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Parlement européen : le FN pris la main dans le sac ?

Revue de presse 11.03.2015

Le 9 mars, le président du Parlement européen a saisi l’Olaf sur des soupçons de fraude concernant la rémunération des assistants parlementaires européens du Front national qui ne travailleraient en réalité que pour le parti en France. La presse souligne unanimement une situation très délicate pour le FN.

Marine Le Pen

La nouvelle est tombée lundi soir dans le journal Le Monde : le président du Parlement européen Martin Schulz "a saisi lundi l’Office de lutte antifraude (Olaf) au sujet d’éventuelles irrégularités impliquant les assistants des eurodéputés du Front national" et leur salaire. En d’autres termes, explique Libération, le Front national est suspecté de se financer par le biais des fonds de l’Union européenne. Une affaire que le journal qualifie d’ "embarrassante". En effet, les assistants parlementaires européens sont rémunérés par le Parlement européen et doivent donc travailler sur des missions directement liées à cette institution. Or, cela ne semble pas être le cas.

L’affaire a débuté avec la publication, en février, de l’organigramme du FN, que l’administration du Parlement européen s’est procuré, relate EurActiv. Cet organigramme comporte une vingtaine d'assistants parlementaires européens à des postes officiels du parti et cela, en France. De quoi laisser M. Schulz penser que "ces assistants [travaillent] essentiellement pour le parti de Marine Le Pen tout en étant rémunérés par le budget européen." [Les Echos] Les assistants au Parlement européen, s’ils sont rémunérés à temps plein, doivent effectivement se consacrer à leur tâche européenne et travailler à Strasbourg, Bruxelles ou dans la circonscription de leur député, et non à Nanterre, où se trouve le siège du FN, comme cela a été observé dans l’organigramme et sur les contrats de travail.

Les réactions du parti incriminé ne se sont pas fait attendre et le Front national crie au complot. Le Monde rapporte que la députée Marion Maréchal-Le Pen, interrogée par France Info, s’est attaquée au Premier ministre Manuel Valls, qui aurait orchestré le scandale : "M. Schulz est un militant politique […] Il a appliqué à la lettre les ordres de M. Valls, qui, hier, expliquait qu'il fallait que les élites se mobilisent contre le Front national. C'est de l'acharnement politique évidemment, en pleine période électorale."

D’autres ne voient "absolument pas en quoi [il] est incompatible" d’être assistant au Parlement européen tout en étant conseiller de Marine Le Pen.

Florian Philippot, lui, use du sarcasme sur son compte Twitter : "Dans le fond, Schulz a raison...Nos assistants ne travaillent pas pour l'Union Européenne mais contre elle !"

Malgré l’aplomb des élus du Front national, la presse suggère que le parti a de quoi s’inquiéter.

Dans son éditorial pour L’Humanité, Maurice Ulrich estime que le FN "n’est évidemment pas l’agneau qu’il prétend être."

Les Echos parlent d’une "image désastreuse" à la veille des élections départementales et rappellent qu’ "un conservateur britannique condamné en 2011 par la Cour européenne de justice a remboursé 485 000 euros d'indemnités injustifiées" et qu’un autre eurodéputé du parti UKIP "a passé, lui, deux années en prison pour avoir tout aussi massivement abusé des frais destinés à son assistante parlementaire" et que si l’affaire était avérée, le FN aurait à verser 7,5 millions d’euros pour préjudice.

D’autant plus que l’affaire ne s’arrêtera pas aux portes de Bruxelles : Libération rapporte que Martin Schulz est entré en contact avec la ministre de la Justice Christiane Taubira et s’est engagé à "transmettre tout document aux autorités compétentes en France, qui permettrait de vérifier si cette utilisation de l’argent public européen ne contrevient pas aux lois de la République française." La justice française pourrait alors décider d’entamer des procédures au niveau national contre le FN. 

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