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Présidentielle autrichienne : le FPÖ conteste sa défaite devant la justice

Revue de presse 09.06.2016

Le feuilleton du scrutin présidentiel autrichien ne s'est pas achevé le 23 mai dernier, à l'annonce de la victoire in extremis de l'écologiste Alexander Van der Bellen face au candidat de l'extrême droite Norbert Hofer. Si dans un premier temps, le FPÖ avait admis sa défaite, le parti a visiblement changé d'avis, et dénonce des "irrégularités épouvantables". La Cour constitutionnelle est désormais en charge de valider ou non l'élection présidentielle, ce qui pourrait prendre jusqu'à quatre semaines. Mais même si de nouveaux votes pourront être convoqués dans les régions concernées, il reste peu probable qu'une élection entière soit à nouveau organisée.

Norbert Hofer

30 863 voix d'écarts au second tour

Rarement un scrutin pour une fonction essentiellement honorifique dans un "petit" pays d'Europe centrale n'aura focalisé autant d'attention internationale. A la suite du premier tour de la présidentielle en Autriche, Norbert Hofer, le candidat du FPÖ, le Parti pour la liberté d'Autriche (extrême-droite) était arrivé en tête, balayant les deux partis au pouvoir relégués derrière le candidat écologiste qualifié pour le second tour. "Une victoire de Norbert Hofer aurait fait de l'Autriche le premier État européen à être dirigé par un président d'extrême droite", resitue Le Figaro.

Les résultats du second tour n'ont été connus que le lendemain du vote, le 23 mai, et ont révélé un écart de voix extrêmement faible : 30 863, après dépouillement de tous les votes par correspondance. Alexander Van der Bellen était déclaré vainqueur. Le candidat malheureux avait alors annoncé "nous devons nous rassembler. Il n'y a aucun signe de fraude électorale" [The Guardian].

Le parti aura donc changé d'avis, car son chef Heinz-Christian Strache "a déposé ce mercredi un recours contestant ce résultat auprès de la Cour constitutionnelle" explique Le Figaro. Un évènement historique d'après Le Monde, "car jamais depuis la Seconde Guerre mondiale un candidat n’avait osé douter de la régularité d’un vote organisé pour la fonction suprême".

Irrégularités en nombre, selon l'extrême droite

Le patron du FPÖ dénonce des irrégularités "épouvantables", et en trop grand nombre pour laisser tranquillement se dérouler l'intronisation de M. Van der Bellen, prévue le 8 juillet [Le Monde]. Il se base sur des constats et des analyses d'un groupe de juristes, qui a résulté en un recours de 150 pages déposé devant la Cour constitutionnelle [Le Point].  "Nous ne sommes pas de mauvais perdants. Il en va des fondements de la démocratie et de l'Etat de droit. Sans ces irrégularités et ces dysfonctionnements, Hofer aurait pu devenir président", a affirmé M. Strache.

De quelles irrégularités parle donc le FPÖ ? Principal mis en cause, le vote par correspondance. "Ouvert à tous les citoyens, il a représenté 16,7% des suffrages" et il est généralement défavorable à l'extrême-droite. "Le FPÖ conteste notamment les modalités de dépouillement de ce vote, affirmant que, dans certaines circonscriptions, les bulletins postaux ont été ouverts trop tôt" explique Le Point.

El Mundo explique de son côté que, toujours selon Strache, "le décompte des votes par correspondance a commencé le même jour que l'élection et non le jour suivant, comme le prévoit la loi, et, dans une douzaine de cas, la commission électorale n'a pas pris en compte tous les votes car il y a eu une présélection".

La BBC ajoute : "M. Strache assure qu'il possède des preuves selon lesquelles les votes par correspondance ont été gérés de façon illégale dans 94 des 117 circonscriptions électorales, ce qui sous-entend que plus de 570 000 bulletins pourraient être affectés". Pour le Figaro, ces chiffres sont "largement supérieurs aux estimations du ministère de l'Intérieur qui parle de 2 000 cas véritablement litigieux".

La Cour constitutionnelle "espère pouvoir rendre ses conclusions au plus tard le 6 juillet, soit deux jours avant l'intronisation d'Alexander Van den Bellen. Mais un de ses porte-paroles ne garantit pas de tenir les délais, car elle doit "étudier les irrégularités au cas par cas" [Le Monde].

Réactions dans les deux camps

Le FPÖ avait déjà dû rappeler ses partisans à l'ordre à la suite du second tour, explique Le Point. "Certains d'entre eux faisaient état d'une manipulation du scrutin et appelaient même à la violence contre Alexander Van der Bellen, dont ils avaient publié l'adresse sur la page Facebook, très populaire, du chef du FPÖ". Selon la presse, la police a depuis renforcé la protection du vainqueur de la présidentielle [Le Figaro].

Les écologistes ne pensent pas qu'un nouveau vote est possible, et "ne veulent voir dans la démarche de l’extrême droite qu’une manœuvre visant à dénoncer un système qui lui serait hostile". Pour Dieter Brosz, député Vert cité dans Le Monde, "le FPÖ répandait depuis des semaines ses théories du complot". Pourtant, le reste de la classe politique se passe pour le moment de tout commentaire. Le journal a également interrogé le chercheur Patrick Moreau, pour qui les juges pourraient organiser de nouveaux scrutins dans certaines circonscriptions "sans que cela n'influe sur le résultat global, car les lieux dans lesquels les irrégularités sont les plus criantes sont aussi ceux qui ont majoritairement voté pour Norbert Hofer". Difficile donc de rattraper un retard de 30 000 voix.

Toutefois, en cas de maintien du résultat, le FPÖ pourra se consoler avec les prochaines élections en ligne de mire : les législatives de 2018, pour lesquelles le parti caracole en tête des sondages depuis plusieurs mois. Le parti d'extrême droite espère y décrocher la chancellerie, le cœur exécutif du pouvoir.

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