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Nouvelles propositions de réformes : Tsipras a-t-il vraiment cédé ?

Revue de presse 10.07.2015

Hier soir, le gouvernement grec a présenté à ses créanciers un programme de réformes qui ressemble étonnamment aux exigences européennes contre lesquelles Alexis Tsipras se battait depuis des mois. Si une majeure partie de la presse y voit une capitulation, certains observateurs estiment au contraire que le Premier ministre grec a de la suite dans les idées.

Alexis Tsipras

Alors qu’il aurait dû le faire lundi dernier lors du dernier sommet européen, le Premier ministre Alexis Tsipras "envoie enfin ses propositions de réforme à Bruxelles" annonce Euronews. Elles seront examinées demain par les ministres des Finances de la zone euro. D’ici là, le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a déclaré "qu’il ne ferait aucun commentaire tant que ces propositions n’auront pas été évaluées".

Pour Le Monde, M. Tsipras "essaie d’aller vite" et "accélère pour éviter le 'Grexit'". En effet, depuis le 'non' au référendum, cette option semblait être de plus en plus envisagée par certains dirigeants européens.

Toute la presse française se penche sur le contenu de ce programme de réformes grec.

Tout d’abord, explique Le Monde, le gouvernement grec accepte un taux de TVA à 23%, notamment dans la restauration. Ce taux serait à 13% pour les produits de base, l’électricité et les hôtels et à 6% pour les médicaments, les livres et le théâtre.

Concernant les retraites, les départs anticipés seront réduits, et l’âge de départ à la retraite atteindra uniformément 67 ans en 2022.

La taxe sur les sociétés sera fixée à 28%, contrairement aux 29% que la Grèce voulait initialement mettre en place. En outre, les taxes sur les produits de luxe ou sur la publicité télévisée sont augmentées. Les avantages fiscaux seront aussi supprimés sur les îles.

Le budget de la défense grecque devrait subir des coupes de 300 millions d’euros d’ici deux ans, les privatisations d’entreprises publiques seront relancées et enfin, certaines professions (notaires, tourisme) seront déréglementées.

Pour Le Point, "Athènes cède à la pression de ses créanciers". En effet, ces propositions sont très proches des exigences européennes et cèdent sur de nombreuses "pommes de discorde" que la Grèce rejetait formellement, notamment la question de la TVA et des retraites. Ce plan "ressemble étrangement à celui présenté par les créanciers la semaine dernière" [Les Echos] et va "à l’encontre du référendum" du 5 juillet, selon La Croix.

L’Obs y voit une "reddition" et se désole : "Tout ça pour ça ? Après la glorieuse et dangereuse bataille du référendum, Athènes, triomphante, semble déposer les armes".

L’Express
estime de son côté qu’Alexis Tsipras a "cherché à coller au plus près des attentes des créanciers de la Grèce" pour mieux les "convaincre".

En effet, en échange de ces efforts budgétaires, la Grèce demande à ses créanciers un financement de 53,5 milliards d'euros pour couvrir les obligations liées à sa dette jusqu'en 2018 ainsi qu’un paquet de 35 milliards d’euros pour relancer la croissance hellène.

Romaric Godin, qui se demande dans La Tribune "où Alexis Tsipras veut-il en venir ?", détaille la logique politique de ce plan de réformes, à première vue perçu comme un renoncement mais qui est, en réalité, "plus élaboré qu'il n'y paraît" même s’il comporte des "risques majeurs".

Pour le journaliste, un accord entre la Grèce et ses créanciers permettrait à M. Tsipras de relancer l’économie via les aides financières. Il pourra par ailleurs gagner du temps pour mener de "vraies réformes" comme "l’amélioration des recettes fiscales, une meilleure justice sociale et la lutte contre l'oligarchie" dont la mise en place permettrait d’éviter les aspects "punitifs" du plan de réformes. De plus, de tels compromis de sa part mettent les Européens "face à leurs responsabilités". Si ces derniers refusent le plan, "leur intransigeance éclatera au grand jour".

Enfin, Alexis Tsipras réussit à "renforcer sa position politique" : le référendum a été un véritable plébiscite et le protège d’un renversement de son gouvernement.

En outre, la question de la dette grecque devrait revenir sur la table des négociations. L’effacement d’une partie de cette dette fait partie des exigences d'Athènes, et seule la chancelière allemande Angela Merkel y est opposée, alors que même son ministre des Finances Wolfgang Schauble "a reconnu que l'effacement d'une partie de la dette de la Grèce pourrait être nécessaire pour la rendre supportable" [EurActiv].

Mme Merkel est désormais "sous pression" selon Le Figaro. Car face à la main tendue par le gouvernement grec, de nombreuses voix soutiennent l’idée de révision de la dette. Le président du Conseil européen Donald Tusk a ainsi déclaré : "Tout programme réaliste venu d'Athènes doit trouver une réponse réaliste du côté des créanciers sur la question de la viabilité de sa dette". Le Fonds monétaire international, qui fait aussi partie des créanciers de la Grèce, est également en faveur d’un rééchelonnement de la dette. Cité par Libération, le commissaire européen aux Affaires économiques et financières Pierre Moscovici a aussi affirmé que si la Grèce "s’engage à des réformes de moyen et long termes, les créanciers doivent offrir un horizon, un espoir aux Grecs".

Toutefois, rien n’est encore gagné : si ce plan de réformes doit a priori satisfaire les créanciers, il faut d’abord qu’il soit examiné par le Parlement grec aujourd'hui. Or, comme La Tribune le note, "politiquement, la pilule sera difficile à faire accepter par Syriza, le parti au pouvoir" et "il n'est pas certain que le parti suive Alexis Tsipras".

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