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Migration : l'Italie souhaite plus de solidarité au sein de l'UE

Revue de presse 03.07.2017

Dans la soirée du dimanche 2 juillet, les ministres de l'Intérieur français, allemand et italien ainsi que le commissaire européen aux migrations Dimitris Avramopoulos se sont rencontrés à Paris afin de discuter de la gestion des migrants. Rome n'hésite plus à brandir la menace de fermer ses ports à l'accueil des migrants, et souhaite que l'Union européenne fasse preuve de plus de solidarité.

SOS méditerranée

L'Italie demande aux ports européens d'ouvrir leurs portes

Depuis début janvier, l'Italie a accueilli plus de 83 000 migrants "soit 18,7% de plus par rapport à la même période en 2016", note RFI. A ce rythme, d'ici la fin de l'année, le chiffre devrait se porter à 220 000 arrivées : un record absolu. "Rien que la semaine dernière, 12 600 personnes ont été sauvées et débarquées sur son territoire", rapporte le média, "dont 5 000 pour la seule journée de lundi", précise Le Monde. "Face à cet afflux, et alors que les structures d’accueil du pays sont saturées, le gouvernement italien a haussé le ton mercredi et a menacé de bloquer l’entrée de ses ports", poursuit le journal.

Face à la crise migratoire, les ministres de l'Intérieur italien, allemand et français, accompagnés par le commissaire européen aux migrations Dimitris Avramopoulos, se sont rencontrés dans la soirée du dimanche 2 juillet à Paris. L'objectif de la réunion était de trouver une "approche coordonnée" et de déterminer les pistes possibles pour mieux soutenir les Italiens [Le Monde].

Dans une interview publiée quelques heures avant la réunion, Marco Minniti, le ministre italien, "a appelé ses partenaires européens à ouvrir leurs ports aux bateaux secourant les migrants et dénoncé 'l’énorme pression' à laquelle son pays fait face", rapporte Le Monde.

"Si les seuls ports vers lesquels les réfugiés sont acheminés sont les ports italiens, cela ne marche pas. C’est le cœur de la question", a-t-il ainsi déclaré, ajoutant : "je suis un europhile et je serais fier si même un seul bateau, au lieu d’arriver en Italie, allait dans un autre port. Cela ne résoudrait pas le problème de l’Italie, mais ce serait un signal extraordinaire" [Le Monde].

L'Italie souhaite en effet une plus grande coopération entre les pays européens, surtout de la part de ceux ayant un accès à la mer Méditerranée. C'est le cas de la France "qui, dans les mots, assure l'Italie de son soutien, mais reconduit les migrants pénétrant sur son territoire à Ventimille", soulignent Les Echos.

L'Union européenne prête à aider l'Italie sur le papier

Face à ces demandes pressantes de la part de l'Italie, "jeudi, la Commission européenne a appelé Rome au calme". Jean-Claude Juncker, qui n'a pas fermé la porte à l'idée "d'aller plus loin", a cependant tenu à rappeler "que quelque 10,2 milliards d’euros ont été alloués à la gestion de la crise des réfugiés en 2016 et 2017, de plus que 300 garde-côtes ont été déployés en Italie et 800 en Grèce" [Le Monde].

A la sortie de la réunion de dimanche, à 22h30, l'entourage du ministre français, Gérard Collomb, a fait savoir qu'il y a eu un "accord sur plusieurs points, qui seront publiés par communiqué d'ici demain matin, et ont pour but d'être endossés par les 28 Etats (membres de l'UE) à Tallinn en fin de semaine", où se retrouveront les ministres de l'Intérieur européens à l'occasion d'un sommet [L'Express].

Déjà, "jeudi à Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français se sont tous deux dit prêts à mieux soutenir l'Italie". Le président français a toutefois tenu à souligner que "plus de 80% du phénomène migratoire" auquel fait face l'Italie est composé de "migrations économiques" ne relevant donc pas de l'asile politique, rapporte L'Express.

Plusieurs questions restent cependant en suspens : "un pays comme la France, dont des ports donnent sur la Méditerranée, accepterait-il d’accueillir des migrants secourus par des navires battant pavillon français ?", se demande RFI. Et "comment améliorer le programme européen de relocalisation adopté en 2015", alors qu'à ce jour "seuls 7 200 réfugiés sur les 40 000 prévus en deux ans ont pu quitter l’Italie pour reconstruire leur vie dans un autre pays de l’Union européenne" ?

Revoir la coopération avec les ONG

Une autre question, de taille, reste à négocier : celle de la coopération avec les ONG. "Rome travaille en effet sur un projet de code de conduite européen qui introduirait des critères sévères". Afin de mettre fin aux soupçons de "collusion avec des trafiquants de migrants en Libye", les ONG devraient fournir des "informations claires sur leur financement et le matériel en dotation" [RFI].

Michele Trainiti, responsable de la coordination des recherches et secours pour Médecins sans frontières en Italie, tient à rappeler à ce propos "qu’il existe déjà des règles de fonctionnement des ONG en mer : elles opèrent sous le contrôle du commandant des garde-côtes à Rome" [La Croix].

"Les ONG secourent entre 30 et 40 % des adultes et enfants qui débarquent en Italie", note La Croix, soit une part considérable des migrants. Or, selon Pierre Berthelet, spécialiste des frontières européennes et de la sécurité intérieure dans l’Union européenne (UE), "la priorité des priorités pour les associations est de sauver des vies, pas de garder les frontières. La fin justifie parfois les moyens de leur point de vue. Alors oui, il y a des dialogues informels avec les passeurs. Mais institutionnalisés et dans une forme de connivence, je ne pense vraiment pas". L'expert s’inquiète ainsi "du faux procès qui pourrait être fait aux ONG qui subissent cette situation. 'Elles ont hérité des effets indirects produits par la stratégie adoptée par l’UE ces deux dernières années'", explique-t-il, cité par La Croix.

Par ailleurs, SOS Méditerranée estime que le plan de l'Italie, qui contraindrait les bateaux transportant des migrants à aller dans d'autres ports européens, est très difficile à mettre à exécution [L'Express]. "Cette suggestion semble irréaliste, ne serait-ce qu’en vertu des traités internationaux qui prévoient l’acheminement des naufragés vers les ports les plus proches et/ou les plus sûrs", rappelle La Croix.