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Puigdemont candidat à la présidence catalane : la difficile équation

Revue de presse 23.01.2018

En dépit des difficultés politiques et juridiques de Carles Puigdemont, le président du Parlement catalan Roger Torrent l'a désigné ce lundi 22 janvier candidat à la présidence de la Catalogne. Visé par une enquête en Espagne et exilé à Bruxelles, l'ancien président catalan affirme en effet pouvoir être investi et gouverner à distance.

Carles Puigdemont

Carles Puigdemont, candidat à la présidence de la Catalogne. Crédits : Sandra Lazaro

"L'indépendantiste Roger Torrent", président du Parlement catalan, "a proposé lundi la candidature de Carles Puigdemont, l'ancien président de la Catalogne destitué par Madrid, pour diriger la région aux velléités autonomistes" [RTBF]. Une session d'investiture, dont la date n'a pas encore été fixée, devrait se tenir "au plus tard le 31 janvier" [France 3], et sera "suivie d'un vote" des élus du Parlement régional [L'Express].

Si M. Puigdemont est pour l'instant "soutenu par les deux formations du camp séparatiste", la situation reste délicate. Le candidat est en effet visé par "une enquête pour 'rébellion', 'sédition' et 'malversations de fonds'" [RTBF]. Exilé en Belgique depuis le 30 octobre et parti pour le Danemark ce lundi 22 janvier afin de "participer à un colloque sur la Catalogne" [Le Monde], il "serait immédiatement placé en détention" en cas de retour sur le sol espagnol [France 3].

"Jeu du chat et de la souris" avec le parquet espagnol

Depuis son départ d'Espagne, M. Puigdemont se livre au "jeu du chat et de la souris" avec l'Espagne [Le Figaro]. France 24 décrit une "stratégie de communication" qui consisterait à "surfer sur les limites de la justice espagnole". Le politologue Mathieu Petithomme, spécialiste de l'Espagne, estime qu'"en occupant l’espace médiatique, [M. Puigdemont] internationalise le conflit". Une arrestation serait ainsi "un élément de plus pour étoffer l’argumentaire sur la victimisation des indépendantistes catalans, avec l’Espagne dans le rôle de l’oppresseur". En se rendant au Danemark, il "occupe le terrain médiatique" et "cherche aussi à mettre en scène l’officialisation de sa candidature à la présidence de la Catalogne".

Après avoir "renoncé à demander l'arrestation de M. Puigdemont en Belgique, notamment pour éviter des divergences d'interprétation entre juges belges et espagnols sur la gravité des délits", "le parquet espagnol a requis [lundi 22 janvier] son arrestation au Danemark" [France 3]. Le juge chargé de l'enquête a néanmoins "refusé de lancer un mandat" [France 3]. Il estime en effet qu'en cas d'arrestation et "une fois derrière les barreaux", "M. Puigdemont pourrait faire valoir l'impossibilité légale qui l'empêche de se rendre au Parlement" et ainsi "réclamer avec succès de voter par procuration, voire de se soumettre à distance à l'investiture" [Le Figaro].

Gouverner à distance

Devant l'impossibilité de retourner en Espagne sans être arrêté, "M. Puigdemont affirme qu’il peut gouverner la région depuis sa tanière belge". Il ferait ainsi "fonctionner via Skype la Catalogne (7,5 millions d’habitants)", ironise Libération.

Or, avant même de gouverner, Carles Puigdemont devrait pour cela "être investi à distance, ce que les services juridiques du Parlement ont déjà jugé contraire à la Constitution" [RTBF]. Dans son interview accordée à France24, Mathieu Petithomme souligne que "le règlement intérieur du Parlement catalan stipule que le président doit être présent lors de son investiture". Il ajoute néanmoins que "les statuts peuvent être modifiés par la "mesa del Parlement" [le bureau du parlement, NDLR], composé majoritairement d’indépendantistes". Le quotidien Libération ajoute que ce ne serait pas la première fois que les séparatistes outrepasseraient les lois du Parlement : M. Puigdemont pourrait ainsi "intervenir par téléconférence depuis la Belgique, ou faire lire son discours par un autre élu".

Néanmoins, même dans le cas d'un vote à distance, "le gouvernement central et l'opposition feront tout pour bloquer sa prise de fonctions en saisissant la justice" [RTBF]. Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a ainsi déclaré que "prétendre être le président du gouvernement catalan en étant à Bruxelles est illégal". Il a également prévenu que "si Carles Puigdemont était investi, l'article 155 (de la Constitution espagnole), ayant permis de placer la Catalogne sous tutelle, continuera à s'appliquer" [France 3]. Il ne rendrait donc pas "à la région l’autonomie qui lui a été retirée après la tentative de sécession du 27 octobre" [La Croix]. "La solution entraînerait [donc]un recours immédiat de la justice", qui mettrait "Roger Torrent dans 'un pétrin judiciaire'", et entraînerait de nouvelles élections [Courrier International].

En attendant de fixer une date d'investiture, "M. Torrent a sollicité (…) une réunion avec M. Rajoy pour, a-t-il affirmé, rechercher une solution à 'la situation anormale que vit le parlement'". En cas de blocage d'un vote à distance par Madrid, "rien n'empêcherait ensuite M. Torrent de présenter une solution alternative" [France 3].