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Podemos entraîne l'Espagne vers de nouvelles élections

Revue de presse 19.04.2016

Hier, les militants du mouvement de gauche Podemos étaient appelés à se prononcer sur un soutien à un éventuel gouvernement socialiste alliés aux centristes de Ciudadanos. Pablo Iglesias, figure de proue du parti, qui avait appelé à rejeter un tel accord, a sans surprise été entendu. La balle est désormais dans son camp, mais il est fort à parier qu'il ne parviendra pas à former un gouvernement avec les socialistes et que le pays se dirige vers des élections anticipées en juin prochain.

Iglesias

Dernier chapitre d'une crise politique de quatre mois

"Depuis [les élections] du 20 décembre 2015, qui ont accouché d’un Parlement très fragmenté avec l’irruption de deux partis forts, Podemos, à la gauche du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), et Ciudadanos, au centre, le pays vit un blocage politique" résume Le Monde.

Sans soutien, le Premier ministre sortant Mariano Rajoy (Parti populaire, droite) a rapidement abandonné l'idée de se représenter, et les socialistes ont échoué à obtenir la confiance des députés au mois de mars. "Les dernières cartes se trouvaient entre les mains des militants de Podemos, appelés à voter pour ou contre un gouvernement basé sur le pacte Rivera-Sanchez, en référence à l’accord d’investiture signé entre le secrétaire général socialiste, Pedro Sanchez, et le président de Ciudadanos, Albert Rivera".

Or la direction du parti Podemos préfèrerait gouverner au sein d'une alliance avec les socialistes et les indépendantistes catalans qui en profiteraient pour organiser un référendum d'autodétermination, ce que le PSOE rejette catégoriquement. "Mais pour ne pas être tenu responsable du blocage et de la tenue de nouvelles élections, le secrétaire général de Podemos, Pablo Iglesias, avait donné aux militants le dernier mot".

Rejet unanime d'un gouvernement PSOE-Ciudadanos

"Les militants de Podemos avaient le choix entre deux options" explique La Tribune. "La première était un ralliement au pacte passé par le parti socialiste, le PSOE, et le parti de centre-droit, Ciudadanos, en février". Il faut rappeler que cette alliance a déjà été soumise à un vote de la chambre des députés en mars dernier et avait échoué à être élue précisément car Podemos s'y était opposé.

"Cette option a été rejetée par 88,23 % des militants qui se sont exprimés, soit 131.561 personnes" ce qui n'est pas une surprise. Comme le rappelle le journal, l'accord PSOE-Ciudadanos contenait entre autre des mesures de réduction des dépenses publiques et une réforme du marché du travail, des projets qui vont à l'inverse des propositions de Podemos.

"La deuxième question posée aux militants était celle d'une alliance avec le PSOE dans le cadre d'une alliance dite à la valencienne" faisant référence à la coalition de gauche (PSOE-Podemos-régionalistes) actuellement au pouvoir dans la Communauté de Valence depuis les dernières élections régionales. Cette option défendue par Pablo Iglesias a été validée à 91,79% par les militants qui se sont exprimés hier.

Si ce résultat conforte la confiance de la base du parti envers leur dirigeant, Pablo Iglesias sait qu'il mène l'Espagne droit vers de nouvelles élections, tant un accord avec les socialistes est irréaliste.

"D'abord", indique La Tribune, "parce que Pedro Sánchez s'est engagé à respecter le pacte avec Ciudadanos et semble tenir à cette alliance centriste qui renforce sa position face à l'aile droite du PSOE. La seule alternative pour construire une majorité à une coalition PSOE-Podemos serait de trouver un accord avec les régionalistes et indépendantistes basques et catalans". Impossible pour Pedro Sanchez qui est en concurrence interne avec la "très centralisatrice" présidente de l'Andalousie, Susana Diaz.

Vers de nouvelles élections en juin

Comme le titre le journal La Vanguardia, "la perspective de trouver un accord pour former un gouvernement s'éteint et les partis se préparent à de nouvelles élections législatives en juin".

En effet, si aucun accord n'est trouvé le 2 mai prochain, le parlement espagnol sera automatiquement dissous et des élections seront organisées probablement à la fin du mois de juin. Mais les sondages prédisent déjà "une persistance du blocage" [La Tribune].

A droite, Mariano Rajoy "a une nouvelle fois proposé la formation d'une 'grande coalition' entre socialistes, centristes et conservateurs" [Le Parisien], une stratégie qu'il défend depuis le premier jour de la crise. Une alternative qui séduit peu le reste de la classe politique tant les récentes affaires de corruption qui secouent le Parti populaire le rendent infréquentable. D'autant plus que  la gauche ne semble d'accord sur rien sauf sur le fait qu'elle ne veut pas voir Rajoy à la tête du prochain gouvernement.

Reuters rappelle de son côté que la crise politique est loin d'améliorer la situation économique du pays : "la banque centrale et plusieurs analystes ont averti qu'une prolongation de la crise pourrait avoir un impact à un moment où le pays souffre encore de plus de 20 % de chômage et a du mal à maîtriser son déficit budgétaire".