Derniers articles publiés

Recrutement de José Manuel Barroso par Goldman Sachs : Jean-Claude Juncker demande des "clarifications"

Revue de presse 13.09.2016

Passé presque inaperçu au cœur de l'été, le recrutement de l'ancien président de la Commission européenne par Goldman Sachs, une banque directement impliquée dans la crise des subprimes, "rebondit" à Bruxelles. Pressé par la médiatrice européenne, Emily O'Reilly, Jean-Claude Juncker a finalement demandé des "clarifications" sur cette embauche. Une réaction tardive, probablement insuffisante mais néanmoins salutaire, juge la presse française, en vue de répondre à un scandale qui choque à la fois les citoyens et les fonctionnaires européens.

Barroso Juncker

Pression décisive de la médiatrice européenne

L'annonce, en juillet dernier, du recrutement de l'ancien président de la Commission européenne (2004-2014), le Portugais José Manuel Barroso, par la banque américaine Goldman Sachs, avait provoqué un tollé. François Hollande l'avait par exemple jugé celui-ci "moralement inacceptable", critiquant violemment ce "pantouflage" dans une institution intimement impliquée dans la crise des subprimes de 2007.

Toutefois, comme le rappelle La Voix du Nord (avec l'AFP), "la Commission n'y voyait pas malice ces deux derniers mois, se retranchant derrière le code de bonne conduite signé par les commissaires". En effet, "celui-ci prévoit à l'issue de leur mandat une période de ‘refroidissement' de 18 mois pendant laquelle ils doivent demander une autorisation à leur ancien employeur pour rejoindre un groupe privé". Ayant été remplacé en novembre 2014 par Jean-Claude Juncker à la tête de l'exécutif européen, M. Barroso avait bien attendu (tout juste) ce délai.

C'était sans compter sur l'intervention et la ténacité de Mary O'Reilly, médiatrice européenne chargée de la défense des droits des citoyens. La semaine dernière, Mme O'Reilly rendait en effet publique une lettre adressée à Jean-Claude Juncker, dans laquelle elle lui faisait part de ses "préoccupations (…), tout particulièrement en ce qui concerne la confiance que portent les citoyens en leurs institutions", et lui demandait de durcir les règles d'éthique à Bruxelles d'ici au 14 octobre prochain [Le Monde].

Dès lors, pour l'actuel président de la Commission, qui doit prononcer un discours crucial sur l'état de l'Union européenne demain au Parlement européen, il s'est agi "de faire taire les critiques", explique le quotidien. Vendredi dernier, M. Juncker a par conséquent répondu à Emily O'Reilly, précisant avoir demandé à son prédécesseur "‘des clarifications' supplémentaires au sujet de ses nouvelles responsabilités et réclamé son contrat de travail chez Goldman Sachs". Une fois ces précisions recueillies, le comité d'éthique – non contraignant – de la Commission doit être consulté.

Le "coup de poignard" de Barroso, la réponse "tiède" de Juncker

Dans un éditorial pour Libération, Jean Quatremer, correspondant du journal à Bruxelles, rend hommage à l'action de la médiatrice européenne. Cette dernière, en demandant une approche "au cas par cas" dans l'application de l'article 245 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) encadrant la reconversion des commissaires européens, a donné voix à l'indignation des citoyens et des fonctionnaires européens vis-à-vis de cette "question d'intérêt public". Ces derniers particulièrement ne "décolèrent pas contre ce coup de poignard dans le dos", rapporte ainsi Libération, précisant également qu'une pétition ayant déjà recueilli près de 140 000 signatures circule afin de réclamer "des sanctions financières" contre José Manuel Barroso.

D'autant que, comme l'analyse L'Obs, le choix de Goldman Sachs par l'ancien président de la Commission européenne ne pouvait probablement pas être pire. La banque américaine a en effet "failli avoir raison de la zone euro", rappelle l'hebdomadaire sur son site. Tandis qu'elle est jugée, "par beaucoup d'Européens, responsable de la crise financière de 2008" et accusée d'avoir "aidé les Grecs à trafiquer leurs comptes budgétaires pour se qualifier pour la monnaie unique".

Dans ce contexte, Libération et Jean Quatremer mènent la charge contre Jean-Claude Juncker, qualifiant sa présente réaction "d'eau tiède". Pour le journal, que M. Barroso ne soit plus reçu que "comme simple lobbyiste" par la Commission est "encore heureux", et que la Commission veuille étudier les termes de son contrat de travail est "bien le moins". "Pourquoi cette prudence alors que la condamnation ferme de la morale douteuse de Barroso ne comporte, a priori, que des bénéfices politiques ?", s'interroge enfin le journaliste, incrédule.

Un questionnement auquel se joint d'ailleurs La Croix, mettant en avant les zones d'ombre du comité d'éthique de la Commission européenne. Composé de trois personnes – un ancien juge à la Cour de justice de l'UE, une ancienne eurodéputée et un ancien haut responsable de la Commission – l'action de ce comité "est considérée comme insuffisante par les ONG qui surveillent les lobbys", relate le quotidien sur son site. Lors des mandats de José Manuel Barroso, tous les départs de commissaires vers le secteur privé ont ainsi été "validées par le comité d'éthique". Et La Croix de citer également le cas de Michel Petite, ancien directeur général des services juridiques de la Commission, passé sans encombre au sein du cabinet d'avocats Clifford Chance, très "actif à Bruxelles" et "lié à l'industrie du tabac".