Derniers articles publiés

[Revue de presse] A la BCE, Christine Lagarde hérite d'une institution divisée

Revue de presse 31.10.2019

Nommée à la tête de la Banque centrale européenne, l'ancienne directrice générale du Fonds monétaire international prendra ses fonctions vendredi 1er novembre. Un poste exposé pour l'ex-ministre de l'Economie française, alors que l'institution connaît de profondes divisions. Son expérience et sa volonté de consensus feront-elles la différence ?

Christine Lagarde, alors directrice générale du FMI, lors du Forum économique mondial 2013 de Davos, en Suisse - Crédits : Michael Wuertenberg / Flickr CC BY-NC-SA 2.0

Christine Lagarde, alors directrice générale du FMI, lors du Forum économique mondial 2013 de Davos, en Suisse - Crédits : Michael Wuertenberg / Flickr CC BY-NC-SA 2.0

Christine Lagarde prendra ses fonctions vendredi 1er novembre 2019 à la tête de la Banque centrale européenne (BCE), pour ce qui sera "sans doute le poste le plus exposé de sa carrière" [Le Monde]. Celle qui a été "ministre du Commerce (2005-2007) de Chirac, puis des Finances (2007-2011) sous Sarkozy" [Libération], tournera alors "la page américaine" de son parcours [Le Monde] en quittant la tête du Fonds monétaire international (FMI).

En effet, huit ans auparavant, l'ancienne avocate prenait "à la volée la succession au FMI de Dominique Strauss-Kahn", rappelle Libération. "Elle a[vait] pris la tête d’une institution en plein désarroi, traversant une profonde crise de confiance", raconte au Monde Douglas Rediker, à l’époque représentant des Etats-Unis au FMI.

Si son action au FMI est aujourd'hui appréciée, son arrivée à la direction de la BCE ne sera probablement pas un parcours de santé. "A la présidence de la Banque centrale européenne, il n'y a pas d'état de grâce", avertissent Les Echos, tandis que Libération évoque "une institution fortement divisée" par les mesures peu conventionnelles de son président Mario Draghi, qui quitte aujourd'hui l'institution.

La Banque centrale européenne (BCE)

De nombreux défis à venir

A Francfort, siège de l'institution, les défis seront nombreux pour Christine Lagarde. "L'une des premières tâches qui attend la nouvelle présidente de la BCE sera de rétablir la sérénité et l'unité au sein du Conseil des gouverneurs", précisent Les Echos. "Cette institution, qui rassemble les membres du directoire et les gouverneurs des 19 banques centrales nationales de la zone euro, a traversé une crise sans précédent", explique le quotidien économique. En effet, "plusieurs gouverneurs ont fait part publiquement de leur désaccord avec la reprise du programme d'achats d'actifs décidée en septembre".

Plus prosaïquement, "Christine Lagarde débarque à Francfort en pleine guerre de tranchées entre les 'colombes', avant tout soucieuses de croissance, un camp jusque-là dirigé par son prédécesseur, Mario Draghi, et les 'faucons', emmenés par les Allemands, qui veulent en finir avec la politique de l’argent gratuit pour sauver les épargnants et la marge bénéficiaire des banques", analyse Jean Quatremer pour Libération.

De plus, la situation de la BCE "donne le sentiment que la politique monétaire est arrivée au bout de ce qu’elle pouvait faire pour stimuler l’économie", note Le Monde. En effet, "la BCE a déjà tiré l’essentiel de ses cartouches lors de la précédente crise", prévient l’économiste Domenico Lombardi, un ancien du FMI [Le Monde]. En cas de récession, Christine Lagarde n'aura donc d'autre choix que d'innover.

Une personnalité de consensus

Mais la désormais ex-patronne du FMI ne manque pas de compétences. "Cette adepte du compromis" [Les Echos] a effectivement des "qualités politiques et diplomatiques", ainsi qu'une "capacité à incarner une institution à l’extérieur", selon l'ancien patron de l’Organisation mondiale du commerce Pascal Lamy [Le Monde]. "Si DSK s’appuyait sur trois ou quatre des 24 directeurs de département du FMI en fonction des dossiers, Christine Lagarde, elle, les réunit tous régulièrement. En prenant soin d’écouter chaque opinion – en particulier celles différentes de la sienne", souligne Le Monde ;  une "façon de désarmer les oppositions et de bâtir du consensus".

La principale intéressée a justement déclaré à l'hebdomadaire allemand Der Spiegel : "Je cherche toujours quelle est la base commune pour rapprocher les divers points de vue" [La Croix]. Une position en faveur du consensus qui pourrait se révéler utile face aux intérêts divergents des finances publiques européennes. Si "l'arrivée au directoire [de la BCE] de l'Allemande Isabel Schnabel, plus modérée que d'autres candidats, a montré une certaine volonté d'apaisement de la part de Berlin" [Les Echos], Christine Lagarde n'en sera pas moins confrontée au président de la banque centrale allemande, Jens Weidmann. Celui-ci "a déjà fixé le terrain de sa future mésentente avec Christine Lagarde […] : le climat", préviennent Les Echos.

Au cours d'une conférence de la Bundesbank, il a indiqué qu'il verrait "'d'un oeil extrêmement critique' toute tentative de rediriger les actions de la Banque centrale européenne vers les questions de changement climatique, comme promouvoir l'achat d'obligations vertes dans le cadre d'une politique monétaire accommodante (quantitative easing)", explique le quotidien. Pour Jens Weidmann, les banques centrales ne doivent pas réaliser de telles actions "car elles ne sont pas démocratiquement légitimes" [Les Echos]. Une position très opposée à celle de la nouvelle présidente de la BCE, qui a affirmé aux eurodéputés que la lutte contre le changement climatique sera l'une de ses priorités au sein de l'institution, comme le rappelle le journal.

Autre pomme de discorde avec l'Allemagne : la relance budgétaire. La successeure de Mario Draghi a notamment estimé, mercredi 30 novembre sur RTL, "que les pays de la zone euro en excédent budgétaire n'avaient 'pas vraiment fait les efforts nécessaires' pour soutenir la croissance" en investissant [Les Echos]. L'Allemagne et les Pays-Bas sont explicitement visés.

L'héritage Draghi

Alors que les oppositions se manifestent avant même sa prise de fonction, Christine Lagarde assume l'héritage de son prédécesseur, l'italien Mario Draghi. Ainsi "pour elle, l’activité économique est prioritaire, même si elle a reconnu qu’il fallait étudier 'l’impact à long terme des politiques non conventionnelles', notamment sur la rentabilité des banques, l’épargne et le marché immobilier", analyse Libération. "Tout comme Draghi, elle estime qu’un budget de la zone euro est nécessaire ", ajoute le quotidien, "ou que les Etats qui ont de 'l’espace budgétaire' […] devraient l’utiliser pour investir".

Lundi 28 novembre, lors de la cérémonie de passage de témoin à la BCE, Mario Draghi s'est empressé d'adouber la future dirigeante de l'institution. A propos de Christine Lagarde, celui-ci "s’est dit 'persuadé' qu’elle sera 'une excellente dirigeante de la BCE', avant de lui remettre la traditionnelle 'clochette' de la présidence" de l'institution, rapporte La Croix.

 

LES AUTRES SUJETS DU JOUR

Allemagne

Energie

Espagne

Industrie

Institutions

Relations extérieures

Abonnez-vous gratuitement aux newsletters de Touteleurope.eu !