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Nicola Sturgeon à Bruxelles pour défendre la place de l'Ecosse dans l'Union européenne

Revue de presse 30.06.2016

La visite de la cheffe du gouvernement écossais à Bruxelles hier a tout d'un évènement inhabituel. Alors que le Royaume-Uni a voté son départ de l'Union européenne, l'Ecosse a plébiscité un maintien, divisant encore plus le pays sur la question. L'UE de son côté adopte une position ambigüe, les présidents du Parlement et de la Commission ayant accepté de recevoir Nicola Sturgeon, mais le président du Conseil européen s'y étant refusé. L'Espagne ne veut pas entendre parler d'une Ecosse indépendante ou européenne, et la France vient d'appuyer cette position. A Edimbourg, les indépendantistes jouent sur les problèmes constitutionnels qui se poseront après un Brexit.

Nicola Sturgeon

Révolution constitutionnelle

"L'appel de Nicola Sturgeon aux dirigeants européens rencontre de la compassion mais peu d'espoir" a résumé The Guardian après la visite de la Première ministre à Bruxelles hier.

Un petit feuilleton qui a commencé mardi dans l'hémicycle boisé du Parlement écossais de Holyrood, à Edimbourg, lors d'une séance que La Tribune qualifie de "révolution constitutionnelle". Les députés écossais ont en effet donné mandat à Nicola Sturgeon, Première ministre issue du Parti national écossais (SNP), "pour aller négocier directement à Bruxelles les futures relations entre l'Ecosse et l'UE". Une décision quasi-unanime qui a sans surprise rencontré l'opposition des députés du Parti conservateur, qui privilégient l'union nationale en matière de politique étrangère, comme elle l'est décrite dans le Scotland Act de 1998 : "le gouvernement britannique est le seul habilité à traiter des affaires internationales". Dès lors en prenant cette décision, les députés écossais ont acté que l'Ecosse et le Royaume-Uni n'ont plus la même politique étrangère.

"Si nous sortions de l'Europe, ce serait contre notre gré" et "démocratiquement inacceptable" a martelé Nicola Sturgeon depuis l'annonce des résultats en faveur d'un Brexit le 24 juin dernier. Les Ecossais ont en effet voté à 62% pour le maintien dans l'UE [Le Huffington Post].

Le magazine britannique conservateur The Spectator – dont Boris Johnson a dirigé la rédaction jusqu'en 2005 - a sans surprise mal accueilli la stratégie du SNP pour se rapprocher de Bruxelles, et la menace d'un éventuel second référendum sur l'indépendance. Evoquant le prédécesseur de Nicola Sturgeon, Alex Salmond, à l'initiative du premier scrutin en 2014, l'hebdomadaire accuse : "Salmond estime que tout est une excuse pour une nouvelle tentative. Il a demandé un second référendum écossais presque dès le moment où il a perdu le premier". Il juge "psychologiquement intéressante" la lutte de l'ancien chef du SNP, et tape également sur le camp vaincu du "remain", "tellement embarrassé d'avoir perdu le référendum européen qu'il est prêt à accepter que le Royaume-Uni se divise en conséquence".

L'Ecosse comme successeur au Royaume-Uni dans l'UE ?  

Que souhaitent exactement les dirigeants écossais en s'engageant ainsi dans l'inconnu ? Si pour le SNP l'objectif final est l'indépendance, les nationalistes savent qu'ils ne doivent pas bousculer les électeurs qui ont rejeté le référendum de 2014 à plus de 55%. Il leur fallait donc trouver des arguments moins alarmants.

"Une des options sur lesquelles la presse et les experts écossais travaillent aujourd'hui est d'utiliser l'article 29 du Scotland Act qui précise que le parlement écossais ne peut prendre aucune décision contraire à la législation de l'UE" explique La Tribune. Un Brexit verrait naturellement cet acte amendé. Seulement, Edimbourg risque fort de s'y opposer, et l'Ecosse se retrouverait contrainte de respecter la législation d'une UE dont elle ne ferait plus partie.

Pour le journal, cette situation pourrait même tourner à l'avantage du Parlement de Westminster à Londres. Majoritairement constitué de députés pro-UE, ils pourraient utiliser cet argument pour que l'UE conserve une "base légale" au Royaume-Uni.

Autre possibilité, l'Ecosse indépendante pourrait prendre le rôle de l'Etat "successeur" du Royaume-Uni dans l'UE, assurant ainsi une transition plus stable et sans processus de candidature. "Cette option a été évoquée ouvertement par le président du groupe ALDE (libéraux) Guy Verhodfstad qui, par ailleurs, devrait être un des trois négociateurs du Parlement européen dans le cadre du Brexit" [La Tribune]. 

L'Espagne en première ligne face aux indépendantistes écossais

C'est avec cette éventualité à l'esprit que le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy a vertement réagi à la visite de Mme Sturgeon à Bruxelles : "le Royaume-Uni part et avec lui tous ceux qui font partie du Royaume-Uni. Les traités sont contre. Si le Royaume-Uni part, l'Ecosse partira des institutions de l'Union européenne" [Le Huffington Post].

El Mundo  publie le reste de la déclaration de M. Rajoy : "Je veux être très clair. L'Ecosse n'a pas la compétence de négocier avec l'Union européenne. L'Espagne s'oppose à toute négociation avec tout autre représentant que le gouvernement du Royaume-Uni". Une position de fermeté dont l'Ecosse devra s'accommoder avec la victoire du Parti populaire espagnol aux législatives de dimanche dernier. L'intransigeance de Madrid est liée à sa volonté de réduire les velléités indépendantistes de la Catalogne, poumon économique de l'Espagne.

Le président François Hollande a d'ailleurs fait écho à l'avertissement de son homologue. Pour lui, "la négociation ne se fera pas avec une partie du Royaume-Uni" [Le Huffington Post].  

L'Ecosse a toutefois trouvé un allié en la personne d'Enda Kenny, Premier ministre irlandais, qui a relayé la position écossaise lors du Conseil européen. Il a déclaré que l'Ecosse ne devrait pas "être tirée hors de l'Union européenne", explique The Irish Independent.

Du côté des institutions, le ton est aimable mais prudent. "L'Ecosse a remporté le droit d'être entendue à Bruxelles" a déclaré Jean-Claude Juncker. "J'écouterai donc avec attention ce que la Première ministre me dira mais nous n'avons pas l'intention, ni Donald [Tusk] ni moi-même, d'interférer avec le processus britannique. Ce n'est pas notre travail". Martin Schulz, président du Parlement européen, a déclaré suite à son entretien qu'il avait "écouté et appris" [The Guardian].

Bien que cette visite ne soit probablement que peu suivie d'effet, La Tribune note que Nicola Sturgeon a réussi à faire un pas en avant non négligeable. "On se souvient que l'UE avait clairement pris parti en faveur du maintien de l'Ecosse dans le Royaume-Uni en 2014 en prédisant une exclusion de l'Ecosse de l'UE en cas de vote pour l'indépendance et un désastre économique en cas de séparation". Cela avait suffi à José Manuel Barroso, prédécesseur de M. Juncker, pour refuser de rencontrer Alex Salmond, Premier ministre écossais de l'époque. Et cela alors que la situation économique actuelle rendrait une indépendance encore plus risquée.

Face à l'incertitude, Mme Sturgeon a souhaité garder la tête froide, déclarant qu'elle se sentait "encouragée". Cependant, cela ne signifie pas qu'il existe pour l'Ecosse un "moyen automatique et évident" de rester dans l'Union européenne après le référendum sur le Brexit [Die Welt].

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