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[Revue de presse] À Berlin, Emmanuel Macron invite l'Allemagne à plus de soutien

Revue de presse 19.11.2018

Le président français Emmanuel Macron s'est rendu à Berlin le 18 novembre. Ce déplacement commémoratif avait pour objectif de clôturer les célébrations du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale. Mais à l'image des différentes cérémonies qui ont marqué les semaines passées, c'est un tour éminemment politique qu'a pris son allocution devant le parlement allemand.

Le palais du Reichstag, qui héberge le Bundestag, parlement fédéral allemand

Le palais du Reichstag, qui héberge le Bundestag, parlement fédéral allemand - Crédits : pidjoe / iStock

Chaque année, deux dimanches avant le jour de l'Avent, l'Allemagne rend hommage aux victimes des conflit armés à l'occasion de son "jour de deuil populaire", appelé Volkstrauertag. "Pour clore sa séquence mémorielle pour le centenaire de la Première Guerre mondiale, Emmanuel Macron s'est rendu symboliquement à Berlin" ce dimanche, relate Le Figaro. "Après avoir déposé une gerbe au Neue Wache, le principal monument aux morts dans la capitale allemande", il s'est rendu au Bundestag et "a exhorté le couple franco-allemand à assumer 'une nouvelle responsabilité en Europe'". "Depuis Jacques Chirac en juin 2000, aucun président ne s'était exprimé, à Berlin, devant le parlement allemand", ajoute Libération.

Dans la lignée de ses précédentes déclarations, lors des cérémonies du centenaire de l'armistice, M. Macron a ainsi voulu faire passer un message pro-européen, et plaider pour un fort leadership de Paris et Berlin. "L’Europe, et en son sein le couple franco-allemand, se trouve investie de l'obligation de ne pas laisser le monde glisser dans le chaos et de l’accompagner sur le chemin de la paix", a-t-il déclaré selon La Croix. Pour cela "l’Europe doit être plus forte, plus souveraine".

Armée européenne

Cet appel à une Europe plus forte et plus autonome vient appuyer sa proposition d'une armée européenne. Une première fois évoquée par Emmanuel Macron lors d'une interview à l'antenne d'Europe 1 le 6 novembre, elle a été reprise par Angela Merkel, la chancelière allemande, lors d'une allocution au Parlement européen le 13 novembre.

Ainsi, l'"Allemagne a montré, ces dernières semaines, qu'elle était disposée à sortir de 'l'immobilisme' dénoncé par Paris. Les progrès sont notamment sensibles en matière de défense", observe Libération. Selon le président, "l'Europe ne pourra pas jouer son rôle si elle devient le jouet de puissances et se contente d’un second rôle sur la scène mondiale". "Trop de puissances veulent nous effacer du jeu", a-t-il lancé. "Notre vraie force est notre unité et notre souveraineté".

Emmanuel Macron ferait donc la sourde oreille aux "salves de tweets furieux de Donald Trump" à son intention, "lui rappelant qu'au lieu de monter sa propre armée, l'Europe ferait mieux de payer sa part au budget de l'Otan que les États-Unis subventionnent largement", constate Le Point. Cela dit, la fermeté affichée par les gouvernants français et allemand face aux excès du président américain pourrait n'être qu'une façade : "derrière ces manifestations de solidarité, personne n'oublie ici que les deux dirigeants sont fragilisés dans leurs pays respectifs", ajoute l'hebdomadaire.

De nombreux désaccords persistent

Par ailleurs, sur un plan plus politique, "les réformes d’Emmanuel Macron pour l'Europe n’ont jusqu’à présent obtenu qu'un soutien timide en Allemagne", pointe RFI. Concrètement, "les divergences subsistent sur une taxe numérique, par exemple, ou sur les détails d’une défense européenne commune". Paris et Berlin doivent présenter le 19 novembre "à Bruxelles leurs propositions en faveur d’un budget de la zone euro, un projet cher au président français".

"La France a ainsi obtenu que l'Allemagne s'engage sur la création d'un budget spécifique pour la zone euro", rapportent Les Echos. "Mais contrairement aux ambitions françaises de créer un nouvel outil avec des ressources propres, ce budget sera une simple sous-partie du budget européen, dont le montant global ne saurait être impacté". De plus, "l’Allemagne n’en a accepté le principe que du bout des lèvres et en verrouillant strictement son utilisation", ajoute La Croix.

Relancer le couple franco-allemand pour relancer l'Europe

Le déplacement de M. Macron met donc un peu plus en lumière l'ambivalence qui anime actuellement la relation franco-allemande au plus haut niveau de l'État.

"Très applaudi par les députés allemands, qui lui ont offert une standing ovation, le président français s’est ensuite rendu à la chancellerie pour un rendez-vous de travail avec Angela Merkel", indique Le Monde. Pourtant, "à six mois des élections européennes, M. Macron attend du gouvernement allemand un soutien plus actif à ses propositions de relance de l’Europe". Ces propositions ont été "énoncées dans son discours de la Sorbonne, le 26 septembre 2017", ajoute le quotidien, mais "Mme Merkel y a répondu tardivement et prudemment".

Finalement, ce déplacement commémoratif aura été une parfaite "occasion pour le président français de mettre un coup d'accélérateur sur ses projets européens, alors que l'échéance du départ d'Angela Merkel rend l'avenir du couple franco-allemand plus flou", explique le Huffington Post. "Officiellement, son ultime mandat de chancelière s'achèvera en 2021". Mais "selon certains spécialistes, son départ pourrait intervenir avant cette échéance".