s'inviter si souvent". Pourtant, Viktor Orbán "qui n'est jamais aussi bon que sous la pression, (…) n'a pas été si convaincant que les fois précédentes", estime le quotidien : "est-ce parce qu'il redoutait que le vent ne tourne au sein du Parti populaire européen (PPE) ?"

En effet, "le PPE, dont le parti de Viktor Orbán, le Fidesz, est membre (tout comme Les Républicains français), a jusqu'ici toujours protégé son cancre hongrois. Rien ne permet de dire que cette fois il le lâchera", note l'Obs, qui se refuse au pronostic : "il n'est absolument pas assuré que le Parlement vote la résolution. Car il lui faut, outre la majorité des voix (376), deux tiers des suffrages exprimés lors du vote".