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Paris et Berlin s'accordent sur un budget de la zone euro

Revue de presse 20.06.2018

Mardi 19 juin, Emmanuel Macron et Angela Merkel, réunis dans la ville allemande de Meseberg (au nord de Berlin), ont trouvé un accord censé apporter des solutions à la fois pour la stabilité de la zone euro et pour la gestion de la crise migratoire. Les modalités restent toutefois encore à définir.

Emmanuel Macron et Angela Merkel

Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin, le 19 juin 2018 - Photo : Twitter - Emmanuel Macron

D'après Libération, "c'est une Angela Merkel bousculée par une crise gouvernementale d’une intensité inouïe qu’Emmanuel Macron a retrouvée [le 19 juin] pour une longue séance de négociation". L’objectif était ambitieux : le couple franco-allemand devait définir une "feuille de route" à soumettre aux "partenaires de l’UE à l’occasion du Conseil européen des 28 et 29 juin". Le Monde rapporte la détermination du président français, pour qui ce sommet "intervient à un moment de vérité pour l’Europe". C'est un "vrai choix de société qui est en discussion, peut-être même un choix de civilisation", a-t-il martelé.

Centaines ou dizaines de milliards d'euros?

Le Monde explique que "les deux pays ont annoncé leur volonté de mettre en place un budget commun pour la zone euro visant à mieux la protéger contre les crises". M. Macron plaide "de longue date pour l’instauration d’un tel instrument de solidarité et de stabilité pour les dix-neuf Etats de l’union monétaire", rappelle également le journal.

Ce budget devra être "alimenté annuellement par des contributions nationales" avec "une éventuelle taxe sur les transactions financières", relatent Les Echos. Il pourrait être "mis en place en 2021", mais  "à condition que le projet soit aussi approuvé par les dix-sept autres pays de la zone euro". Concernant les montants, rien n'est encore sûr. Emmanuel Macron plaide pour "un budget à plusieurs points de PIB", ce qui équivaudrait à plusieurs "centaines de milliards d'euros", mais l'Allemagne rejette cette solution et préfère parler de "dizaines de milliards" [Les Echos].

En ce qui concerne l'utilisation de ce budget, Le Figaro rappelle que "la question est très sensible pour les Allemands "car ces derniers sont foncièrement hostiles à l'idée de transferts", rejetant le "financement direct des Italiens ou des Grecs avec l'argent du contribuable allemand". Ainsi la feuille de route reste vague à ce sujet. Elle indique simplement que "les décisions stratégiques concernant le budget de la zone euro seront prises par les pays de la zone euro", tandis que "les décisions concernant les dépenses devraient être exécutées par la Commission européenne".

Assurance chômage européenne et mécanisme européen de stabilité

Libération annonce par ailleurs que le sommet de Meseberg a acté "la création d’une assurance chômage européenne". Cette dernière a "longuement été préparée par les ministres des Finances des deux pays, Bruno Le Maire et Olaf Scholz". D'après Le Figaro, il s'agit d'un "fonds européen de stabilisation du chômage" qui viendrait au secours d'un système national d'assurance chômage "en cas de crise économique grave".

D'autre part, Le Point rapporte que deux autres instruments ont été mis en place pour rendre la zone euro plus résiliente face aux crises. Le premier réside dans la transformation du Mécanisme européen de stabilité (MES), afin de le rendre plus opérationnel en "cas de choc asymétrique". Et un second filet de sécurité est prévu "dans le cadre de l'Union bancaire". In fine, l'objectif est "de ne pas faire appel aux épargnants en cas de problème".

Ces différentes propositions risquent toutefois de ne pas susciter l'unanimité, estime Le Point. La chancelière elle-même est tiraillée par "son aile droite qui redoute de voir l'Allemagne payer pour les pays trop dépensiers d'Europe du Sud". "Les pays du nord de l'Europe, très hostiles à tout budget de la zone euro" sont en effet les plus grands adversaires de Paris et de Berlin. Le plus offensif d'entre eux sera probablement les Pays-Bas. Mark Rutte, le Premier ministre des Pays-Bas, "n'a laissé planer aucun doute sur ses convictions libérales", selon Le Point. Pour lui, "nul besoin d'un budget de la zone euro". A l'inverse, "l'Europe a grand besoin de dirigeants responsables et économes".

Urgence migratoire

Autre grand thème de ce sommet franco-allemand : l'urgence à trouver un accord sur l'accueil des migrants en Europe. Sur cette question, M. Macron "se place clairement au côté de la chancelière" qui a besoin d'un accord au plus vite pour "résoudre sa crise gouvernementale" [Libération]. D'après Courrier international, le ministre de l'Intérieur allemand, Horst Seehofer et l’aile droite de la coalition gouvernementale "ont fixé un ultimatum de deux semaines à la chancelière" à partir du lundi 18 juin. Horst Seehofer, qui est également président de l’Union chrétienne-sociale (CSU), le parti frère de la CDU de Mme Merkel pour la Bavière, "a même été jusqu’à brandir la menace de fermer les frontières du pays en cas d’échec au niveau européen".

Libération annonce que le président français veut "travailler à un accord entre plusieurs pays de l’espace Schengen pour que les demandeurs d’asile puissent être repris le plus vite possible dans le pays où ils ont été enregistrés". D'après Le Monde, Emmanuel Macron a aussi plaidé pour "travailler davantage avec les pays d’origine et de transit". Enfin, il a été fait mention d'une "agence européenne du droit d’asile dans le but d’harmoniser les règles en vigueur dans les pays de l’UE".