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[Revue de presse] Affaire Navalny : les Vingt-Sept condamnent la Russie sans prendre de sanctions

Revue de presse 03.02.2021

A la veille d'un déplacement du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell à Moscou, les Etats membres et l'UE louvoient pour maintenir le dialogue avec la Russie, acteur stratégique sur la scène internationale, tout en condamnant ses manquements à l'état de droit dans le cadre de l'affaire Navalny.

Opposant de longue date à Vladimir Poutine, Alexei Navalny (ici en meeting à Moscou en 2015) est revenu sur le territoire russe où il a été condamné à une peine de prison de trois ans et demi

Opposant de longue date à Vladimir Poutine, Alexei Navalny (ici en meeting à Moscou en 2015) est revenu sur le territoire russe où il a été condamné à une peine de prison de trois ans et demi - Crédits : mosprofs / iStock

"Les communiqués […], presque écrits par anticipation tant la peine de prison était attendue, n’ont pas tardé dans la soirée", résume Le Monde. Suite à la condamnation de l'opposant russe Alexei Nalvalny à trois ans et demi de prison mardi 2 février, les diplomaties européennes n'ont en effet pas manqué de réagir rapidement. "Si plusieurs pays demandent le retour à la politique de sanctions [à l'encontre de la Russie] (Estonie, Lettonie, Tchéquie…), ce n’est pas la majorité. Dans d’autres pays (France, Italie, Pays-Bas…), on sent que la condamnation est ferme, mais reste polie", analyse Bruxelles2, qui a compilé les différentes réactions occidentales.

Pour le ministre des Affaires étrangères tchèque Tomáš Petříček, "l’UE devrait revenir sur la question des sanctions". Son homologue lituanien Gabrielius Landsbergis est encore plus virulent, estimant "[qu'] après une condamnation méprisable de d’Alexei Navalny, le langage des sanctions est le seul que l’UE devrait utiliser avec la Russie", ajoutant que si Bruxelles hésite, "la Lituanie imposera des sanctions nationales". Kaja Kallas, la nouvelle Première ministre estonienne, et Edgars Rinkēvičs, ministre letton des Affaires étrangères dénoncent pour leur part "un mépris total de l’état de droit" et appellent l'UE à agir rapidement "pour protéger les droits de l’homme" [Bruxelles2].

"La condamnation d’Alexeï Navalny est inacceptable", a pour sa part souligné le président français Emmanuel Macron dans un tweet, rappelant "[qu'] un désaccord politique n’est jamais un crime". Heiko Maas, le chef de la diplomatie allemande, a également dénoncé sur le réseau social une décision s'apparentant à "un coup cinglant contre les libertés fondamentales et l’état de droit en Russie". Josep Borrell, le Haut représentant de l'UE en matière de politique étrangère, a suivi la ligne modérée des positions exprimées dans les capitales européennes en demandant la "libération immédiate" de l'opposant, poursuit Bruxelles2.

Ennemi public numéro 1

Cette condamnation apparaît comme inacceptable aux yeux des Européens car elle a été prononcée dans un contexte hors normes. L'affaire judiciaire pour laquelle Alexeï Navalny a été condamné "est en fait un vieux dossier" de 2014 qui l'opposait à Yves Rocher, rappellent Les Echos. "L'opposant, qui avec son frère était alors aussi entrepreneur, avait été condamné à de la prison pour détournement au détriment de la filiale russe de la firme cosmétique française", relate le quotidien économique. A l'époque, il avait été condamné par la justice russe "à trois ans et demi de prison avec sursis", rapporte Le Figaro. "Une condamnation avec sursis que la Cour européenne des droits de l'Homme [avait] dénoncée [en 2017], l'estimant 'arbitraire et manifestement déraisonnable'" [Les Echos].

Outre cette dénonciation de la CEDH, l'affaire Navalny a pris une toute autre ampleur à l'été 2020. En effet, la justice l'accuse depuis de "'violation du contrôle judiciaire' pour avoir omis à sept reprises de se rendre à ses convocations au Service fédéral d’application des peines au cours de l’année 2020", explique Courrier international,  "une obligation en cas de sursis", précisent Les Echos.  "J’étais dans le coma, puis j’étais en soins intensifs", a justifié l'opposant au régime qui "a passé cinq mois de convalescence en Allemagne à la suite de la tentative d’assassinat dont il a été victime en août 2020 en Sibérie" [Libération]. Un mandat d’arrêt a néanmoins été émis contre lui fin décembre 2020, et Navalny "a été arrêté dès son arrivée à Moscou le 17 janvier, puis placé en détention provisoire. Depuis, des manifestations de grande ampleur [réclament sa] libération" [Courrier international].

Pour la plupart des observateurs, cette condamnation représenterait ainsi un moyen de le "mettre hors-jeu avant les législatives de septembre mais aussi la campagne présidentielle de 2024", relate Le Figaro. Mais "ce qui semble sûr aujourd’hui, c’est qu’Alexeï Navalny est devenu un prisonnier politique, une figure mythique de la Russie, comme l’était Soljenitsyne avant lui", avec qui il partage "l'opposition à un régime autoritaire" [Bruxelles2]. "Vladimir Poutine, si habile d’ordinaire, a peut-être fait l’erreur de sa vie en donnant à son opposant cette stature", analyse Nicolas Gros-Verheyde pour le blog spécialisé. Un point de vue partagé par Pierre Haski. "Pour écarter celui qui s’est désormais imposé comme son rival numéro un, Vladimir Poutine est prêt à payer le prix d’une détérioration supplémentaire de ses relations avec les Occidentaux", estime le chroniqueur géopolitique sur France Inter.

Dialogue stratégique perturbé

Dans ce contexte, "l’avenir des relations entre les Européens et la Russie va se poser avec acuité", estime Piotr Smolar dans les colonnes du Monde. "Des sanctions nominales de haut niveau ont déjà été prises par l’UE dans l’affaire Navalny, visant de hauts responsables du Kremlin et des services de sécurité. Faut-il aller plus loin ?", s'interroge le journaliste. La porte-parole de la diplomatie russe y répond par la négative. "Il n'y a aucune raison de s'ingérer dans les affaires d'un État souverain. Nous recommandons que chacun s'occupe de ses propres problèmes", a déclaré Maria Zakharova, citée par France 24. Avant le jugement, Dmitri Pesko, le porte-parole du Kremlin, avait déjà mis en garde les Européens en déclarant espérer que "personne ne fera la bêtise de lier la perspective des relations Russie-UE (au sort) d'un résident d'un centre de détention" [France 24].

Si "plusieurs pays européens ont évoqué la possibilité de nouvelles sanctions contre Moscou" [France 24], celles-ci relèvent essentiellement "de l'ordre du symbolique" estime Pierre Haski sur France Inter. Le chroniqueur considère que l'abandon du projet de gazoduc entre la Russie et l'Allemagne Nord Stream 2 serait "la seule sanction de poids vis-à-vis de la Russie", mais que cette option est peu probable. "La chancelière Angela Merkel [avait] évoqué la possibilité de le suspendre l’été dernier, lorsque l’affaire Navalny [avait] éclaté, pour mieux en enterrer l’idée malgré un vif débat au sein de la classe politique allemande". A l'occasion d'un forum en ligne organisé par la Fondation Robert Schuman, Josep Borrell a lui aussi estimé que cette option n'était "pas réaliste" et que cela "ne serait pas une bonne 'carte de visite' pour son voyage à Moscou", prévu dans les prochains jours [France Inter].

Cette décision montre donc "la limite des prises de position dès lors que des intérêts importants sont en jeu", appuie Pierre Haski. "La France défend cette idée [de mettre fin au projet comme l'évoquait Clément Beaune au micro de la radio publique lundi] en sachant qu’elle n’aboutirait pas, sans doute parce qu’il ne lui déplait pas de montrer que ce n’est pas Paris qui fait obstacle" [France Inter]. Il n'est effectivement "pas souhaitable", selon les diplomates français "de se priver des canaux de communication avec la Russie, d’autant qu’elle reste incontournable dans plusieurs dossiers-clés" sur la scène internationale, complète Le Monde. Néanmoins, "la condamnation de Navalny pourrait servir à un reformatage du dialogue stratégique avec Moscou, initié par Emmanuel Macron en août 2019", estime le média.

 

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