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Parlement européen : Guy Verhofstadt et Beppe Grillo sur la sellette après l'échec de leur alliance

Revue de presse 11.01.2017

Le mouvement eurosceptique et populiste italien M5S de Beppe Grillo incorporé au groupe des libéraux (ADLE, pro-européens) au Parlement européen ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, cet alliage contre-nature aurait bien pu se produire. C'était sans compter la farouche opposition de la majorité des eurodéputés libéraux au projet du chef de leur groupe, l'ex-Premier ministre belge Guy Verhofstadt. Sous la pression, ce dernier a finalement renoncé mardi 12 janvier à s'allier avec le leader populiste italien.

Guy Verhofstadt et Beppe Grillo

Une alliance contre nature

Quelle mouche a bien pu piquer Guy Verhofstadt pour que le chef du groupe le plus europhile du Parlement européen en vienne à sérieusement envisager de collaborer avec un mouvement eurosceptique, favorable, entre autres, à la sortie de l'Italie de l'euro ? La même question se pose quant à Beppe Grillo. Rien de plus qu'une manœuvre politicienne sans fondement idéologique, analyse la presse.

En ce qui concerne Guy Verhofstadt, la course à la présidence du Parlement européen semble avoir eu raison des considérations idéologiques. En accueillant le Mouvement 5 étoiles (M5S) parmi les libéraux, l'ex-Premier ministre belge aurait fait de son groupe la troisième force politique du Parlement européen, passant de 68 à 85 députés européens, explique Le Monde. "C’était juste un calcul comptable, mais sans cohérence politique", confesse une source de l'ADLE au quotidien.

Qu'en est-il de Beppe Grillo, dont le mouvement qualifie l'Union européenne de "Quatrième Reich" ? La principale motivation était liée à l'avenir politique du M5S au Parlement européen, qui siège depuis 2014 avec le parti britannique europhobe UKIP de Nigel Farage. "Or pour Beppe Grillo, le Brexit prive ce parti de projet et ce groupe politique d’avenir. Du coup, l’humoriste-activiste avait imaginé la possibilité d’adhérer à l’ADLE", rapporte RFI.

Pour France Info, deux autres raisons ont motivé le choix du chef du M5S. La première : "dresser un écran de fumée devant les difficultés de gestion de la maire 5 étoiles de Rome, Virginia Raggi, élue en juin 2016, qui risque une mise en examen après l'arrestation en décembre de son plus proche collaborateur pour corruption". Ce qui décrédibiliserait profondément ce mouvement qui se veut transparent. Deuxième raison : "se donner des allures plus fréquentables alors que, crédité de 30% d'intentions de vote, le Mouvement 5 étoiles vise le sommet de l'Etat italien".

Malheureusement pour les deux hommes politiques, le coup de poker s'est retourné contre eux.

Verhofstadt et Grillo sous le feu des critiques

Les camps de Guy Verhofstadt et de Beppe Grillo n'ont pas manqué de se désolidariser de l'initiative de leurs chefs. "Lundi après-midi, la levée de boucliers a été telle dans [le] groupe [des libéraux] (30 députés sur 68, dont le Modem français, mais aussi les Suédois, les libéraux allemands, etc. étaient opposés à ce deal, soit une minorité de blocage) [que Guy Verhofstadt] a dû battre piteusement en retraite", relate Jean Quatremer dans Libération.

"Quel bénéfice espérait-il en tirer ? Récupérer les 17 élus de M. Grillo ? Franchement, je ne comprends pas. Pour le groupe le plus européen du parlement, s’allier avec des populistes au moment où l’Union va si mal, c’est impossible", a dénoncé l'eurodéputée Marielle de Sarnez, membre de l'ADLE [Le Monde]. D'autant que la manœuvre compromet sérieusement les chances du leader belge d'accéder à la présidence du Parlement européen. "Autant dire que ses chances d’accéder au perchoir sont désormais quasiment réduites à néant. Bien joué…", ironise Jean Quatremer en conclusion de son article.

Beppe Grillo devrait également amèrement regretter cet échec. S'il a tenté de le transformer en argument politique, affirmant sur son blog après le renoncement du chef de l'ADLE que "l’establishment est contre le Mouvement 5 Etoiles" et "avoir fait trembler le système comme jamais", "en Italie, personne n’est dupe : le M5S a montré au grand jour ses incohérences et son opportunisme", estime le quotidien belge La Libre.

De nombreux sympathisants du M5S ont critiqué le choix de Beppe Grillo sur son blog, tribune officielle de son mouvement. "ADLE ? Nous sommes ultra-libéraux ou pro-Made in Italy ?", s'est interrogé l'un de ses électeurs [La Croix].

Les concurrents du leader populiste sur la scène politique italienne ont trouvé dans cet échec l'occasion de sévèrement critiquer Beppe Grillo. "A gauche, le Parti démocrate [toujours dirigé par Matteo Renzi] a souligné l’amateurisme et l’aventurisme du M5S" rapporte Le Monde. De même, le leader de la Ligue du Nord, l'autre formation populiste italienne, Matteo Salvini, compte bien profiter de la volte-face du chef du M5S. "Matteo Salvini a aussitôt fait du pied aux électeurs du M5S déçus par cette 'farce', ceux qui pensaient voter 'pour sortir de l'euro, contrer l'Europe et les migrants'. Tout n'est pas peut-être pas perdu pour tout le monde", commente ainsi France Info.