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Projet avorté de géant boursier européen : le Brexit en cause ?

Revue de presse 28.02.2017

Le mariage entre le London Stock Exchange (LSE) et la Deutsche Börse aurait abouti à la naissance d'un géant paneuropéen du monde de la finance. Ceci ne devrait vraisemblablement pas avoir lieu. La place boursière de Londres a fait savoir, dimanche 26 février, que la fusion avec celle de Francfort était "hautement improbable". Elle explique ce renoncement par son refus de vendre sa filiale italienne MTS, condition indispensable pour la Commission européenne. Beaucoup voient dans le Brexit une autre raison de cette union avortée.

London Stock Exchange

Refus des exigences de la Commission européenne

"Cette opération à plus de 28 milliards d’euros devait donner naissance à un géant boursier de la taille de ceux formés aux États-Unis entre le CME de Chicago et l’ICE de New York – qui commencent à s’implanter sur le Vieux continent –, ou en Asie avec l’opérateur de Hong Kong", explique La Croix, qui rappelle que des tentatives de fusion entre les deux places boursières avaient déjà eu lieu en 2000 et 2005.

Dans un communiqué dimanche soir, le LSE a fait part d'une fin de non-recevoir à la demande de la Commission européenne de vendre sa filiale italienne MTS. L'institution de Bruxelles cherchait ainsi à protéger la concurrence sur les marchés financiers européens. "Qualifiant cette exigence de 'disproportionnée', l’opérateur britannique a expliqué qu’il aurait du mal à céder MTS et qu’une telle cession lui serait préjudiciable. Le London Stock Exchange entend cependant continuer à travailler à une fusion avec Deutsche Börse si l’exécutif européen, qui s’est refusé à tout commentaire, revient sur sa position, a dit le groupe" [L'Opinion avec Reuters].

De son côté, Deutsche Börse a simplement confirmé par un communiqué le choix du LSE de ne pas vendre MTS et dit attendre une décision de la Commission européenne "vers la fin mars" [L'Express avec l'AFP]. Mais selon La Tribune, "plus personne ne croit en cette fusion". Pour Farhad Moshiri, analyste financier au cabinet AlphaValue, interrogé par le média : "il semble clair, d'après le communiqué [du LSE], que la fusion est enterrée". Le journal économique estime que le refus de revendre MTS pourrait bien être un prétexte pour renoncer à une "fusion […] atrocement compliquée par le Brexit", qui serait le nœud du problème.

Le Brexit en toile de fond

La sortie du Royaume-Uni de l'UE n'est pas la seule raison de ce mariage raté. "La mise en cause du patron de Deutsche Börse, Carsten Kengeter, il y a une quinzaine de jours dans une affaire de délits d’initiés avait déjà fait planer une sérieuse menace sur l’issue de cette opération", souligne Le Figaro. Mais le Brexit compte néanmoins pour beaucoup dans cet échec, notamment parce que le géant bousier né de la fusion aurait dû avoir son siège à Londres, avec le patron de Deutsche Börse à sa tête. "Or il apparaît difficile de voir la majorité des transactions en euros se traiter hors de l’Union européenne", analyse La Croix.

Pour Le Monde, le renoncement à l'opération est révélateur d'un changement d'époque. "Le monde se construit de nouvelles barrières", estime le quotidien, pour qui même la finance, pourtant particulièrement globalisée, "n'y échappera pas". Les changements politiques au sein de l'UE liés au Brexit ont donc aussi un impact décisif sur le monde de la finance, qui pourrait être amené à être profondément restructuré.

A ce propos, La Croix cite "l’opérateur pan-européen Euronext (qui réunit notamment la France, l’Espagne, la Belgique, et le Portugal), qui avait déjà tenté de se rapprocher de Deutsche Börse en 2011" et peut maintenant "tenter de se repositionner pour tirer son épingle du jeu. Et constituer un acteur européen de poids basé en Europe continentale".