Derniers articles publiés

Pologne : un remaniement ministériel pour séduire Bruxelles ?

Revue de presse 10.01.2018

Le nouveau Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a annoncé, mardi 9 janvier, un remaniement au sein de son gouvernement, remplaçant plusieurs ministres controversés. Cette décision, qui vise à réchauffer les relations entre Varsovie et Bruxelles, est intervenue avant sa rencontre, le même jour, avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki et le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker le 9 janvier

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki et le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker le 9 janvier - Crédits : Commission européenne

"En poste depuis un mois", le nouveau Premier ministre de Pologne, Mateusz Morawiecki, a décidé de remplacer le tiers de son gouvernement, mardi 9 janvier [Le Point]. Ce remaniement vise ouvertement à apaiser les vives tensions apparues entre Bruxelles et Varsovie. Comme l'explique l'expert de la Pologne Eryk Mistewicz dans l'hebdomadaire, il s'agit d'envoyer le signe d'"une nouvelle ouverture à l'égard de l'UE, envoyer un signal fort à l'Europe".

Ces changements au sein du gouvernement polonais interviennent également juste "avant la rencontre (…) [de] Mateusz Morawiecki avec le président de la Commission européenne" Jean-Claude Juncker le même jour [RFI].

"Tri sélectif"

Les Echos considèrent que Mateusz Morawiecki "a opéré un tri sélectif dans son équipe", remplaçant près du tiers de son gouvernement. Parmi les limogés, on retrouve les controversés ministres de la Défense, des Affaires étrangères et de l'Environnement.

Antoni Macierewicz, ministre de la Défense, quitte donc son poste au profit de Mariusz Blaszczak précédemment à l'Intérieur. RFI, qui qualifie M. Macierewicz d'"extravagant", rappelle qu'il "était en conflit ouvert avec le président Andrzej Duda au sujet de la réforme des forces armées et (...) était très mal vu par Paris et Berlin suite à la rupture de contrat dans l'achat d'hélicoptères Caracal au groupe Airbus".

Le chef de la diplomatie polonaise, Witold Waszczykowski, était pour sa part en guerre ouverte avec l'Union européenne. Il a voté contre la réélection de son compatriote et opposant politique Donald Tusk à la tête du Conseil européen, et "a multiplié (…) les critiques assassines contre une Europe qui risque de 's'effondrer si elle cherche à intégrer des nations plus vite que les autres'" [Les Echos]. Lui succède Jacek Czaputowicz, "un diplomate de carrière proche de l'aile centriste du [parti Droit et Justice], relate L'Express.

Enfin, le portefeuille de l'Environnement a été donné à Henryk Kowalczyk en remplacement de Jan Szyszko. Ce dernier est une "figure controversée" d'après RFI, car il a autorisé "l'abattage - jugé illégal par Bruxelles - des arbres dans la forêt protégée de Bialowieza". Ce qui a finalement débouché "sur une condamnation de la Cour de justice de l'Union".

Réforme de la justice

C'est donc à la suite de l'annonce du nouveau casting gouvernemental que Mateusz Morawiecki s'est rendu à Bruxelles dans la soirée, dans le cadre d'un dîner de travail avec Jean-Claude Juncker, qui a duré "tard" d'après Euractiv. Le média rapporte que les discussions ont porté sur "'le futur de l'Union européenne, la position polonaise au sein de l'Union européenne' [ainsi que sur] l'économie, l'énergie et la politique migratoire". Les deux dirigeants ont également eu "une discussion détaillée sur les questions en lien avec l'Etat de droit".

A l'issue de la rencontre, un bref communiqué de la Commission a affirmé que "le dîner s'est déroulé dans une atmosphère amicale" [RFI]. D'après cette même déclaration, les deux dirigeants "ont convenu de se revoir pour poursuivre la discussion et pour avancer d'ici à la fin février". Lors de la conférence de presse, le Premier ministre polonais a assuré que sur "la politique climatique et énergétique, le marché unique du numérique et la défense, la Pologne rattraperait le temps perdu" [Politico].

Néanmoins, au sujet de la "controversée" réforme de la justice, la position de M. Morawiecki n'a pas changé : la rencontre a "simplement donné [au Premier ministre] l'occasion d'expliquer pourquoi Varsovie ne cèdera pas" [Politico]. Or c'est ce sujet qui cristallise les principales tensions entre l'UE et la Pologne. En effet, la Commission "a lancé le mois dernier une procédure inédite contre Varsovie, accusée de violer l'Etat de droit" et "qui peut déboucher théoriquement sur la suspension du droit de vote de la Pologne" [Les Echos]. Et RFI de rappeler qu'"à l'ouverture des négociations pour le budget européen après 2020, plusieurs pays préconisent de conditionner l'octroi des aides de l'UE au respect des règles en matière d'État de droit".

"Même Pologne, nouvel emballage"

Selon Catherine Chatignoux, journaliste aux Echos, ce remaniement ne doit donc pas "être interprété comme un réalignement de la politique de la Pologne en faveur de l'Europe", car le ministre de la Justice reste à son poste, "signe qu'il a toute la confiance du Premier ministre et du parti majoritaire conservateur et eurosceptique". Caustique, Politico estime aussi que c'est la "même Pologne", avec juste un "nouvel emballage".

De la même manière, l'opposition polonaise reste sceptique. Pour Tomasz Siemoniak, membre du parti d'opposition Plateforme civique, "rien ne change (…) même s'il y a de nouvelles personnes, de meilleure allure, au bout du compte elles devront toutes suivre ce que leur dira Jaroslaw Kaczynski [chef du parti Droit et Justice]".