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Municipales en Italie : le Mouvement 5 étoiles en tête à Rome, les partis traditionnels malmenés

Revue de presse 06.06.2016

Dimanche 5 juin se tenait en Italie le premier tour des élections municipales, dans 1342 communes dont les principales villes du pays. Le Premier ministre Matteo Renzi, qui a tout fait pendant la campagne pour distinguer les résultats de ce scrutin local et les enjeux nationaux, va devoir prendre en compte le recul de son parti (Parti démocrate) et la montée des populistes du Mouvement 5 étoiles, en particulier à Rome. A droite, les candidats qui sont arrivés en tête l'ont fait grâce à l'union des différents partis, et ont échoué lorsqu'ils ont fait cavalier seul.

Virginia Raggi

La candidate du M5S, Virginia Raggi, en tête à Rome

La candidate du Mouvement 5 étoiles, parti fondé en 2009 par le très provocateur Beppe Grillo, est arrivée largement en tête du premier tour des municipales dans la capitale italienne. Virginia Raggi a elle-même qualifié son score de "moment historique". D'abord "parce qu' [elle] pourrait devenir la première femme maire de Rome" mais surtout parce que "les Romains ont fait comprendre clairement qu'ils ne croyaient plus aux promesses et aux slogans électoraux" [Le Point]. En effet, le mouvement qu'elle représente poursuit une ligne "anti parti" ni de droite ni de gauche, dénonçant régulièrement la corruption dans la sphère politique italienne.

Mme Raggi "promet de s'attaquer à la corruption, au clientélisme aux petites incivilités quotidiennes des conducteurs et usagers romains, qui sont devenues la norme dans la capitale", explique France 24. "Les Romains sont prêts à tourner la page et je suis prête à gouverner cette ville et à rendre à Rome la splendeur et la beauté qu'elle mérite" a-t-elle conclu.

Pour Il Sole 24 Ore, elle est "la vraie surprise, le tremplin que le M5S espère avoir pour le gouvernement", bien que l'avocate de 37 ans ne possède qu'une maigre expérience de conseillère municipale de l'opposition.

La candidate aurait récolté plus de 36% des voix, selon les résultats disponibles lundi matin. Derrière elle, le candidat du Parti démocrate (centre-gauche) au pouvoir Roberto Giachetti se qualifie de justesse pour le second tour, avec 11 points de retard face à sa rivale. Difficile pour lui de faire oublier le scandale "Mafia capitale" qui a éclaboussé le précédent maire démocrate Ignazio Marino, "contraint à la démission pour une affaire de fausses notes de frais" [Le Monde]. M. Giachetti s'est donc retrouvé au coude-à-coude avec la candidate de l'extrême droite Giorgia Menoni, soutenue par la Ligue du Nord. Un résultat qui devrait malgré tout être reçu avec "un soupir de soulagement" par le Premier ministre Matteo Renzi, selon Le Point, tant son parti "semblait mal parti" en début de campagne.

Les résultats dans les grandes villes

A Milan, la capitale économique, "l'écart paraît plus étroit, le candidat de centre-gauche Giuseppe Sala, soigneusement choisi par Renzi, étant donné en tête avec 42,8 % des suffrages, devant Stefano Parisi, de centre-droit, crédité de 37,7 %" [France 24]. M. Sala est notamment connu pour avoir dirigé l'exposition universelle tenue dans cette ville en 2015.

Si le candidat de la gauche Luigi de Magistris s'impose et semble parti pour l'emporter à Naples, c'est bien grâce à son discours anti-Renzi. Le maire sortant a déclaré lors de la campagne que sa ville était une zone "sans Renzi". La représentante du Parti démocrate y a d'ailleurs été éliminée dès le premier tour [Le Monde].

"A Turin, le maire sortant, Piero Fassino (41,8 %), est contraint à un ballottage difficile contre la candidate du M5S, Chiara Appendino (31 %), tout comme Virginio Merola à Bologne, fief historique de la gauche italienne", énumère Le Monde.

Le journal explique également la complexité du scrutin pour la droite de l'échiquier. "Devait-elle, pour gagner, rester unie ou radicaliser sa thématique et son discours au risque d’effaroucher l’électorat modéré ?". Au final, le candidat d'une droite qui allait de la Ligue du Nord à Forza Italia a fait jeu égal avec les démocrates à Milan. Même cas de figure à Bologne et Naples. En revanche, "divisée, comme à Rome, entre Alfio Marchini (10,7 %) et la droite extrême (Fratelli d’Italia et Ligue du Nord) qui soutenaient Giorgia Meloni (20,7 %), elle est éliminée".

The Daily Telegraph rappelle que "ces résultats surviennent alors que les partis populistes européens sont en pleine ascension. En mai, l'Autriche est passée très proche de devenir le premier Etat membre de l'UE à élire un chef d'Etat d'extrême droite. En parallèle, des dirigeants populistes comme Marine Le Pen en France, Geert Wilders aux Pays-Bas et Frauke Petry en Allemagne voient leurs espoirs de devenir chef d'Etat augmenter".

Beppe Grillo a par ailleurs déclaré sur son blog que "le Mouvement cinq étoiles est lent mais inexorable", cite le Corriere della Sera.

Le chef du gouvernement vise le prochain scrutin national en octobre

Il se sera évertué pendant toute la campagne à répéter que le scrutin municipal n'était pas un vote "sur le gouvernement mais, ce qui est plus important, sur l'avenir de sa propre ville" [Le Point]. Matteo Renzi a d'ailleurs rendu visite hier à l'équipe nationale de football qui se prépare pour l'Euro, tentant donc d'afficher "une forme d'indifférence" pour ces élections [Le Monde].

Car ce qui préoccupe d'abord le président du Conseil, c'est le prochain scrutin national, un référendum au mois d'octobre qui portera sur la réforme constitutionnelle abolissant le bicaméralisme parfait, en réduisant les pouvoirs du Sénat. Le but affiché ici est de "donner une stabilité gouvernementale au pays", très habitué aux changements de gouvernements. "Or, Matteo Renzi l'a répété : si la réforme est rejetée, il quittera son poste de président du Conseil" [Le Point].

En attendant, le second tour des municipales italiennes est prévu pour le 19 juin prochain.