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Primaire de la droite : les réactions en Europe après la victoire de François Fillon

Revue de presse 28.11.2016

La victoire de François Fillon à la primaire de la droite et du centre est loin d'être passée inaperçue en Europe. Présenté comme le plus probable rival de Marine Le Pen au second tour en mai 2017, à l'instar de l'opinion des commentateurs politiques en France, François Fillon suscite des interrogations sur le Vieux Continent, notamment en ce qui concerne sa politique étrangère à l'égard de Moscou. Sa volonté de réformes "thatchériennes", de même que son conservatisme sociétal, sont également régulièrement soulignés dans la presse européenne.

François Fillon

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Un candidat désireux de renouer avec Moscou

Les militants Les Républicains vivant dans la capitale russe n'ont pas caché leur joie après la victoire de François Fillon. A Moscou, il ne lui manquait qu'une voix pour gagner dès le premier tour la primaire de la droite et du centre, rapporte La Croix. Promettant de lever les sanctions économiques à l'encontre de la Russie, sa candidature a particulièrement satisfait les Français évoluant dans le milieu des affaires moscovites. Les sanctions occidentales "n’ont mené à rien. Fillon a bien fait comprendre qu’il est pour leur levée. Et pour un tournant dans l’approche diplomatique avec la Russie", se réjouit Emmanuel Quidet, homme d'affaires installé à Moscou, interrogé par le quotidien. "Oui, nous ne partageons pas les mêmes valeurs. Mais c’est bien pour cette raison qu’il faut se parler", ajoute-t-il.

En revanche, "la perspective de voir François Fillon accéder à la présidence française suscite certaines inquiétudes en Allemagne où sa russophilie en particulier en ferait un allié inconfortable pour Angela Merkel", note le média belge DH (avec l'AFP). L'Allemagne plaide en effet pour une attitude intransigeante à l'égard de la Russie. "Il ne fait aucun doute qu'il y a une grande différence" entre la position du gouvernement allemand et celle de François Fillon, considère Norbert Röttgen, président de la commission des affaires étrangères au Bundestag (CDU), dans une interview à l'AFP.

Dans une tribune au journal économique britannique Financial Times, François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, relativise les craintes allemandes, dressant le portrait d'un candidat pragmatique : "La bonne nouvelle est que M. Fillon a le sens des priorités digne d'un politicien sérieux. L'avenir du couple franco-allemand précède largement le rapprochement avec la Russie dans l'ordre des priorités de politique étrangère. Tant que l'Allemagne défendra les sanctions, il est improbable de voir la France rompre les rangs", estime-t-il.

Un "thatchérien" dans la course à l'Elysée

"'La France veut de l'action' : François Fillon le thatchérien promet des réformes radicales après sa victoire à la primaire", titre le quotidien britannique The Telegraph. "Sur le plan économique, il a promis de rompre avec la tradition étatique française et de lancer un programme ambitieux de libéralisation du marché, qui l'opposera sans doute aux syndicats", analyse le média.

En Allemagne, au contraire de ses positions à l'égard de la Russie, la volonté du Sarthois de procéder à une baisse des dépenses publiques ainsi qu'à un assouplissement du marché du travail est particulièrement appréciée par le gouvernement [DH avec l'AFP]. "François Fillon pourrait avoir une politique européenne réaliste et pragmatique, pas au fil de l'eau comme celle qu'on connaît", précise Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman, interrogé par L'Opinion. "Le candidat sait l'importance du couple franco-allemand et que la confiance avec l'Allemagne repose sur la capacité de la France à engager de réformes économiques et sociales. Elles sont, bien plus que la politique étrangère, le socle de son projet", souligne le quotidien.

Le triomphe d'un conservateur

Le journal espagnol El Pais insiste sur l'attachement de l'ancien Premier ministre à ses racines chrétiennes, titrant son article "Fillon, un catholique traditionaliste pour être à la tête de la France laïque". "L'ex-Premier ministre a toujours montré sa foi religieuse tout au long de sa carrière politique, une position critiquée pendant la campagne des primaires", relève le quotidien.

Pour Die Welt en Allemagne, "Fillon se base sur une renaissance conservatrice, une renaissance des valeurs traditionnelles, un tournant décisif". Le quotidien estime que les positions du candidat ne sont pas très éloignées du Front national sur l'islam : "Les positions du 'Républicain' sur le confinement de l'islamisme, mais aussi de la culture musulmane du quotidien, ne diffèrent que légèrement de celles du Front national".

Le quotidien suisse la Tribune de Genève analyse aussi dans un éditorial la victoire de ce qu'il estime être un retour en force de la droite conservatrice en France. "Cette primaire de la droite et du centre restera comme la revanche d’une France que l’on croyait à jamais éteinte. Elle était simplement endormie. Et la gauche l’a violemment réveillée, notamment par un quinquennat sans boussole et sans repère", considère l'auteur de l'article.

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