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Quand les créanciers bafouent les efforts grecs

Revue de presse 25.06.2015

Malgré de nombreux effets d’annonce, la Grèce et ses créanciers n’ont toujours pas trouvé d’accord. Bien au contraire, de nombreux points de désaccords persistent et provoquent de fortes tensions entre les deux parties. Certains médias dénoncent ouvertement l’intransigeance du FMI.

Alexis Tsipras et Christine Lagarde

Changement d’humeur dans la presse française. Hier encore, tous les médias se réjouissaient à l’idée d’un accord certain entre la Grèce et ses créanciers. Ils ont manifestement trop tôt crié victoire, car il n’y a "toujours pas d’accord entre Athènes et ses créanciers" [Euronews], les deux parties "peinent [encore] à lever les points de blocage" [Les Echos] et "les discussions n’avancent pas" [La Tribune].

Hier, l’Eurogroupe s’est à nouveau réuni à Bruxelles et devrait reprendre les négociations aujourd’hui. Toute la presse parle d’un "marathon de négociations" [Le Monde, Euronews] "sous haute tension" [Le Figaro, La Croix, Les Echos].

En effet, les créanciers ont à nouveau refusé la liste de réformes proposées lundi par la Grèce, rapporte La Tribune. Ces propositions ont pourtant unanimement été reconnues comme de véritables concessions de la part d'Athènes. Le gouvernement hellène estime que c’est principalement le Fonds monétaire international (FMI) qui bloque la situation en maintenant des exigences que la Grèce refuse d’appliquer. Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a d’ailleurs publiquement déploré "l’insistance de certaines institutions qui n’acceptent pas les mesures compensatoires" [Le Monde]. Une déclaration clairement adressée au FMI.

Mais pour ce dernier, le plan de réformes grec contient trop de hausses d’impôts et pas assez de réformes structurelles, explique La Croix.

En outre, les exigences des créanciers à l’égard du pays se seraient durcies. Selon Le Point, ils réclament désormais "la hausse de la TVA sur la restauration afin qu'elle passe de 13 % actuellement à 23 % et sur l'arrêt de l'avantage fiscal dont bénéficient les îles, […] des baisses plus importantes dans les dépenses d'armement, soit 400 millions d'euros au lieu de 200 millions proposés par les Grecs, […] la suppression totale des pré-retraites et le passage de l'âge de la retraite de 62 ans en moyenne actuellement à 67 ans en 2022, et non en 2025 comme souhaité par Athènes, [et enfin] la réduction du taux d'imposition des sociétés de 29 % suggéré par le gouvernement […] à 28 %". Des "attentes réalistes", selon le ministre des Finances allemand.

L’Humanité souligne l’incohérence des exigences de la Troïka qui exige "qu’Alexis Tsipras fasse les poches des pauvres" tout en "[réclamant] une baisse de l’impôt sur les sociétés".

En guise de riposte, Le Monde annonce que la Grèce a "rejeté [hier] une contre-proposition soumise par ses créanciers, comprenant surtout des souhaits du FMI".

Si le FMI apparaît comme "le grand méchant loup prêt à dévorer tout cru 10 millions de Grecs", le journal tient à nuancer et explique que la présidente du FMI Christine Lagarde soutient M. Tsipras sur une question cruciale : l’allègement de la dette grecque, dont les créanciers européens, eux, "ne veulent pas entendre parler".

L’Obs explique que cette dette, qui s’élève à 322 milliards d’euros, soit 176 % du PIB grec, "condamne le pays à une éternelle austérité pour la rembourser".

Pour la chancelière allemande Angela Merkel, l’allègement de la dette grecque "n’est pas la question la plus urgente". Par ailleurs, des pays comme l’Espagne ou le Portugal, soumis à une drastique cure d’austérité estimeraient injuste d’octroyer à la Grèce ce qui leur a été refusé. Et pourtant, de nombreux experts estiment que le poids de cette dette est "intenable".

En outre, une commission parlementaire d’audit – composée en partie de scientifiques et de juristes grecs mais aussi d’une dizaine de spécialistes de l’audit internationaux, reconnus et expérimentés – a rendu le 17 mars dernier son rapport sur la dette grecque, la qualifiant d’"illégale", "illégitime" et "odieuse".

Le ministre des Finances français Michel Sapin admet lui-même que "la question de la viabilité de la dette doit être abordée dans les discussions" [La Croix].

La Tribune ne manque pas de commenter l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations depuis maintenant cinq mois et dénonce un "manque de volonté politique". En effet, le journal estime que les discussions au sein de l’Eurogroupe sont purement "techniques" et ne prennent pas en compte les efforts prodigués par le gouvernement grec. Il souligne en outre toutes les "humiliations" infligées par les créanciers à la Grèce : "faire venir Alexis Tsipras mercredi matin pour lui signifier le refus de son plan, lui remettre une feuille biffée comme une copie d'écolier", la rencontre entre le président de la Commission européenne et le chef d’un petit parti d’opposition grec…

Tout cela "exaspère" les Grecs qui commencent à se demander si l’unique but des créanciers ne serait pas de "renverser le gouvernement" Syriza…

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