Derniers articles publiés

Municipales italiennes : le Mouvement 5 étoiles remporte Rome et Turin, Matteo Renzi désavoué

Revue de presse 20.06.2016

Le second tour des municipales italiennes n'aura été qu'une confirmation du premier, qui s'était tenu le 5 juin dernier. C'est une percée historique pour le Mouvement 5 étoiles (M5S), parti "ni de droite ni de gauche" fondé en 2009 par l'humoriste Beppe Grillo. Le parti remporte les mairies de Rome et Turin, grâce à deux femmes novices en politique, infligeant au passage plusieurs défaites au Parti démocrate du Premier ministre Matteo Renzi. Mais le plus dur est encore à venir, particulièrement pour Virginia Raggi, la nouvelle maire de Rome, qui reprend une ville criblée de dettes et mal gérée depuis des décennies. Au M5S, on vise déjà la tête du gouvernement italien.

Virginia Raggi

Première femme maire de Rome

"Virginia Raggi, la candidate populiste du Mouvement 5 Etoiles, a été triomphalement élue dimanche maire de Rome" annonce Libération. Les résultats, qualifiés par le journal de "camouflet" pour le Parti démocrate (PD) du Premier ministre Matteo Renzi, "accordent à cette avocate de 37 ans environ 67% des voix". Elle offre donc à son parti un doublé historique : une première victoire dans la capitale et la première femme maire de la ville éternelle. Et de plus, La Repubblica souligne qu'elle sera le maire le plus jeune jamais élu.

Si le candidat du PD Robert Giachetti a si lourdement chuté, c'est pour Le Figaro l'expression d'une "protestation des électeurs romains après les scandales de corruption et de mafia qui ont émaillé la précédente administration de gauche de la capitale".

"La jeune femme s'est engagée à 'ramener la légalité et la transparence dans les institutions après 20 ans d'incurie et de Roma Capitale', du nom d'un vaste réseau de corruption mis au jour en 2014 dans la Ville éternelle" ajoutent Les Echos.

Le Monde rappelle de son côté le slogan de campagne de la candidate : "CoRAGGIo" – courage. Un courage qui lui sera nécessaire, tant la liste des problèmes parait longue : "40 % de la voirie est à refaire, les bus et les métros circulent mal, les ordures sont ramassées au petit bonheur". Sans oublier de "mettre au pas la caste des 60 000 fonctionnaires municipaux". Le montant de la dette est faramineux : 13 milliards d'euros [Marianne].

Pour la Stampa, ce mandat devra relever le "défi de l'honnêteté" dans une ville "hors des règles" et "réfractaire aux impôts".

Un mandat qui débute avec déjà beaucoup d'inconnues. Tout d'abord, l'absence d'équipe municipale. "Ce dernier point est pourtant crucial", notent Les Echos, "l'absence de cadres ayant fait leurs gammes dans la gestion politique au quotidien étant l'une des raisons du bilan mitigé du M5S dans les villes de moindre envergure déjà conquises, comme Parme ou Livourne".

De plus, la nouvelle maire s'est montrée très vague sur son programme pour redresser la ville, au-delà d'un slogan qui passe bien : "Honnêteté, priorité aux transports en commun et au ramassage des ordures". "Tout juste s’est-elle prononcée en faveur d’une renégociation de la dette auprès des banques, d’une imposition des immeubles à vocation commerciale appartenant au Vatican, pour une gestion plus rigoureuse des deniers publics et contre les Jeux Olympiques de 2024, pour lesquels la capitale italienne s’est portée candidate". Virginia Raggi se veut positive : "Dans une ville où tout va mal, les choses ne peuvent qu'aller mieux si on change" [Le Monde].

Le M5S remporte Turin, le Parti démocrate se console avec Milan et Bologne

Autre gifle pour le parti de Matteo Renzi, à Turin, "une autre novice du MS5, Chiara Appendino, 31 ans, a détrôné avec environ 54% l’expérimenté maire sortant Piero Fassino, une figure du PD". Ce dernier avait pourtant dénoncé le soutien au M5S de la Ligue du Nord, un allié du Front national au Parlement européen [Libération]. Les démocrates n'étaient même pas représentés au second tour à Naples, où le maire sortant Luigi de Magistris, homme de gauche indépendant et ennemi juré de Renzi, a été facilement réélu.

Le Premier ministre se consolera avec les résultats de son parti à Milan, capitale économique de l'Italie, où "Giuseppe Sala, ancien commissaire de l’Exposition universelle, l’a emporté avec plus de 51% des voix", et à Bologne, fief historique de la gauche [Libération].

Malgré tout pour Les Echos, "une analyse nationale des résultats restera délicate". D'abord, seuls les habitants d'une centaine de villes italiennes étaient appelés aux urnes. De plus, l'opposition n'est pas homogène. Le M5S était absent à Milan et Naples, et la droite, déchirée à Rome, n'a pas pu passer le premier tour.

Renzi fixe son sort au référendum du mois d'octobre

En Espagne, ABC relativise ces scores historiques, et rappelle qu'avec presque 50% d'abstention, le premier parti reste le Parti démocrate, et appelle Matteo Renzi à être "plus humble et moins arrogant" s'il veut conserver la présidence du Conseil italien.

Pour le Premier ministre, il n'a jamais été question de démissionner à la suite du résultat des municipales. En revanche, "la mère de toutes les batailles" sera selon lui sa réforme constitutionnelle du Sénat, soumise par référendum aux Italiens en octobre prochain. En cas d'échec, il s'est engagé à démissionner, au risque de transformer le référendum en vote "pour ou contre Renzi".

Le M5S l'attendra dans tous les cas au tournant, car le parti ne cache plus ses ambitions. "Nous sommes prêts à gouverner le pays ", a répété dimanche soir le jeune Luigi di Maio, dauphin pressenti de Beppe Grillo à la tête du mouvement. "Et les Italiens nous reconnaissent la capacité de gouverner. Maintenant c'est à Rome et à Turin, après ce sera le tour du reste du pays" [Les Echos]. La Stampa rappelle qu'aux yeux des députés du M5S, "Rome est l'antichambre du palais Chigi", résidence officielle du président du Conseil italien.

Le quotidien espagnol El Pais cite aujourd'hui un éditorial de son homologue italien La Repubblica qui affirme que indépendamment du résultat du second tour, la stratégie du parti démocrate et de Renzi "devra être repensée afin de trouver un moyen de recomposer le parti, de faire taire les divisions internes et de combler le fossé avec de nombreux citoyens".