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Parlement européen : le grand oral du président Macron

Revue de presse 18.04.2018

Mardi 17 avril, le président français Emmanuel Macron s'est présenté devant le Parlement européen pour livrer sa vision et ses propositions pour l'avenir de l'Europe. Si sa plaidoirie en faveur de la démocratie européenne a été saluée, sa réforme de la zone euro et son appel à un partenariat allemand fort n'ont pas été accueillis avec l'enthousiasme attendu.

Emmanuel Macron devant le Parlement européen

Le président français Emmanuel Macron s'adressant au Parlement européen, le 17 avril 2018 - Photo : Mathieu CUGNOT - Crédits : Parlement européen

Contre les démocraties illibérales

Face aux députés européens réunis à Strasbourg, le président français a insisté sur la "fascination pour l'illibéral" qui ne cesse de croitre en Europe. Comme le relève notamment la BBC, Emmanuel Macron s'est montré ferme sur le fait qu'il ne céderait "à aucune fascination pour les souverainetés autoritaires" et ajouté qu'il souhaitait "appartenir à une génération qui défendra cette souveraineté européenne parce que nous nous sommes battus pour l'avoir". M. Macron a même parlé de la réapparition d'une "forme de guerre civile européenne" alimentée par les "égoïsmes nationaux".

The Guardian souligne que si le président n'a pas explicitement "nommé le premier ministre hongrois, Viktor Orbán", il s'en est toutefois pris aux politiciens qui utilisent les migrants comme "boucs émissaires". Le média britannique rappelle en effet que M. Orban a été récemment réélu en jouant notamment "sur les craintes des électeurs en matière d'immigration". Ainsi, Emmanuel Macron a défendu "une démocratie qui respecte les droits fondamentaux des minorités individuelles", pour éviter à tout prix "l'abandon de la liberté". Il a déclaré rejeter "l'idée que la démocratie européenne est condamnée à l'impuissance" [The Guardian].

Devant le Parlement européen, Emmanuel Macron défend la démocratie et la souveraineté européennes

Difficiles réformes

Toutefois, "la réforme de la zone euro, avec la création d'un budget autonome pour aider l'investissement ou un ministre des Finances, a du plomb dans l'aile", juge France Culture. Annoncées lors de son discours de la Sorbonne, "ses idées de réforme pour l'Europe" ont été réaffirmées hier avec "une rhétorique pâle et rudimentaire dans son contenu", tacle Der Spiegel (Allemagne). "Sachant pertinemment que Berlin s'y oppose", M. Macron "n'a même pas mentionné certaines de ses propositions, telles qu'un ministre des finances de l'UE ou un système européen de garantie des dépôts", continue le média allemand de tendance centre-gauche, qui va jusqu'à déclarer que "le problème de Macron, c'est Merkel".

Die Zeit (Allemagne) insiste : "Macron n'a même pas évoqué l'axe Berlin-Paris. C'est remarquable". Et ajoute que prononcer "une phrase sur l'axe Berlin-Paris est une norme". En effet, Le Point explique que "pour beaucoup d'Allemands, ces réformes ambitieuses vont trop loin, elles comportent trop de risques". Dans un article titré "Emmanuel Macron fait peur à l'Allemagne", l'hebdomadaire insiste sur la crainte de l'opinion outre-Rhin "qu'au final le contribuable allemand soit obligé de payer pour les nobles visions d'Emmanuel Macron". Enfin, Le Monde rappelle que "M. Macron est justement attendu jeudi [19 avril] à Berlin pour s’entretenir de l’avenir de la zone euro avec Angela Merkel".

Migrants, Syrie, Brexit et Consultations citoyennes

Le journal italien Corriere della Sera salue cependant les paroles du président français, qui a appelé à "une plus grande solidarité extérieure aux frontières et à un financement européen pour le régime d'asile commun", et évoqué "de nouvelles règles de solidarité intérieure", dans le but de "protéger les frontières européennes sans en laisser la charge aux pays frontaliers". Il s'agit notamment, précise Le Monde, de "dépasser le débat empoisonné sur les quotas de répartition dans l’UE" avec la "création d'un programme européen qui soutienne directement financièrement les collectivités locales qui accueillent et intègrent les réfugiés".

Der Spiegel s'étonne néanmoins que Emmanuel Macron ne se soit "emporté" que "lorsque son discours d'ouverture était terminé". C'est en effet "quand il a parlé de la Syrie [qu']il a littéralement explosé" : "dirons-nous que ces valeurs [internationales] ne s'appliquent qu'à nous ?" a demandé M. Macron "en gesticulant avec colère".

Le président français a également évoqué le Brexit, en déclarant qu'il "voulait garder le Royaume-Uni près de l'UE", mais qu'il n'y aurait "pas de sélection dans le marché unique" [BBC].

Enfin, "M. Macron a déclaré que les citoyens veulent un nouveau projet pour l'UE qui réponde à leurs préoccupations et à leurs craintes", rapporte The Telegraph. Ainsi "tous les pays de l'UE ont convenu de solliciter l'avis de leurs citoyens sur l'avenir de l'UE par le biais de débats et de consultations en ligne d'ici l'été".

Consultations citoyennes sur l'Europe : Emmanuel Macron lance les débats et veut parler aux eurosceptiques

Le lancement d'une campagne ?

Pour Politico, le président mise sur "sa jeunesse, son enthousiasme, son sens politique, un plan de réforme français audacieux pour prouver qu'il est sérieux" et démontrer qu'il "apporterait l'air frais du changement à l'UE". Ainsi, juge notamment Libération, Emmanuel Macron a profité de son discours pour "lancer sa campagne en vue des européennes de mai 2019".

Le média fait un état des lieux des tractations avec les autres formations politiques pour former un groupe le plus large possible au Parlement européen. La République en marche rassemblerait alors "les démocrates italiens et M5S, Ciudadanos, le parti de centre droit en Espagne, trois quarts du groupe libéral de Guy Verhofstadt". Des négociations seraient également en cours avec les écologistes allemands et certains membres du PPE. Ainsi, "LREM n’exclut même plus de devenir le premier groupe du Parlement, un pari qui paraissait fou il y a quelques mois encore" [Libération].