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Mobilisation massive en Catalogne en faveur du referendum d'autodétermination

Revue de presse 12.09.2017

Lundi 11 septembre, la fête catalane – la "Diada" – a donné l'occasion aux séparatistes catalans de manifester massivement pour l'indépendance de leur région. Quelques jours auparavant, le Parlement catalan a voté la tenue d'un référendum, ce qui a ravivé les tensions avec le gouvernement central.

Diada Place de Catalogne

Diada Place de Catalogne - Crédits : Assemblée nationale catalane

11 septembre 1714

Depuis plusieurs années, la "Diada", fête nationale catalane, est une journée de revendication pour les indépendantistes. En effet, la date et l'heure du début des festivités n'ont pas été choisies par hasard. "En 1714 – le 11 septembre justement –, pendant une guerre de succession, les troupes venues de Madrid et favorables aux Bourbons avaient écrasé Barcelone et ses espoirs d’autonomie", explique Le Temps. Ce que les manifestants appellent, 300 ans plus tard, "la répression imposée par Madrid," rapporte RFI.

Cette année, et malgré une baisse l'an dernier, la mobilisation a été particulièrement forte Place de la Catalogne. "Près d’un million de personnes de tous âges, selon la police municipale – 350 000 selon la délégation du gouvernement espagnol –, ont défilé dans les rues de Barcelone", relate Le Monde. La manifestation était organisée bien en amont : "la principale association organisatrice, l'influente Assemblée nationale catalane (ANC), dénombrait dimanche plus de 1 800 autocars affrétés pour l'occasion, et quelque 400 000 personnes inscrites pour participer," précise France 24.

Légitimer le référendum

En effet, l'enjeu était de taille pour les leaders séparatistes. Ceux-ci ont voté, le 6 septembre dernier au Parlement catalan, en faveur d'un referendum d'autodétermination le 1er octobre prochain, ce que le gouvernement espagnol a toutefois interdit. "Pour les leaders séparatistes, cette mobilisation est leur meilleur argument face à la légalité qu’incarne l’Etat espagnol", d'après Le Temps.

Jordi Sanchez, président de l'ANC, a déclaré au Monde : "Nous avons la force des gens avec nous et la capacité de les mobiliser. Et nous n’allons pas obéir aux décisions de justice qui empêchent que les urnes parlent". Le chef de l'exécutif catalan Carles Puigdemont, dont le tribunal constitutionnel menace de suspendre les fonctions, a ajouté : "Je suis la voix d’un peuple, personne ne peut la faire taire" [Le Temps]. Ce-dernier a par ailleurs indiqué que "Madrid a encore une possibilité d'empêcher ce scrutin : négocier avec nous les conditions d'un autre référendum" [Le Figaro].

Opposition du gouvernement espagnol

Mariano Rajoy, président du gouvernement espagnol, a annoncé au lendemain du vote, qu'il qualifie d'"acte intolérable de désobéissance" : 'il n'y aura pas de référendum d'autodétermination en Catalogne'". "Après la suspension du scrutin par la Cour constitutionnelle, son cabinet tente d'en empêcher l'organisation en amont, en avertissant les fonctionnaires de son illégalité et en cherchant à bloquer les préparatifs", explique Le Figaro. La Cour constitutionnelle a en effet "conclu qu’un territoire ne peut décider seul de remettre en question l’unité de l’Espagne", indique Le Monde.

Par ailleurs, pour contrer les menaces de poursuites pénales contre les fonctionnaires qui participeraient à l'organisation du référendum, "des urnes de solidarité ont été remplies de billets par les manifestants. Si les employés publics viennent à manquer, plus de 16 000 volontaires se sont inscrits pour aider à la tenue de la consultation populaire" rapporte Le Monde. Mais Barcelone comme plusieurs autres grandes villes n'ont toujours pas confirmé leur participation.

Un cinquième du PIB national

Pour l'Espagne, l'indépendance de la Catalogne représente un enjeu économique majeur. "Avec un PIB de 222 milliards d'euros, elle génère à elle seule 19 % du PIB de l'Espagne et aux alentours de 30 % de ses exportations" [les Echos]. La région affiche également des taux de chômage et de croissance plus favorables qu'à l'échelle nationale. Par ailleurs, "la question du déficit fiscal de la Catalogne", chiffré à 9,9 milliards d'euros (contre 19,09 milliards d'euros pour la région de Madrid), a été le nerf de la guerre pour les indépendantistes", analyse le quotidien. La communauté "cotise plus aux caisses de l'Etat central qu'elle ne reçoit en retour sous forme d'investissements".

Dans ce cadre, selon un sondage du Centre d'Estudis d'Opinio (CEO), les raisons d'un désir d'indépendance sont "la volonté d'accroître l'autonomie (26%), la croyance que la Catalogne serait plus prospère si elle se séparait de l'Espagne (23%) et le désir d'avoir un autre modèle pour diriger le pays (19%)", relaye Politico.

Les débats autour de la langue cristallisent également les tensions. "Le catalan est la langue principale à l'école mais récemment, les tribunaux disent aux écoles catalanes d'enseigner en espagnol si cela est demandé. Les séparatistes ont vu cela comme une attaque à l'encontre d'une langue protégée", poursuit Politico.

Soutien populaire ?

Les indépendantistes ont obtenu la majorité au Parlement lors des dernières élections régionales. Le président du gouvernement catalan, "Carles Puigdemont […] s’est fixé comme objectif de conduire la Catalogne et ses 7,5 millions d’habitants à l’autodétermination. […] Il ne doute pas qu’une majorité votera pour le oui", d'après La Croix.

Par ailleurs, les partis indépendantistes "ont la majorité au Parlement en termes de siège mais pas en termes de soutien de la population. Ils ont gagné les élections (48% des voix) mais la proportionnalité du système électoral fait qu'ils ont plus de sièges", [France Culture]. Effectivement, "selon le dernier sondage de l’institut gouvernemental catalan, en juillet, 41,1 % souhaitaient [l'indépendance] et 49,4 % étaient contre. Mais plus de 70 % des Catalans souhaitaient trancher la question par référendum", explique La Croix.

A l'échelle européenne, "les dirigeants européens ont manifesté leur soutien à Rajoy ou ont qualifié la question de problème 'de politique intérieure'", rapporte Le Figaro. "Ce referendum n'aura pas beaucoup de légitimité à l'extérieur […], c'est très difficile de trouver des soutiens en Europe au-delà des autres mouvements nationalistes", explique une politologue espagnole à l'antenne de France Culture.  Toutefois, "bien au-delà du référendum catalan et de la manifestation d’hier, le problème est que les Etats européens s’affaiblissent aujourd’hui plus vite que l’Union ne se renforce et que cela pourrait finir par créer, un jour, une sorte de vide", analyse-t-on sur France inter.