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Référendum en Italie : Matteo Renzi et l'Europe retiennent leur souffle

Revue de presse 29.11.2016

Dans cinq jours se tiendra le référendum sur la réforme constitutionnelle en Italie. Un scrutin à haut risque pour Matteo Renzi, le Premier ministre italien ayant mis sa démission dans la balance en cas de défaite. Et pour l'Union européenne, qui pourrait voir l'un de ses principaux Etats membres plonger dans l'incertitude politique et économique. Or face à une coalition hétéroclite regroupant le Mouvement 5 étoiles, l'extrême droite et même une partie de la gauche (son camp), le chef du gouvernement italien est pour l'heure annoncé perdant.

Matteo Renzi, à Venise, en octobre 2015

Une réforme constitutionnelle pour améliorer l'efficacité politique

Quelles sont les réformes soumises par Matteo Renzi à l'approbation populaire ? La fin du bicamérisme parfait, donnant "les mêmes pouvoirs" aux deux chambres du Parlement italien, "la réduction drastique des pouvoirs et de la taille du Sénat", dont les membres seraient remplacés par des représentants des régions, ainsi que le "rééquilibrage" des pouvoirs à l'avantage de l'Etat central et au détriment des régions [Euronews]. En outre, poursuit le média dans la version anglophone, ces réformes doivent être mises en relation avec celle de la loi électorale, "introduite en juillet 2016", et visant à réduire "l'instabilité" gouvernementale italienne en instaurant un système majoritaire.

"Le pays a connu 60 gouvernements depuis 1946", rappelle à cet égard Europe 1. Et Matteo Renzi souhaite, avec son vaste projet de réforme, que "seule la chambre des députés [vote] la confiance au gouvernement et la majorité des lois". Toutefois, précise la chaîne de radio, le Premier ministre italien est tout sauf sûr de remporter le scrutin. Interdits depuis dix jours, comme le "veut la loi électorale italienne", les derniers sondages donnaient en effet le "non" légèrement en tête.

Le chef du gouvernement, explique le Frankfurter Allgemeine Zeitung, "se bat contre une alliance qui va de gauche à droite. Par vengeance ou par suspicion, beaucoup veulent voter 'non'". Pour beaucoup des opposants à la réforme, "la constitution de 1948 (dernière constitution, donc) doit être préservée", estimant que l'impact démocratique sera négatif [France Info]. Y compris chez les 18-25 ans, précise RFI, le "non" au référendum est souvent "un choix bien réfléchi, qui correspond à leurs craintes face aux effets négatifs que pourrait produire la réforme".

Il n'empêche, tempère la version francophone d'Euronews, le scrutin du 4 décembre s'apparente de plus en plus à un référendum sur l'avenir de Matteo Renzi. Interrogé par le média européen, Massimo Franco, éditorialiste pour le quotidien italien Corriere Della Sera, estime que le Premier ministre "a eu tendance à exagérer la signification du référendum en liant son sort à l’issue du scrutin", et "qu’il se rend compte à présent que c'était une erreur et que c’est assez dangereux pour l’Italie".

Duel entre Matteo Renzi et Beppe Grillo

Et l'opposition, incarnée aujourd'hui principalement par l'inclassable Mouvement 5 étoiles (M5S), dirigé par l'humoriste Beppe Grillo, entend bien saisir cette chance pour faire tomber le gouvernement. Au point que la campagne tourne au pugilat, estime Le Monde. "C’est comme s’ils n’étaient plus que deux à débattre, s’envoyant à la figure, nuit et jour, un nombre égal d’arguments et d’invectives", relate le correspondant du journal à Rome. Taxé de "truie blessée" par M. Grillo, le Premier ministre s'emploie inlassablement à mettre en évidence les débuts plus que poussifs des dirigeants du M5S, notamment à la mairie de Rome, conquise en juin, ou encore le scandale de "falsification de signatures de parrainages", dont le Mouvement aurait été coupable lors des élections municipales à Palerme en 2012. Pour l'heure sans effet notable sur l'opinion, conclut toutefois Le Monde, le M5S ne semblant "pas obéir aux mêmes lois que les autres".

Soucieux de muscler son discours, Matteo Renzi tâche par conséquent de séduire l'électorat de droite. Social-démocrate, ce dernier "est en fait un démocrate-chrétien de formation et sait ce qui compte pour les électeurs", explique le Spiegel, précisant qu'il "est l'un des rares qui peut résister à la rhétorique séductrice de la droite, qui connaît actuellement le succès en Europe".

Quitte à user de la rhétorique eurosceptique, juge Le Temps. Accusant régulièrement Bruxelles "d'égoïsme" et d'agir par "diktat", le chef du gouvernement a ôté les drapeaux européens lors de ses allocutions publiques. Citant le média italien L'Inkiesta, le quotidien suisse estime que Matteo Renzi "souffle sur le feu de l’anti-européisme pour assécher les puits de la Ligue du Nord [extrême-droite] et du M5S". Une manœuvre politique dont se défend toutefois le gouvernement italien, qui ne chercherait ici qu'à "secouer" et à "tenir éveillée" l'Europe, "réclamant plus de fonds pour l’immigration, la sécurité, les jeunes et la recherche".

Risques d'instabilité politique et économique en cas de victoire du "non"

Pour l'Italie, le rejet du référendum par l'électorat pourrait avoir des conséquences non négligeables pour la stabilité du pays. C'est ce qu'explique The Independent, média britannique, sur son site. "La défaite de Renzi (…) pourrait conduire à l'organisation d'élections anticipées et à la poussée du soutien en faveur du populiste Mouvement 5 étoiles", écrit le journal.

S'appuyant sur un schéma élaboré par Oxford Economics, La Repubblica évalue la probabilité d'une démission du Premier ministre à 80% en cas de victoire du "non" le 4 décembre. Dans cette configuration, la recherche d'un nouveau gouvernement, sans passer par des élections législatives anticipées, serait dès lors l'option la plus probable, poursuit le quotidien italien. Nouveau gouvernement dont le Premier ministre pourrait être Enrico Letta, prédécesseur de Matteo Renzi, qui l'avait écarté du pouvoir en février 2014.

Si les chances de voir le M5S occuper seul le pouvoir paraissent très faibles, l'instabilité politique qui suivrait un rejet du référendum serait de nature à fragiliser encore davantage les banques italiennes, estiment Les Echos. Ecartant la perspective alarmiste d'une faillite bancaire ou d'une sortie de la zone euro, Stefano Caselli, économiste de l'Université Bocconi interrogé par le quotidien, confirme qu'il "y aura évidemment de la volatilité sur les marchés avec une hausse des coûts d'emprunt pour l'Italie".

"La tension est palpable", affirme pour sa part La Tribune, plus tranchée. Rappelant que "la question bancaire reste ouverte" - le sauvetage de la banque Monte Paschi di Siena demeure en suspens - et qu'une guerre s'est ouverte entre Rome et Bruxelles au sujet de "l'orthodoxie budgétaire", la pression des marchés sur l'économie italienne pourrait être très forte. Le "poids des intérêts de la dette publique" représente "près de 4%" du PIB, tandis que la dette elle-même s'élève à "130% du PIB". Par conséquent, "un soutien européen ciblé à l'investissement plus efficace que le fantomatique plan Juncker", sera, quoiqu'il arrive dimanche, nécessaire à l'Italie, conclut La Tribune.

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