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Naufrage de migrants en Méditerranée : l’UE au banc des accusés

Revue de presse 21.04.2015

Au lendemain du naufrage de centaines de migrants clandestins au large de l'Italie, la polémique autour de la politique migratoire européenne ne désenfle pas. L’Union européenne, violemment critiquée par l’ensemble de la presse et des spécialistes de l’immigration, tente de trouver des solutions. Un sommet européen extraordinaire se tiendra jeudi à Bruxelles. Dix nouvelles mesures ont déjà été proposées par la Commission.

Migrants

Les chiffres sont désormais officiellement tombés : selon les conclusions du Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) et de l'Organisation internationale pour les migrations (IOM), 800 migrants ont péri dimanche dans la Méditerranée ; 28 seulement ont survécu. Pour Le Monde, c’est la "pire hécatombe jamais vue en Méditerranée".

Le quotidien rapporte en outre que 24 membres d’un réseau de passeurs ont été arrêtés en Italie.

Au-delà de l’émotion, la presse française tire à boulets rouges sur l’Union européenne, dénonçant la lourde responsabilité qu’elle porte dans ce drame, et se penche sur le contenu de la politique migratoire européenne.

Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a critiqué les politiques migratoires "cyniques" de l’UE, accusant Bruxelles de transformer la Méditerranée en un "vaste cimetière" [Libération].

Spécialiste de l’immigration pour Le Monde, Maryline Baumard estime qu’il manque "un réel programme de sauvetage européen". La journaliste s’interroge sur l’importance d’aborder l’immigration sous un autre angle [Le Monde]. Elle cite ainsi François Gemenne, politologue au Centre d’études et de recherches internationales : "Les frontières n’ont jamais été aussi fermées, et pourtant il n’y a jamais eu autant de migrants. Quelque chose ne va pas". La géographe Catherine Wihtol de Wenden juge quant à elle les politiques migratoires actuelles "mortelles et inefficaces".

De son côté, Courrier international parle d’un "massacre" et considère que l’UE "a perdu toute crédibilité en matière de politique migratoire". Le journal critique en outre l’opération Triton, qu’il qualifie d’"échec". Cette mission, qui a été mise en place en 2014 pour remplacer 'Mare Nostrum', a réduit ses ambitions. Là où Mare Nostrum s’assurait du sauvetage des migrants, Triton est avant tout une "opération de contrôle, limitée aux eaux territoriales".

Les Echos expliquent que cette première opération avait dû être abandonnée par l’Italie car les autres pays européens avaient refusé de participer à son coût, estimant qu’elle risquait d’inciter plus de migrants à venir sur le territoire européen.

Face à la pression, les réactions et déclarations au sein de l’UE se sont multipliées. Libération en cite plusieurs, notamment celle du président du Conseil européen Donald Tusk qui a affirmé : "Nous ne pouvons pas continuer comme cela, nous ne pouvons accepter que des centaines de personnes meurent en essayant de traverser la mer pour venir en Europe", avant de prévenir toutefois qu’il ne faut pas "attendre de solutions rapides aux causes profondes des migrations, parce qu’il n’y en a pas […] S’il y en avait, nous les aurions mises en œuvre depuis longtemps".

"Nous n’avons plus d’alibi. On a besoin de mesures immédiates de la part de l’UE et des Etats membres", a déclaré Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne. Un sommet exceptionnel des chefs d’Etat et de gouvernement européens aura lieu jeudi afin de gérer au mieux et surtout au plus vite cette crise [Les Echos].

Le Point revient sur les dix propositions d’action qui viennent d'être annoncées par la Commission européenne. Il s'agit notamment de renforcer les opérations de contrôle et de sauvetage, confisquer et détruire des embarcations utilisées pour transporter les migrants. La Commission propose également une coopération accrue entre les organisations chargée des flux migratoires, ou encore l’amélioration de la répartition des réfugiés entre les États membres de l'UE et l’action avec les pays voisins de la Libye pour bloquer les routes utilisées par les migrants. Bruxelles présentera en outre une "stratégie" pour les migrations et l'asile le 13 mai prochain.

Mais pour Libération, une décision commune sera difficile à trouver quand d’un côté, la France voudrait donner la priorité au sauvetage des migrants, tandis que l’Italie, plus agressive, réclame des "interventions ciblées" contre les passeurs. Le principal problème reste néanmoins que "les politiques migratoires restent de la responsabilité des Etats".

Au-delà de la responsabilité européenne, les médias ainsi que la classe politique internationale sont d’accords sur un point : l’énorme flux migratoire qui arrive aux portes de l’Europe est à l’heure actuelle essentiellement dû au chaos qui règne en Libye. La Croix considère que la stabilité dans le pays serait le "seul moyen d’endiguer durablement les départs de migrants africains et de réfugiés syriens massés sur ses côtes".

Matteo Renzi, appuyé par le président américain Barack Obama, a affirmé que "la seule solution aujourd’hui est la paix en Libye et la stabilité de ses institutions" [La Croix].

De même, le Premier ministre grec Alexis Tsipras, dont le pays est aussi directement touché par l’immigration clandestine, a réclamé des "initiatives diplomatiques pour un règlement pacifique du conflit en Syrie, en Irak et en Libye" [La Tribune].

Pour L’Humanité, l’UE est responsable sur tous les fronts : non seulement sa politique migratoire est meurtrière, mais les Etats européens soutiendraient en plus l’instabilité dans les pays du Moyen-Orient.

Les dirigeants européens vont pourtant être contraints d’agir très rapidement : hier, un nouveau naufrage près de la Grèce a fait 200 morts de plus, tandis que Le Monde rapporte que deux bateaux en difficultés ont été signalés aux alentours des côtes libyennes.

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