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République tchèque : large victoire pour le parti d'Andrej Babiš, le "Trump tchèque"

Revue de presse 23.10.2017

Le parti du milliardaire Andrej Babiš a largement remporté les élections législatives tchèques du vendredi 20 et du samedi 21 octobre. Ce scrutin est marqué par le recul des partis traditionnels et la percée de nouveaux mouvements politiques. Pour le milliardaire, décrit par la presse comme populiste, la formation d'une coalition devrait s'avérer compliquée.

Andrej Babiš - crédits : Oberbank AG

 

Action des citoyens mécontents

Le parti populiste Action des citoyens mécontents (ANO), "qui signifie 'Oui' en tchèque", a remporté les élections législatives tchèques des 20 et 21 octobre avec 29,7% des suffrages, "soit 78 sièges à la chambre basse (…) sur 200" [La Croix]. Le parti lancé par Andrej Babiš en 2011 a axé sa campagne "contre l'approfondissement de l'intégration européenne et contre l'adoption de l'euro, couplée à ses promesses d’une politique plus 'propre' dans le pays" [France 24].

Les partis traditionnels ont subi un important revers, relèvent Les Echos  : "les libéraux du Parti démocratique civique (ODS) [sont] crédités de 11,3% des voix (25 sièges)", tandis que "le Parti social-démocrate (CSSD) (…) plonge à la 6e position (7,3% des voix) alors qu'il aurait dû être crédité de la très bonne santé économique du pays". Le Figaro relate que le Parti communiste a "également perdu des points, plafonnant à 8%".

La Libre (Belgique) détaille que "juste derrière l’ODS" on retrouve le parti Pirate, ainsi que Liberté et démocratie directe (SPD, extrême droite), qui "réalisent une percée spectaculaire", en obtenant respectivement 10,8% et 10,7% des votes. Le quotidien belge, souligne aussi que "deux partis démocratiques - le rassemblement de maires indépendants STAN et les conservateurs pro-européens de TOP 09 - ont franchi le seuil d’éligibilité de 5%".

Le "Trump tchèque"

Le président tchèque Milos Zeman, suite à la victoire d'ANO, "a annoncé dimanche son intention de nommer Andrej Babiš au poste de premier ministre" [Tribune de Genève]. Ce "magnat de l’agroalimentaire et des médias, deuxième fortune du pays", est souvent comparé à Donald Trump ou à l'ancien Premier ministre italien Silvio Berlusconi [France 24]. Ainsi, pour Les Echos, la victoire du milliardaire tchèque est "du jamais vu en Europe, sauf durant l'ère Berlusconi en Italie".

Agé de 63 ans, ce natif de Bratislava, dont le parti est depuis 2013 "la deuxième force politique du pays", a été nommé "ministre des Finances à partir de janvier 2014", au sein du gouvernement dirigé par le social-démocrate Bohuslav Sobotka. M. Babiš sera limogé de ce poste trois ans plus tard, Le Premier ministre "voyant d'un mauvais œil ses possibles fraudes fiscales et conflits d'intérêt" [France 24]. Le Figaro rappelle en outre que sur Andrej Babiš "pèse une mise en examen pour détournement de subventions européennes et une enquête sur sa supposée collaboration avec la police politique à l'époque communiste".

La percée de nouveaux partis

L'émergence des nouveaux partis en plus de ANO, comme le parti Pirate qui est "une formation pro-européenne, qui prône la démocratie directe et l'utilisation d'internet pour favoriser la transparence politique", ou encore le parti d'extrême droite SPD, est l'autre fait marquant de cette élection [Le Figaro].

Selon le président de la New York University à Prague Jiri Pehe, cité par La Libre, "cette élection témoigne d’un fossé générationnel entre les jeunes, à l’aise avec la mondialisation et les nouvelles technologies, qui ont voté massivement pour les Pirates, et les plus âgés, qui en cas de crise se raccrochent à un chef autoritaire comme Babiš, comme sous le régime communiste". Selon M. Pehe, pessimiste, la République tchèque "se retrouve dans une impasse politique".

En effet, Andrej Babiš doit désormais former une coalition mais "cette tâche pourrait s'avérer difficile" [France 24]. Ce dernier, informe La Croix, a "proposé des négociations à tous les partis entrés au Parlement pour former une coalition et le gouvernement". Cependant l'ODS et les sociaux-démocrates "ont déjà décliné l'offre de participer à un gouvernement 's'il s'y trouve des gens poursuivis par la justice'" [Les Echos]

Toutefois, selon Les Echos, les positions de ces partis sont susceptibles de "s'amollir à mesure que les négociations vont avancer". Le Figaro se demande pour sa part si le "Trump tchèque" va s'orienter vers "une alliance avec les conservateurs traditionnels de l'ODS", ou bien "chercher alliance avec d'autres partis, dont le SPD". Enfin, preuve ultime que les jeux sont ouverts, "le milliardaire pourrait aussi décider de gouverner avec un gouvernement minoritaire".

 

 

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