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"Panama papers" : une onde de choc en Europe

Revue de presse 06.04.2016

Quelques jours après les révélations du Monde et d'une centaine de journalistes d'autres médias étrangers, le scandale des "Panama papers" continue d'agiter l'univers de la finance et n'épargne personne. De la démission du Premier ministre islandais à la décision de Bercy de réinscrire le Panama sur la liste noire de la France, les rebondissements qui se multiplient sont commentés par tous les journaux européens.

Premier ministre islandais Sigmundur Gunnlaugsson

Une bombe politique en Islande...

"Il aura fallu moins de 48 heures pour que les "Panama Papers" fassent tomber une première tête" [Courrier international]. "Le Premier ministre islandais capitule", titre Libération, qui revient comme d'autres journaux sur cette démission.
Les informations contenues dans les "Panama Papers" ont montré que le Premier ministre islandais avait possédé, avec sa femme, une entreprise domiciliée dans les îles Vierges britanniques. Or "il n’avait pas mentionné l’existence de cette société dans sa déclaration de patrimoine, au moment où il est entré au Parlement, en 2009", précise Courrier international.

Le Monde explique quelles seront les prochaines étapes avant l'arrivée d'un nouveau chef de gouvernement. Le Parti de l’indépendance, qui apporte une majorité parlementaire au Parti du progrès, et dont plusieurs cadres sont au gouvernement, a finalement accepté, hier soir, la démission du Premier ministre. "Mais le Parti du progrès et le Parti de l’indépendance — les partis membres de la coalition au pouvoir — doivent encore se consulter pour nommer le successeur de Sigmundur David Gunnlaugsson. Sigurdur Ingi Johannsson, le ministre de la pêche et de l’agriculture, est pressenti pour ce poste".

Le journal explique que ce scandale, qui a fait l'objet de manifestations sans précédent en Islande, est un sujet sensible dans ce pays "où un secteur financier euphorique et ses dirigeants et cadres [ont déjà usé et abusé] des sociétés écrans" depuis 2009. Après cette démission, El Pais précise que le Parlement islandais sera dissous et que de nouvelles élections ne se dérouleront pas avant 45 jours.

... et ailleurs en Europe

Après Reykjavik, les répercussions du scandale investissent la politique d'autres pays européens, y compris à Londres et Paris. "Sans parler de Berlin, aux prises avec vingt-huit banques qui utilisent les services du cabinet d'avocat panaméen créé en 1977,  précisément par un Allemand, Jürgen Mossack, fils d'un membre de la SS", note Il Sole 24 Ore.

Alors que la campagne sur le Brexit se prépare au Royaume-Uni, "Les 'Panama Papers' portent un coup douloureux à Cameron", titre le journal allemand Die Welt. "Le Premier ministre britannique avait fait la promesse de débarrasser les conservateurs de leur image de 'parti méchant'. Sous sa direction, les Tories devaient être portés sur la justice et les affaires sociales. Par conséquent, les "Panama Papers" sont un coup dur pour lui. Bien qu'il ne s'agisse pas de sa propre entreprise, mais de celle de son père Ian."

Outre Rhin, Angela Merkel a déclaré hier soir que l'Allemagne allait "examiner (…) par quels moyens mener le combat le plus efficace" [contre l'évasion fiscale], relève Die Zeit. Certaines banques en Allemagne ont également déjà été sanctionnées. "Nous allons évidemment profiter de chaque occasion pour vérifier si la loi pénale est déjà suffisante", a expliqué la chancelière, ajoutant que la transparence et le reporting sont des exigences "d'une importance primordiale".

Le parquet espagnol quant à lui a ouvert également une enquête pour blanchiment d’argent contre le cabinet d’avocats panaméen mis en cause dans ce scandale. Les activités de blanchiment d’argent au profit de clients du cabinet panaméen résidant en Espagne sont dans le viseur des juges espagnols [El Mundo].

La France va réinscrire le Panama sur sa liste de territoires non coopératifs

L'heure est aux explications. Après la publication de plusieurs noms de Français dont certaines personnalités politiques du Front national, chacun cherche à en savoir plus sur les différents acteurs impliqués dans ce scandale.

Le ministre des Finances Michel Sapin, qui a convoqué hier la Société générale à Bercy [Les Echos], a assuré que la France allait réinscrire le Panama sur sa liste des États et territoires non coopératifs (ETNC) en matière fiscale. Le Panama "a voulu nous faire croire qu'il était en capacité de respecter les grands principes internationaux. Il a pu obtenir ainsi de ne plus être inscrit sur la liste noire des paradis fiscaux", a rappelé Michel Sapin, interrogé à l'Assemblée nationale [La Tribune de Genève].

La France avait retiré le Panama de sa liste de territoires non coopératifs le 1er janvier 2012, après la signature d'une convention avec les autorités panaméennes sur la lutte contre l'évasion fiscale, explique le journal mais "le pays était en revanche classé paradis fiscal par Bruxelles", ajoute Aujourd’hui en France. La Commission européenne a ainsi présenté le mois dernier un ensemble de mesures visant à obliger les multinationales établies en Europe à publier la liste de toutes leurs filiales dans le monde.

Avec sa réinscription sur la liste noire de Bercy, "des sanctions seront prononcées, en tout cas des retenues à la source importantes seront effectuées sur les transactions entre des sociétés françaises et des sociétés panaméennes lorsqu'il n'y a pas de justification économique", a précisé le secrétaire d'État français au Budget Christian Eckert [Le Point].

Sans surprise, cette déclaration a entraîné une réaction du Panama. "'Au Panama, il existe une loi qui prévoit des mesures de rétorsion contre les pays qui incluraient le Panama sur les listes grises ', a déclaré lors d’une conférence de presse le ministre de la présidence, Alvaro Aleman", rapportent Les Echos.