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Perturbateurs endocriniens : le projet de réglementation de Bruxelles alarme les scientifiques

Revue de presse 30.11.2016

Dans une tribune publiée le 29 novembre dans Le Monde, une centaine de scientifiques dénonce la réglementation proposée par la Commission européenne concernant les perturbateurs endocriniens, molécules chimiques perturbant le système hormonal, omniprésentes dans notre environnement. Se basant sur une étude de l'EFSA (l'Autorité européenne de sécurité des aliments), la Commission ne préconise aucune interdiction a priori des perturbateurs endocriniens, indiquant simplement que les produits suspects seront étudiés au cas par cas après leur mise en circulation, pour être éventuellement interdits si des effets néfastes sur la santé sont avérés. L'influence des lobbys à Bruxelles est une nouvelle fois mise en cause.

Siège de l'EFSA à Parme (Italie)

Une formulation qui ulcère les scientifiques

"Cancers du sein, du testicule, de l'ovaire ou de la prostate, troubles du développement du cerveau, non-descente des testicules à la naissance, malformations du pénis et détérioration de la qualité du sperme… Ce sont là quelques-unes des pathologies liées au contact de notre organisme avec ces molécules chimiques qui perturbent notre système hormonal", énumère France Info à propos des perturbateurs endocriniens, substances pouvant avoir des effets terriblement néfastes sur la santé, même à très faible dose.

Le Monde publie une vaste enquête sur le projet de réglementation de la Commission européenne concernant les perturbateurs endocriniens, revenant sur les conditions dans lesquelles il a été élaboré. "Tout, ou presque, tient en ces quelques mots : 'Les perturbateurs endocriniens peuvent (…) être traités comme la plupart des substances [chimiques] préoccupantes pour la santé humaine et l’environnement.' C’est sur cette simple phrase, issue de la conclusion d’un avis de 2013 de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), que Bruxelles fonde son projet de réglementation", rapporte le quotidien. Une phrase dont la portée est considérable "car si les perturbateurs endocriniens sont effectivement des produits comme les autres, alors il n’est nul besoin d’une réglementation sévère", explique le journal.

Plus alarmant encore, Le Monde rapporte que cette phrase, sur "laquelle repose l’édifice réglementaire proposé par la Commission, a été rédigée avant même que l’expertise scientifique ait véritablement commencé". Le quotidien cite un e-mail adressé aux scientifiques chargés de travailler sur la question des perturbateurs endocriniens dans lequel se trouve des "conclusions/recommandations", où cette phrase se trouve déjà alors que la première réunion de mise en place du travail n'a eu lieu que quelques jours auparavant.

Parmi les experts, plusieurs se sont inquiétés de la tournure que prenait leur étude, révèle le quotidien. "Il est presque embarrassant de comparer notre version actuelle avec le rapport OMS/PNUE. (…) Quand le rapport de l’OMS/PNUE parvient à la conclusion que la méthode traditionnelle d’évaluation des risques des produits chimiques est inadéquate [pour les perturbateurs endocriniens], nous arrivons à la conclusion exactement opposée", affirme un des scientifiques à l'ensemble de ses collègues dans un e-mail auquel le journal a eu accès, estimant indispensable de changer radicalement les conclusions de leur étude. Le fonctionnaire de l'EFSA supervisant leur travail est du même avis. Néanmoins, la phrase faisant des perturbateurs endocriniens des substances chimiques à traiter comme la majorité des autres figure toujours dans l'avis de l'agence publié le 20 mars 2013.

L'influence des lobbys à Bruxelles de nouveau mise en cause

"Cette affaire tombe mal pour Bruxelles, déjà accusée en juin 2016 d'avoir livré une définition des perturbateurs endocriniens exigeant des effets avérés sur la santé humaine, excluant donc les résultats obtenus chez l'animal et entravant toute interdiction de ces molécules", rappelle Sciences et avenir.

Rémy Slama, directeur de recherche à l'Inserm, spécialiste des questions ayant trait aux perturbateurs endocriniens et signataire de la tribune dans Le Monde, considère que la règlementation préconisée par la Commission est par trop insuffisante. "La Commission européenne a l'occasion de faire un texte novateur avec un niveau de protection élevé mais se contente à l'heure actuelle d'une évolution mineure. Le niveau de preuve demandé est bien plus important que pour d'autres substances dangereuses comme les cancérigènes", explique-t-il à L'Express.

La proposition devrait être approuvée sous peu par les Etats membres mais "fédère contre elle la France, le Danemark ou encore la Suède, mais aussi l’ensemble des organisations non gouvernementales (ONG) qui estiment qu’elle ne permet pas de protéger la santé publique et l’environnement", rapporte Le Monde. "Au mois d'octobre, la France, par la voix de Marisol Touraine [ministre de la Santé], a estimé que la définition des perturbateurs endocriniens proposée en juin par la Commission européenne n'était 'pas satisfaisante', car 'trop restrictive'", rappelle pour sa part L'Obs.

Dans son enquête, Le Monde souligne que la phrase sur laquelle la Commission fonde son projet de réglementation est un argument constamment repris par l'industrie des pesticides, et diffusé auprès des institutions européennes dans des correspondances auxquelles le quotidien a eu accès.

Un poids des lobbys que Daniel Cohn-Bendit dénonce dans sa chronique matinale sur Europe 1. L'ancien député européen écologiste rappelle que leur influence s'est exercée dans d'autres domaines concernant la santé publique, tels que la pollution due aux gaz d'échappement des voitures ou encore le tabac.

Les Etats-Unis ont également fait pression sur l'Europe pour que la législation sur les perturbateurs endocriniens ne soit pas trop restrictive. Ils ont alerté "à plusieurs reprises l'Organisation mondiale du commerce (OMC) du risque de 'perturbation des marchés' en cas de limitation des perturbateurs endocriniens", explique le quotidien régional Sud Ouest.

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