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Paradis fiscal et fiches d'impôts : David Cameron joue la transparence

Revue de presse 12.04.2016

David Cameron tente de réparer les dégâts engendrés par les révélations des "Panama papers" la semaine dernière, qui avaient notamment mis en lumière ses participations dans les comptes offshore de son père avant qu'il ne prenne la tête du gouvernement en 2010. Le feuilleton d'une communication très mal gérée par Downing Street a poussé M. Cameron à s'expliquer publiquement à la télévision. Aujourd'hui, il souhaite que le pays mette en place plus de transparence fiscale dans ses dépendances d'outre-mer et a même rendu publiques ses déclarations d'impôts.

Anguilla

Les paradis fiscaux de la Couronne priés de partager leurs informations fiscales

David Cameron a annoncé devant le Parlement une série de mesures pour lutter contre l'évasion fiscale, qui selon Libération ont également pour but de "contrebalancer l’effet désastreux dans l’opinion publique de ses révélations sur sa participation dans la société de son père".

Alors qu'il s'apprête à présider le mois prochain un sommet international contre la corruption à Londres, le Premier ministre David Cameron a tenté de reprendre la main dans le domaine fiscal. Il a annoncé lundi devant les parlementaires que "la plupart des dépendances de la Couronne britannique, y compris les îles Caïmans et Vierges, considérées comme des paradis fiscaux, devront désormais partager leurs informations fiscales avec Londres" explique Le Parisien.

Ces territoires d'outre-mer, derniers restes de l'immense Empire britannique, se situent principalement dans les Antilles, l'océan Atlantique ou les îles Anglo-normandes et certains sont connus comme des paradis fiscaux : on peut citer entre autre Anguilla, les Bermudes, Guernesey ou encore Turques-et-Caïques.

"Pour la première fois, la police et les autorités seront en mesure de voir exactement qui détient vraiment et contrôle les compagnies enregistrées sur ces territoires" a déclaré M. Cameron [Libération]. Il a également évoqué des mesures pour que les sociétés "qui ne parviennent pas à empêcher leurs employés de faciliter l’évasion fiscale soient tenues pénalement responsables".

Le journal allemand Die Zeit explique néanmoins que "le registre ne sera pas public mais consultable uniquement par les autorités du Royaume-Uni et d'autres pays", et que pour l'instant aucun accord n'avait été conclu avec Anguilla et Guernesey.

David Cameron s'est ensuite fendu d'un long argumentaire pour distinguer les montages financiers destinés à réduire l'impôt et ceux destinés à encourager l'investissement. "L'aspiration à la fortune et la création de richesse ne sont pas des gros mots ; ils sont les moteurs de la croissance et de la prospérité de notre pays et nous devons toujours soutenir ceux qui veulent investir pour soutenir leurs familles" [Le Parisien].

Pour l'opposition travailliste toutefois, difficile de ne pas voir dans ces mesures une tentative de détournement de l'attention de la part du Premier ministre. "Il s’agit d’un cours magistral sur l’art de la diversion", a ironisé Jeremy Corbyn, le chef du parti. Il a ajouté que le scandale des Panama papers a donné corps à une vérité "que beaucoup ressentent de plus en plus : le fait qu'il y ait une règle pour les super riches, et une autre pour le reste du monde" [Libération].

Chez les politiques, le grand déballage fiscal

Dernier chapitre dans la campagne de communication désastreuse du chef du gouvernement britannique – qui en quelques jours "est passée du no comment absolu au grand déballage fiscal" - les feuilles d'impôts de ses six premières années de mandat ont été rendues publiques. D'après Le Monde, "David Cameron a acquitté un impôt de 75 898 livres (94 082 euros) sur un revenu de 200 307 livres pour l’année fiscale 2014-2015" incluant un salaire annuel d'environ 175 000 euros.

Une transparence qui n'a pas empêché la presse de faire de nouvelles révélations sur l'entourage du Premier ministre : "un don de 20 000 livres effectué par la mère de M. Cameron en 2011 juste après la mort de son époux". Lundi, leur fils a déclaré que ces allégations étaient "blessantes et totalement fausses" et que son père avait monté une compagnie offshore pour investir et non pour fuir l'impôt [Le Monde].

L'appel à la transparence lancé par le Premier ministre, mais surtout par la presse britannique, a semble-t-il en tout cas porté ses fruits. Le numéro deux du gouvernement, le Ministre des finances George Osborne, a déclaré "198 738 livres (247 900 euros) de revenus et payé 72 210 livres (environ 90 000 euros) d’impôts. Ce revenu était composé d’un salaire de 120 526 livres".

Vu comme possible successeur de Cameron, le maire de Londres Boris Johnson a également publié ses revenus de sa propre initiative, mais ces révélations pourraient bien le desservir. Alors que M. Corbyn dénonce les "super riches", le maire de la capitale a payé plus de 345 000 euros d'impôts l'année dernière sur un revenu de 764 000 euros [Le Monde].

Cette déclaration pourrait toutefois être également gênante pour le Premier ministre alors qu'il venait juste de "rejeter la nécessité d'une transparence accrue concernant la fiscalité des député" rappelle The Independent. Cela pourrait pousser George Osborne, également dans la course au leadership des Conservateurs, à publier plus que ses récentes fiches d'impôts.

Côté UE, la Commission européenne et particulièrement les commissaires Valdis Dombrovskis et Jonathan Hill ont mis sur la table "un ensemble de propositions qui prévoient une obligation, pour toutes les grandes multinationales opérant en Europe, de rendre publiques les informations concernant le lieu où elles font des profits et celui où elles paient des impôts" explique La Stampa. "L'information sera mise à disposition pour une période de cinq ans sur le site de la société, et les mêmes règles seraient également applicables aux grandes filiales de sociétés non européennes opérant en Europe."