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Nouvelles aides pour la Grèce : les créanciers en désaccord sur la manière de mettre fin à la crise de la dette

Revue de presse 11.10.2016

Hier, l'Eurogroupe qui réunit les ministres des Finances de la zone euro a accordé 1,1 milliard d'euros de prêts supplémentaires à la Grèce dans le cadre du troisième plan d'aide au pays (adopté en juillet 2015 pour un total de 86 milliards d'euros, dont environ 30 milliards ont déjà été versés). Cette nouvelle tranche d'aide s'inscrit dans un contexte d'application des mesures d'austérité réclamées par les créanciers d'Athènes. Des mesures que le Fonds monétaire international (FMI) n'estime pas efficaces sans allègement conséquent de la dette du pays, ce qui pourrait conduire l'institution à se retirer du plan de sauvetage de la Grèce.

De gauche à droite, Klaus Regling, directeur du Mécanisme européen de stabilité, et Euclid Tsakalotos, Ministre grec des Finances

De nouvelles aides pour toujours plus d'austérité

Athènes ayant terminé la mise en place de la majeure partie des quinze réformes voulues par ses créanciers, plus grand-chose ne devait remettre en cause cette nouvelle tranche d'aide pour le pays [Le Monde]. Le Premier ministre grec Alexis Tsipras espérait néanmoins 2,8 milliards d'euros hier, mais les créanciers ont demandé de nouvelles données chiffrées de la part des Grecs avant de verser le 1,7 milliard manquant, ce qui devrait avoir lieu fin octobre, précise le journal.

Les plans d'aide pour la Grèce se font au prix de douloureuses mesures d'austérité, condition sine qua non du versement des prêts. Des mesures dont Catherine Chatignoux pour Les Echos interroge la légitimité, évoquant des "objectifs budgétaires inatteignables" demandés à la Grèce. 2,6 milliards d'euros de baisse budgétaire sont programmés pour 2017, effort essentiellement financé "par des hausses d'impôts et de taxes, la TVA étant à nouveau relevée, à 24 %, tout comme les taxes sur l'essence et le chauffage" pour aboutir à un excédent budgétaire de 1,5% du PIB, exigé par les créanciers. Cela se base sur un objectif de croissance à 2,7% en 2017, jugé "beaucoup trop ambitieux" par les économistes, tandis que la dette "continuera inexorablement à progresser", et représentera 184,7% du PIB l'année prochaine selon le FMI.  L'économie grecque "reste engluée dans le cercle vicieux des programmes de réformes et d'austérité dont elle ne retire aucun bienfait", conclut la journaliste.

L'Allemagne, fidèle à sa ligne dure dans le dossier grec

Beaucoup partagent ce constat et demandent par conséquent un allègement de la dette grecque. C'est oublier la position intransigeante de l'Allemagne sur la question. Insatisfaite des réformes présentées par la Grèce, elle s'est opposée au versement de 1,1 milliard d'euros au pays mais n'a pas été suivie [L'Express avec l'AFP].

S'exprimant dans le quotidien économique La Tribune, Dimitrios Papadimoulis, vice-président du Parlement européen et chef de la délégation de Syriza, condamne fermement la position allemande, rappelant que la Grèce n'est pas un cas isolé et que "de grandes économies européennes, comme l'Italie, la France et l'Espagne doivent faire face à des défis majeurs pour le repaiement de leur dette publique qui, en moyenne, pour les trois pays, atteint 109 % du PIB en 2016 en moyenne". Selon lui, l'intransigeance de la chancelière allemande Angela Merkel est liée aux "forces ultra-conservatrices" au sein de la coalition CDU/CSU au pouvoir, qui considèrent qu'un allègement de la dette conduirait d'autres Etats membres à réclamer le même traitement. Il évoque également la pression politique exercée par l'AfD, parti d'extrême-droite allemand ayant connu une progression importante lors dernières élections locales. Il rappelle enfin que " la Commission européenne, par la voix du commissaire Pierre Moscovici et le président Jean-Claude Juncker, ainsi que le directeur exécutif du MES Klaus Regling et le FMI ont tous pris position en faveur d'une restructuration de la dette".

Le FMI, prêt à quitter le navire ?

Le FMI fait également partie de ceux en faveur d'un allègement de la dette. Ce qui conduit l'institution, défendant cette position de longue date et n'étant toujours pas entendue, à laisser planer le doute sur la poursuite de sa participation aux plans d'aide pour la Grèce, rapporte RFI. "Cette incertitude sur l'attitude du FMI va-t-elle faire plier l'Allemagne ?" s'interroge le média. "Le principal créancier de la Grèce demeure intraitable sur la renégociation de la dette, mais c'est aussi le pays qui exige la présence du FMI à la table des négociations" explique-t-il, ce qui fait qu'il y a "donc un bras de fer feutré en cours".

Si le FMI quitte le navire, la position de l'Allemagne risquerait d'être fragilisée lorsqu'il s'agira de réclamer à Athènes de redoubler d'efforts, estime la RTBF. La meilleure solution pour l'Allemagne serait, selon le média belge, "de garder le FMI à bord comme conseiller mais pas comme payeur. Le FMI ne violerait aucune de ses règles s'il ne prête plus d'argent à un pays trop endetté ; l’Allemagne pourrait se targuer de ne pas avoir cédé sur la réduction de la dette et pourrait se réjouir que le FMI soit toujours dans la danse pour garder la sévérité comme ligne de conduite".

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